Les plateformes s’attendent aussi à des tactiques de type «hack-and-leak», où des entités liées à des États donnent des informations piratées aux médias et se servent des réseaux pour les propager.
Les plateformes s’attendent aussi à des tactiques de type «hack-and-leak», où des entités liées à des États donnent des informations piratées aux médias et se servent des réseaux pour les propager.

Les géants internet sur le front russe... et intérieur

Julie Jammot
Agence France-Presse
SAN FRANCISCO — Les géants de la tech sont mobilisés contre les menaces qui pèsent sur la présidentielle américaine, de Microsoft qui a détecté de nouvelles cyberattaques contre les équipes de campagne venues de Chine et de Russie, aux réseaux sociaux qui anticipent des résultats contestés.

Depuis des mois, Facebook, Twitter, Google et Microsoft multiplient les annonces sur des cyberattaques déjouées et opérations de propagande démantelées, orchestrées depuis l’étranger, notamment de la Russie.

Jeudi, Microsoft a ainsi révélé, entre autres, qu’un groupe de pirates russes, Strontium, avait attaqué plus de 200 organisations impliquées dans la campagne présidentielle (partis, consultants, etc).

Jeudi aussi, les États-Unis ont sanctionné un Ukrainien considéré comme un «agent de la Russie» pour avoir tenté de «discréditer» Joe Biden, et dont les montages censés incriminer le candidat démocrate à l’élection du 3 novembre avaient été relayés par son rival, Donald Trump lui-même.

Le rapport de Microsoft prouve que «la Chine, l’Iran et la Russie essaient de saboter notre démocratie et d’influencer nos élections», a réagi le ministère de l’Intérieur américain.

Pékin a dénoncé vendredi des accusations «inventées de toutes pièces» du géant informatique.

Les entreprises et les autorités ont à coeur de montrer leur investissement pour éviter une répétition des scandales de 2016.

Il y a quatre ans, la campagne avait été marquée par des opérations massives d’influence déguisées, principalement menées par des organisations proches du Kremlin, comme la «Internet Research Agency» (IRA), en faveur de Donald Trump.

Menace intérieure

Les plateformes s’attendent aussi à des tactiques de type «hack-and-leak», où des entités liées à des États donnent des informations piratées aux médias et se servent des réseaux pour les propager.

C’est ce qui s’était passé avec des courriels d’Hillary Clinton, la candidate démocrate en 2016.

Mais ces deux dernières années, les plateformes, en collaboration avec le FBI et d’autres agences, sont devenues expertes en réseaux de faux comptes qui répandent de fausses informations, théories du complot, incitations à la haine et vidéos détournées.

Elles font désormais surtout face à un contexte national extrêmement tendu, entre la pandémie et la vague de manifestations contre le racisme, qui entraînent régulièrement des violences.

Sans compter un acteur majeur, très actif sur les réseaux sociaux, le tempétueux président américain.

Donald Trump met régulièrement en doute la fiabilité du vote par correspondance, une méthode prisée et éprouvée aux États-Unis, et cruciale en période de crise sanitaire. Il a même récemment suggéré à ses partisans de voter deux fois.

Facebook et Twitter ont sévi à plusieurs reprises, en épinglant des notes d’information à ce genre de messages, et en redirigeant le public vers des informations vérifiées.

Un plus grand recours au vote par courrier signifie aussi que les résultats pourraient mettre plus longtemps que d’ordinaire à être connus et confirmés.

Prudence

Les deux groupes californiens, ainsi que YouTube (propriété de Google), se préparent à des scénarios catastrophes au cas où leurs plateformes seraient utilisées pour proclamer des résultats ou appeler à les contester, par exemple.

Dans une interview sur Fox News, en juillet, le locataire de la Maison-Blanche avait refusé de dire s’il accepterait les résultats sortis des urnes.

Twitter, qui a interdit les publicités politiques il y a près d’un an, a fait savoir jeudi qu’il allait désormais retirer ou «étiqueter» les «messages faux ou trompeurs», sapant la confiance du public dans les élections, y compris d’éventuels tweets s’arrogeant la victoire avant l’annonce officielle.

Trois types de propos sont concernés : les messages qui «créent de la confusion» sur le processus démocratique ou les autorités responsables du scrutin, les informations non vérifiées sur de soi-disant fraudes, et ceux qui interfèrent avec le décompte, comme «les comportements illégaux qui visent à empêcher une transition pacifique».

Facebook a de son côté créé un centre d’information en ligne sur le scrutin et annoncé qu’aucune nouvelle publicité politique ne pourrait être diffusée dans la semaine précédant l’élection.

Sur YouTube, Google tente aussi d’afficher en priorité les informations jugées fiables.

Le géant des algorithmes a en outre pris jeudi une nouvelle mesure contre la désinformation.

La fonction d’autoremplissage dans la barre Google ne prédira plus la suite des phrases avec des options «pouvant être interprétées comme des allégations contre des candidats ou des partis», a expliqué Pandu Nayak, un vice-président responsable du moteur de recherche.

Cela concerne aussi les détails pratiques. Par exemple, si un utilisateur tape «voter par...», Google ne proposera plus «par téléphone» dans le menu déroulant.