En plus des accusations de voies de fait et de séquestration, la Couronne a aussi déposé contre le pasteur Claude Guillot des accusations d’entrave à la justice pour avoir incité deux des élèves à faire des fausses déclarations dans le cadre d’une intervention avec la Direction de la protection de la jeunesse.

Procès du pasteur Claude Guillot: une leçon bien apprise [VIDÉO]

Tout ce que Claude Guillot faisait était pour notre bien. C’est ce que Jimmy* va répéter lorsqu’il sera convoqué au poste de police. Si l’enquêteur insiste, le garçon répond qu’il ne veut pas en dire plus, pour ne pas faire de tort à son pasteur, qu’il aime comme un père.

17 décembre 2014. Jimmy arrive parfaitement préparé à sa rencontre avec le sergent-détective David Gionet du SPVQ. Cahier de notes ouvert sur les cuisses, crayon en main, l’adolescent de 17 ans veut tout noter de la rencontre, comme un bon élève.

L’enquêteur Gionet lui conseille gentiment de fermer son cahier et d’enlever son manteau d’hiver. Ils  en ont pour un moment.

L’adolescent de confession baptiste, qui a habité chez Guillot durant les six dernières années, commence par raconter son parcours scolaire. Il est en neuvième année du programme d’Éducation chrétienne accélérée, ce qui correspond au secondaire 3. «C’est super le fun», dit-il, à propos de son programme éducatif.

Le jeune dit vouloir aller à l’université et a hâte d’avoir un travail. Il prévoit donner une partie de son salaire à ses parents et une autre à M. Guillot. «On lui fait honneur en lui donnant de l’argent», précise Jimmy.

L’adolescent convient qu’il n’a pas le droit d’aller au dépanneur ou de rester seul dans la cour. Pour des raisons de sécurité, résume-t-il. Il n’a pas d’amis et ne s’ennuie pas de ses parents.

L’enquêteur l’amène bientôt sur les allégations d’abus physiques dénoncés par d’autres plaignants. 

«Il m’a demandé de ne pas en parler. C’est personnel. Je ne veux pas parler de ça», s’obstine Jimmy, toujours poli.

Ceux qui disent des «calomnies» sur le pasteur sont des traîtres, des méchants auxquels il ne veut pas s’associer, insiste l’adolescent. Quatre ans plus tard, devant le tribunal, Jimmy confie qu’au moment de l’interrogatoire, il était certain que Dieu allait le juger s’il parlait. 

L’adolescent soutient que le jour où il a fait 8000 flexions des jambes («squats»), c’était pour relever un défi personnel. Il ne confiera pas à l’enquêteur qu’après cette journée, il a eu du mal à monter et descendre les marches pendant des semaines.

En triturant ses lacets de bottes, le jeune finira par convenir qu’une telle quantité d’exercices pouvait aussi servir de punition. Comme les privations de repas et les heures passées debout.

Claude Guillot a fait le collège militaire, précise Jimmy. «Il voulait nous apprendre à être discipliné comme des militaires.»

En toute fin de rencontre, il admettra avoir reçu des coups et des gifles – environ cinq – de la part du pasteur et avoir vu d’autres garçons être battus. Ces coups, le moyen de correction ultime, étaient donnés lorsqu’il était très résistant. «Quand je ne voulais pas obéir, il pouvait me sonner un peu, explique-t-il. Mais c’était fait par amour.»

Accusations d’entrave

Trois plaignants ont expliqué qu’au moment où un premier signalement a été fait à la DPJ en 2013, Claude Guillot leur a clairement expliqué ce qu’ils devaient dire et ce qu’ils devaient cacher aux intervenants sociaux. Ils pouvaient parler des copies et des compositions, mais devaient taire les repas coupés, les séances de «piquet» et les milliers de «squats».

En plus des accusations de voies de fait et de séquestration, la Couronne a aussi déposé contre Guillot des accusations d’entrave à la justice pour avoir incité deux des élèves à faire des fausses déclarations dans le cadre d’une intervention avec la Direction de la protection de la jeunesse.