Joe Biden et sa vice-présidente élue Kamala Harris, feront un discours pour annoncer formellement ces nominations mardi à Wilmington, le fief du président élu, dans le Delaware.
Joe Biden et sa vice-présidente élue Kamala Harris, feront un discours pour annoncer formellement ces nominations mardi à Wilmington, le fief du président élu, dans le Delaware.

Le futur gouvernement Biden se met en place 

Élodie Cuzin
Agence France-Presse
WASHINGTON — Le futur gouvernement de Joe Biden a commencé lundi à se mettre en place, avec une priorité aux personnalités chevronnées ayant servi sous Barack Obama, comme Antony Blinken futur chef de la diplomatie américaine, ou Janet Yellen pressentie au Trésor.

L’ancien secrétaire d’État John Kerry, 76 ans, fera lui aussi son retour à Washington en tant qu’émissaire spécial du président sur le climat, signe de l’importance qu’accorde Joe Biden à ce dossier.

Le démocrate de 78 ans, qui avance sans prêter garde au refus de Donald Trump de concéder sa défaite, cherche aussi à faire une plus grande place aux femmes et aux minorités.

Il prévoit ainsi, selon une source dans son entourage, de nommer l’ancienne présidente de la Banque centrale Janet Yellen, 74 ans, au Trésor, un poste occupé uniquement par des hommes jusqu’ici.

Alejandro Mayorkas, devrait pour sa part, s’il est confirmé, devenir le premier Hispanique ministre à la Sécurité intérieure.

Se posant en gage de stabilité, Joe Biden avait fait campagne en promettant de mettre fin au «chaos» de l’ère Trump. Et ses premiers choix, sélectionnés dans le cercle de ses proches, reflètent sa volonté de marquer le contraste avec le président républicain sortant.

«J’ai besoin d’une équipe prête au premier jour», a écrit le démocrate dans un communiqué annonçant ses choix pour les Affaires étrangères et la Sécurité nationale. «Ces individus sont aussi expérimentés et éprouvés aux crises qu’ils sont novateurs et imaginatifs», a-t-il poursuivi.

«Menace urgente» 

Au poste-clé de secrétaire d’État: Antony Blinken, 58 ans, ex-numéro deux du département d’État sous le président Barack Obama et l’un des principaux conseillers en diplomatie de Joe Biden.

Fervent partisan du multilatéralisme, «Tony» Blinken devrait s’attaquer en priorité au dossier du nucléaire iranien. S’il est confirmé par le Sénat, il succédera à Mike Pompeo comme chef de la diplomatie.

Pour Barack Obama, les alliés des États-Unis, malmenés ces quatre dernières années, «vont être très soulagés de voir arriver des gens comme Tony».

John Kerry sera pour sa part immédiatement chargé de faire revenir les États-Unis dans l’Accord de Paris qu’il avait négocié en 2015, et que Donald Trump avait ensuite déchiré. Il a promis de traiter «la crise climatique comme la menace urgente de sécurité nationale qu’elle est».

Une diplomate afro-américaine de 68 ans, Linda Thomas-Greenfield, deviendra elle ambassadrice à l’ONU.

«Un refuge»

Alejandro Mayorkas, né il y a 60 ans à la Havane, prendra la tête du ministère de la Sécurité intérieure. Cet ancien procureur fédéral connaît bien cette administration, dont il fut ministre adjoint de 2013 à 2016.

«Quand j’étais très jeune, les États-Unis ont offert un refuge à ma famille», des opposants au régime castriste, a rappelé dans un tweet celui qui sera bientôt chargé de «superviser la protection de tous les Américains et de ceux qui fuient des persécutions».

Le président élu a également l’intention de nommer Avril Haines, 51 ans, directrice du Renseignement national et Jake Sullivan, 43 ans, comme son conseiller à la Sécurité nationale.

Joe Biden et sa vice-présidente Kamala Harris, feront un discours pour annoncer formellement ces nominations mardi à Wilmington, dans le Delaware.

«République bananière»

Joe Biden s’y est entretenu lundi avec les maires de plusieurs grandes villes, dont New York, Los Angeles ou Atlanta, affichant sa détermination à avancer malgré les multiples recours en justice de Donald Trump.

Aucun doute ne pèse sur le fait que le démocrate deviendra le 46e président des États-Unis le 20 janvier 2021.

Mais le déni de Donald Trump implique notamment que le président élu n’a toujours pas, près de trois semaines après l’élection, accès aux informations classées sur les questions ultra-sensibles concernant la sécurité des États-Unis, comme c’est l’usage.

Il n’a pas non plus pu commencer à coordonner avec l’équipe Trump la gestion de la pandémie de Covid-19 qui a fait plus de 256 000 morts aux États-Unis.

Joe Biden a remporté près de 80 millions de voix lors du scrutin, contre un peu moins de 74 millions pour le milliardaire républicain. Mais la présidence américaine se joue au travers d’un système de grands électeurs attribués dans chaque État.

Procédure d’ordinaire quasi-routinière, la certification des résultats dans les États-clés prend cette fois, sous les accusations, infondées, de fraude massive lancée par Donald Trump, une envergure nationale.

Dans le Michigan, où Joe Biden dipose de 155 000 voix d’avance, un panel était réuni lundi pour certifier les résultats, mais ses membres républicains tentaient d’arracher un report.

Une poignée de comtés de Pennsylvanie, chargés de faire de même d’ici la fin de journée, affichaient eux des retards.

Le milliardaire a appelé dimanche le parti républicain à «se battre», mais un nombre croissant de grands noms du parti l’appellent à concéder sa défaite, certains voyant même dans le comportement des avocats du président «une honte nationale», digne d’»une république bananière».