Parce que le pasteur dit qu’il fait pipi au lit, Émile sera rationné en eau pour de grandes périodes par Claude Guillot.

Procès du pasteur Guillot: assoiffé, il boit dans la cuvette

Émile* a eu soif, tellement soif durant les 13 années qu’il a passées chez Claude Guillot. Rationné en eau, le garçon a même bu en cachette dans la cuvette des toilettes.

Le jeune homme aujourd’hui âgé de 24 ans est le plaignant qui a passé le plus de temps chez le pasteur baptiste, dans une petite maison anonyme du quartier Chauveau.

Claude Guillot, 67 ans, subit son procès pour voies de fait, voies de fait avec lésions, harcèlement et séquestration sur six anciens élèves.

Émile témoigne avec aplomb et un fond de rage contenue. Il parle vite et enfile verre d’eau sur verre d’eau.

Le petit Émile aimait grimper aux arbres. Il a déjà fui au bout de la rue et égratigné la voiture d’un voisin. «On m’a toujours dit que j’étais un enfant rebelle et turbulent», résume-t-il.

Lorsque Émile atteint l’âge de huit ans, ses parents, qui fréquentent l’Église baptiste de Québec-Est, décident de le placer chez le pasteur Guillot. Trois de ses frères suivront au fil des ans.

Dès le départ, le pasteur inspire de la terreur à l’enfant. «Il était costaud, autoritaire et il voulait contrôler tous les aspects de notre vie», dit Émile.

Le pasteur oblige le garçon, et tous les autres après lui, à changer de coiffure pour se peigner, comme lui, avec une raie du côté gauche du crâne.

Il va aussi forcer Émile, gaucher, à tout faire de la main droite.

L’enfant doit se conformer au régime militaire décrit par les autres plaignants. Il se lève le matin lorsqu’on lui dit qu’il peut se lever. Il va aux toilettes lorsqu’il a la permission d’y aller. 

La nuit, un détecteur de mouvement situé au-dessus de son matelas gonflable capte s’il s’assoit dans son lit.

«La liberté individuelle n’existe pas, décrit Émile. Il y a un seul maître et c’est lui», dit-il, en parlant de l’accusé.

Parce que le pasteur dit qu’il fait pipi au lit, Émile sera rationné en eau pour de grandes périodes. Lorsqu’il va aux toilettes, un membre de la famille Guillot le surveille pour éviter qu’il ne boive au robinet. Émile réussira à boire dans la cuvette des toilettes, à l’insu du pasteur, jusqu’à ce qu’il se fasse prendre.

Les sorties dans la cour sont si rares qu'Émile dit n’en garder presque pas de souvenirs, si ce n’est des glands de chêne qu’il ramassait.

Émile a du mal avec le programme d’éducation chrétienne accéléré, en anglais, enseigné par Guillot et sa fille. 

Lorsqu’il n’atteint pas ses objectifs académiques, les conséquences commencent. Émile dit avoir été privé de nourriture, jusqu’à six repas de suite. Un été, il a été condamné à apprendre par cœur le tableau périodique des éléments.

Il se rappelle avoir dû passer 28 jours à fixer le mur au sous-sol, entre un frigo et une étagère.

Des coups au plexus

Le jeune homme peut décrire au moins trois événements où Claude Guillot l’aurait battu à coups de point au plexus solaire. Par exemple, à l’âge de 10 ans, il dit avoir été frappé et enfermé deux jours dans la chambre d’un chalet, à Donnacona, parce qu’il avait refusé de faire une composition.

À un autre moment, il aurait été frappé parce qu’il avait joué avec une tablette à dessin au lieu de rester allongé sur son lit, durant la sieste du dimanche après-midi.

Écarter les parents

Les parents d’Émile n’avaient pas le droit d’entrer en contact avec lui ni ses frères.

La mère d’Émile s’attire les foudres du pasteur en venant le saluer, lui porter des pantalons propres. «Il voulait démoniser nos parents pour nous séparer d’eux», croit Émile.

La mère a fini par être expulsée de l’église par le pasteur Guillot.

À l’été 2013, la mère, paniquée, débarque chez Guillot en voulant voir ses garçons. Le pasteur lui bloque le chemin et appelle la police.

La mère portera plainte à la DPJ, qui commencera une enquête.

Même s’il a dit 100 fois qu’il voulait partir, Émile attendra jusqu’en août 2014 pour quitter le pasteur. «Avant, j’avais trop peur d’être jugé par Dieu si je partais.»

* Nom fictif