Procès contre la Clinique du pied CDP: pas le droit de dire «charlatan»

Le fondateur des Cliniques du pied CDP obtient un ordre de la cour qui empêchera désormais le Collège des médecins de le traiter de «charlatan».

André Duchesneau, kinésiologue depuis 30 ans, a fondé les Cliniques du pied CDP inc., des centres spécialisés en appareils orthopédiques, installés à Québec, Montréal, Longueuil, Terrebonne et Gatineau. 

Le Collège des médecins, associé à l’Ordre des podiatres, a fait émettre 70 constats d’infraction contre André Duchesneau, son entreprise et plusieurs kinésiologues.

Le Collège des médecins soutient que des kinésiologues des Clinique du pied CDP ont pratiqué illégalement la médecine à plusieurs occasions. Notamment, en recommandant à une cliente d’utiliser de l’huile de ricin, en suggérant à un client d’attendre avant de faire enlever un oignon plantaire et en faisant un diagnostic de tendinite.

L’une d’elle a récemment plaidé coupable d’avoir posé des diagnostics et proposé des traitements pour des problèmes aux pieds. Elle a écopé de l’amende minimale, soit 3000 $.

Clients en santé

La Clinique du pied CDP fait elle face à une amende de 160 000 $. André Duchesneau compte bien se défendre lors de son procès pénal qui se tiendra d’ici quelques mois. Il plaidera que les activités de son entreprise s’adressent «à des personnes en santé qui ne souffrent pas de maladies, déficiences ou incapacités physiques mais qui recherchent un meilleur confort dans la démarche ou la posture qu’elles adoptent». Ces activités sont «complètement en lien avec la formation, l’expérience et la connaissance des kinésiologues», ajoute-t-il et n’entrent pas en conflit avec les actes des médecins, régis par le Code des professions.

«Campagne de salissage»

André Duchesneau se plaint dommages très importants depuis l’émission des constats d’infraction dans quatre régions de la province.

Il y a quelques semaines, un inspecteur du Collège se serait rendu dans les cliniques médicales qui louent des espaces aux kinésiologues de la Clinique du pied afin de les persuader de cesser toute collaboration. L’inspecteur aurait menacé les cliniques médicales de sanctions monétaires.

Une clinique médicale de l’Outaouais a d’ailleurs décidé de résilier l’entente avec les kinésiologues.

Pire encore, dit André Duchesneau, les enquêteurs se livrent à une «véritable campagne de salissage» auprès des cliniques médicales «en insinuant que les demandeurs et leurs employés sont des charlatans et que les médecins de ces cliniques enfreignent leur code de déontologie en faisant affaires avec eux».

Deux autres cliniques ont ainsi décidé de résilier leur bail.

«Cette façon de faire fautive, dommageable et illégale consiste en un abus de droit et entraînera inéluctablement, s’il n’y est pas mis un terme immédiatement, l’anéantissement de l’entreprise que les demandeurs ont bâti depuis les 20 dernières années», affirme André Duchesneau, dans sa requête à la cour en vue d’obtenir une série d’injonctions.

Pas des charlatans, dit la cour

Le juge Robert Legris de la Cour supérieure du Québec donne en partie raison au kinésiologue. Il ordonne au Collège des médecins et à ses officiers et employés de «cesser d’insinuer que les kinésiologues de la Clinique du pied CDP sont des charlatans et qu’ils font de la publicité trompeuse».

La kinésiologie est une nouvelle science enseignée dans presque toutes les universités du Québec, note le juge Legris. «Il est donc peu probable qu’au fond [du litige] le demandeur soit qualifié de charlatan», estime le juge.

La publicité de la Clinique du pied semble par ailleurs conforme à la vérité, constate le juge Legris.

Certains propos d’un enquêteur du Collège seraient probablement qualifiés de faux dans un procès en diffamation, note le juge. «Faire enquête est une chose, publier ou insinuer des renseignements erronés ou pas en est une autre», écrit le juge Legris.