Paul Mukendi et son avocate

Procès du pasteur Mukendi: une ex-fidèle pour appuyer la plaignante

La poursuite a terminé sa preuve au procès du pasteur Paul Mukendi, accusé de sévices physiques et sexuels, en amenant à la barre des témoins une ex-fidèle qui pouvait corroborer certains dires de la plaignante.

Leya*, la jeune femme de 31 ans qui a porté plainte contre le révérend de l’église Parole de Vie, a été durement attaquée par l’avocate de Mukendi, en fin de contre-interrogatoire jeudi. Me Dominique Bertrand a suggéré à la plaignante qu’elle avait pu tout inventer, qu’elle avait créé un scénario et qu’il n’y avait aucune preuve qui venait corroborer les agressions sexuelles alléguées, commises sur une période de 14 ans, selon la dénonciation.

La procureure de la Couronne Me Sonia Lapointe a demandé à Agathe*, qui a aussi fait partie de l’église et en a même été secrétaire de venir témoigner.

Agathe confirme avoir vu la plaignante chez le pasteur, particulièrement entre 2008 et 2013 lorsque c’est Leya qui était chargée le plus souvent de s’occuper du fils du pasteur.

L’ex-fidèle relate un événement, survenu en 2008 ou 2009. Agathe et Leya avaient environ 19 ans. Leya était couchée au sous-sol, chez le pasteur Mukendi. Agathe et le révérend s’apprêtaient à avoir une relation sexuelle, sur le tapis du salon, lorsqu’ils ont entendu Leya remonter l’escalier. «J’ai pris mes vêtements et j’ai couru à la salle de bain», témoigne Agathe. 

Le pasteur est alors allé voir Leya, redescendue au sous-sol. Mais cette dernière est rapidement revenue vers la salle de bain, pour parler à Agathe, qui a refusé de dire quoi que ce soit.

Après au moins une année sans nouvelle, Agathe a revu Leya et son père près du palais de justice en 2016. «Elle me dit qu’elle a porté plainte contre le pasteur pour des relations sexuelles», affirme Agathe.

En réponse à une question de la procureure de la Couronne, Agathe a répondu par l’affirmative à savoir si le pasteur Mukendi lui avait déjà demandé de supprimer certains de ses courriels.

Dévoilement au pèrede la plaignante

Le père de Leya a expliqué aux jurés comment sa fille lui a dévoilé les infractions alléguées.

Portant complet sombre et cravate, le père d’origine congolaise raconte qu’il était d’abord d’accord pour accueillir chez lui le jeune pasteur, en 2002. «Je me disais que c’est bien qu’on ait un homme de Dieu à la maison, ça va aider à l’éducation des enfants», témoigne le père. 

Après seulement quelques semaines, la religion s’est mise à gouverner la famille, affirme le père. Par exemple, M. Mukendi lui aurait signalé qu’il ne devait pas boire d’alcool en présence d’un homme de Dieu. 

«Il prenait les choses en main et nous disait que le raisonnement est l’ennemi de la foi, témoigne le père. Et si vous ne raisonnez pas comme lui, vous êtes un démon. Je voulais donc me conformer pour être dans la foi.»

Les conflits sont toutefois devenus de plus en plus fréquents entre les parents de Leya. Jusqu’à ce que le père quitte le foyer familial, au début de 2004.

Le père dit avoir perdu tout contact avec sa fille durant plusieurs années. «J’étais considéré comme un démon», insiste-t-il.

C’est Leya qui l’a appelé en 2016, dit-il, et lui a confié ce dont elle aurait été victime. Le père dit avoir été «très fâché» en entendant ses propos et a amené sa fille voir les policiers.

Avant de donner congé aux jurés pour la fin de semaine, le juge Jean-François Émond de la Cour supérieure, qui préside le procès, leur a annoncé que la preuve du ministère public était close et qu’ils allaient, durant les prochains jours, entendre la preuve de la défense.

* Prénoms fictifs