Suivant les enseignements de l’église baptiste, les éducateurs de l’école dirigée par Claude Guillot servaient des corrections physiques aux élèves désobéissants, même aux plus jeunes.

Procès du pasteur Claude Guillot: des coups de palette à cinq ans

Yves* a un souvenir très clair de la palette en bois de Claude Guillot. En bois pâle, d’un pouce d’épais, avec un long manche. Le pasteur baptiste la gardait dans une enveloppe matelassée, dans un tiroir de son bureau.

Les plaignants ont commencé à défiler mardi, au procès du pasteur accusé de voies de fait, voies de fait armées, voies de fait avec lésions, séquestration et harcèlement à l’endroit de six anciens élèves.

Les parents de Yves, baptistes évangéliques convaincus, ont inscrit leur garçon à l’école de la Bonne Semence de Victoriaville lorsqu’il a eu l’âge de quatre ans.

L’homme, aujourd’hui enseignant, garde très peu de souvenirs de cette période. «Je n’ai aucun souvenir en classe, aucun souvenir d’avoir étudié… Les seuls souvenirs que j’ai, c’est quand je me fais frapper», a-t-il raconté, submergé par l’émotion.

L’école baptiste de la Bonne Semence, dont Claude Guillot a été directeur, dispensait un enseignement chrétien en anglais, avec une discipline de fer. Les élèves n’avaient pas le droit de se retourner sur leur chaise, de se parler entre eux, de s’asseoir les jambes trop écartées, etc.

Suivant les enseignements de l’église baptiste, les éducateurs de l’école servaient des corrections physiques aux élèves désobéissants, même aux plus jeunes.

Yves ne se rappelle pas ce qu’il a pu faire de mal. Mais il se revoit encore, à l’âge d’environ cinq ans, installé à plat ventre sur les jambes de Claude Guillot. Le pasteur le tient fermement et le frappe, selon lui, à une dizaine de reprises. «Je voulais me débattre, m’en aller de là, mais il me tenait fort et frappait fort», témoigne Yves.


« Il me tenait fort et frappait fort »
Yves, parlant de la correction administrée par Claude Guillot

Richard* avait 11 ans lorsqu’il a été inscrit à l’école baptiste de Victoriaville. Durant l’année qu’il a passée à la Bonne Semence, Richard évalue avoir été frappé à une vingtaine de reprises, environ la moitié des fois par Claude Guillot, dit-il.

Lorsque Richard contrevenait aux règles de l’école, il était amené dans une pièce au sous-sol de l’église. Mains au mur, il attendait sa correction physique. 

Selon Richard, le pasteur faisait une prière avant de lui frapper les fesses avec sa palette de bois. Parfois, le pasteur faisait une étreinte à l’enfant après la correction.

Richard se rappelle avoir eu de la difficulté à s’asseoir durant quelques jours. 

Yves a voulu parler des coups reçus à des gens baptistes autour de lui, notamment à des pasteurs. «On me disait que ce que j’avais subi, c’est parce que j’étais un être monstrueux et que j’avais reçu ce que je méritais», relate-t-il.

«Pour des niaiseries»

La mère de Yves a expliqué au tribunal que les parents devaient donner l’autorisation aux éducateurs d’administrer la correction physique aux enfants. «On nous disait que ce serait pour des cas extrêmes, a expliqué la dame. Mais je me suis aperçue que c’était pour des niaiseries. Et on a continué à donner la correction même quand j’ai demandé d’arrêter. C’est là que j’ai retiré mes enfants. Je ne pouvais pas me battre contre toute une église.»

* Prénoms fictifs