«En parlant avec les collègues de la région de Québec, c’est sûr que la priorité c’est le troisième lien et [de fournir] les investissements nécessaires pour réaliser ce grand projet», a lancé Andrew Scheer jeudi devant la Chambre de commerce.

Priorité au troisième lien, dit Andrew Scheer

Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a livré un audacieux discours jeudi devant les membres de la Chambre de commerce, en affirmant que sa priorité était la construction d’un troisième lien, alors que les gens d’affaires identifient le tramway comme le principal instrument de développement économique de la capitale.

«En parlant avec les collègues de la région de Québec, c’est sûr que la priorité c’est le troisième lien et [de fournir] les investissements nécessaires pour réaliser ce grand projet», a lancé M. Scheer en guise de réponse à une question qui portait pourtant sur le «transport structurant» et le jeu de ping-pong que se livrent depuis plusieurs semaines Québec et Ottawa concernant le financement du projet de 3 milliards $.

En point de presse, le chef conservateur est demeuré flou sur ses intentions de garantir les 1,2 milliard $ promis par les libéraux, si son parti prenait le pouvoir aux élections de fin d’année. «Un gouvernement conservateur va être là pour les projets d’infrastructures», s’est-il contenté de dire. À l’inverse, il a été beaucoup plus convaincant sur le désir d’un éventuel gouvernement conservateur d’octroyer des contrats au Chantier Davie et de trouver une solution pour peinturer le pont de Québec.

Sa priorité donnée au troisième lien ne semble pas en phase avec la volonté du milieu des affaires. Mercredi, la PDG de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec (CCIQ), Julie Bédard, faisait une sortie publique pour demander aux deux paliers de gouvernement de s’entendre au plus vite pour finaliser le budget du réseau structurant en transport en commun pour lequel il manque toujours 800 millions $.

Plus encore, jeudi matin, une trentaine de personnalités du monde des affaires et institutionnel de Québec, dont la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, pressait, dans une lettre ouverte, les gouvernements fédéral et provincial de boucler rapidement le financement du tramway.

«Dans la grande région de Québec, l’enjeu de la mobilité durable devient de plus en plus criant et il faut agir rapidement et de façon exemplaire pour les générations futures. Tant à Québec qu’à Lévis, la congestion routière cause bien des maux de tête aux automobilistes à l’heure de pointe et occasionne des pertes de productivité pour les entreprises. Sans oublier l’impact sur la vie privée des travailleurs altérée par de trop longues périodes passées dans le trafic», écrivent-ils.

Les propos de M. Scheer ne changent rien à la position de la CCIQ, soutient Mme Bédard. «On travaille avec les gouvernements en place. On n’est pas en élection aujourd’hui. Il a le droit d’établir ses priorités. On a demandé au chef de l’opposition de se prononcer. Il nous reste un peu plus de six mois pour régler le projet du transport structurant. Après, les gens voteront et on ajoutera le troisième lien et le pont de Québec et tous les dossiers qui vont pouvoir se connecter.»

Compétitivité

Absent au discours de M. Scheer, le maire de Québec n’a pas pu commenter ses propos. En marge d’une conférence de presse à laquelle il participation au même moment, Régis Labeaume s’est réjoui de l’appui des gens d’affaires au projet de tramway.

«Ils n’ont pas tous les moyens de payer des salaires de 30 $ à 40 $ l’heure. Et tous les employés n’ont pas les moyens d’avoir un ou deux véhicules. Quand on parle de compétitivité et d’attraction, c’est vrai. Pour les entreprises, c’est fondamental. En plus, les jeunes aujourd’hui ne veulent pas tous avoir une auto», réitère le maire. 

D’autre part, il a voulu dépolitiser le dossier. «À un moment donné, ça devient très politique cette affaire-là. C’est pas juste moi. Les gens vont comprendre que ce n’est pas la patente à Labeaume. Ce n’est pas une folie, c’est un bien essentiel», a-t-il conclu.

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