De l’avis du porte-parole Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec, Abdallah Homsy, augmenter le prix des courses urbaines pourrait défavoriser les taxis en creusant l’écart avec Uber.

Pression sur les prix du taxi

L’industrie du taxi de Montréal propose une réforme importante des tarifs de taxis qui aurait pour principal effet d’augmenter le prix des petites courses. L’idée déplaît royalement aux taxis de Québec, qui prônent le statu quo en raison de la concurrence d’Uber.

Tous les ans, la Commission des transports du Québec (CTQ) tient une audience publique sur l’opportunité de modifier les tarifs en matière de services de transport par taxi. La dernière hausse remonte à 2012. L’indice du coût du taxi, basé sur l’évolution des coûts d’exploitation, a tout de même progressé de 5,9 % depuis. En octobre, les parties intéressées se sont pointées à Québec pour présenter leurs positions.

Taxelco, société mère de Téo Taxi, a pris le leadership au nom du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi (CPCDIT), du Regroupement des propriétaires de taxi de Montréal (RPTM) et de sept autres bannières montréalaises. 

L’entreprise dirigée par l’ex-dragon Alexandre Taillefer a présenté des calculs établissant que le revenu net d’un chauffeur tournerait autour de 10 $ l’heure, une fois considérés le temps d’attente et les coûts d’opération du véhicule. C’est moins que le salaire minimum fixé à 11,25 $ l’heure. 

Taxelco a aussi fait valoir que la formule de tarification actuelle désavantage les chauffeurs qui roulent à basse vitesse en raison du tissu urbain, de la congestion ou des travaux routiers. Par exemple, une course de 20 minutes d’une distance de 6,7 kilomètres réalisée à une vitesse de 20 kilomètres/heure serait plus de deux fois moins payante qu’une course de la même durée, trois fois plus longue, réalisée à 60 km/h. 

Taxelco propose donc de revoir la formule de tarification pour augmenter le prix des petites courses et, du coup, le revenu des chauffeurs. Dans le cas de Téo Taxi, qui rémunère ses employés à l’heure, c’est la compagnie qui en profiterait. 

Le prix de départ serait ainsi ramené de 3,45 $ à 3,25 $, le taux à la minute augmenté de 0,63 $ à 0,88 $ et le taux au kilomètre abaissé de 1,70 $ à 1,60 $. Pour une course étalon en milieu urbain dense, cela résulterait en une augmentation de 2 %, de quoi absorber en partie l’inflation des cinq dernières années. En contrepartie, les courses avec plus de kilométrage et de vitesse coûteraient un peu moins cher. C’est là le principe d’Uber. 

Taxelco a également demandé à la CTQ la permission de facturer des frais de réservation (maximum 15 $), des frais d’annulation (maximum 5 $) et des frais pour une voiture spécifique (maximum 15 $) comme une fourgonnette par exemple. Comme Uber, Taxelco voudrait aussi obtenir l’autorisation d’augmenter les tarifs «lorsque la demande est exceptionnellement élevée». Cette tarification dynamique «raisonnable» pourrait grimper jusqu’à 50 % en période de pointe. 

Moratoire

De l’autre côté, le Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ) réclame plutôt un moratoire «tant et aussi longtemps que tous les joueurs de l’industrie du transport rémunéré de personnes par automobile ne seront pas entièrement soumis aux mêmes règles». C’est une référence à Uber et aux autres applications mobiles qui lorgnent le marché québécois. 

En entrevue téléphonique, le porte-parole du RITQ se dissocie de l’industrie montréalaise du taxi. Selon Abdallah Homsy, Alexandre Taillefer en a pris le contrôle et tente d’adapter les règles à son modèle économique. 

«À Québec, la majorité des voyages sont faits en ville. On veut que nos passagers aient de bons prix. On veut une formule pour garder nos clients», lance M. Homsy dans un plaidoyer pour le statu quo. À son avis, augmenter le prix des courses urbaines pourrait défavoriser les taxis en creusant l’écart avec Uber. 

Pour y voir plus clair, le RITQ recommande d’ailleurs à la Commission des transports de «procéder à une évaluation rigoureuse de l’élasticité de la demande dans le marché de l’industrie du transport par taxi». «Cette analyse devrait permettre de confronter la rentabilité commerciale des tarifs actuels à des tarifs potentiellement plus faibles qui pourraient générer de plus grands volumes de ventes», peut-on lire dans le document soumis aux commissaires. 

Aéroport

Le RITQ demande également de réserver l’accès à l’aéroport de Québec aux taxis possédant un permis. Selon son analyse, le Règlement sur les services de transport par taxi du gouvernement du Québec, antérieur au projet pilote avec Uber, leur conférait déjà le monopole. 

Les taxis de Québec revendiquent enfin l’application, dans les deux directions, d’un tarif fixe dans la zone réglementée contigüe à l’aéroport. Actuellement, il en coûte 15 $ pour quitter les installations aéroportuaires tandis que le prix varie en fonction du temps et de la distance pour s’y rendre. 

Les commissaires de la CTQ ont pris la cause en délibéré. Comme pour les juges, il est impossible de savoir quand ils rendront leur décision. Généralement, la tarification est arrêtée à la fin de décembre ou au début de janvier.