Donald Trump et Joe Biden ont multiplié les insultes.
Donald Trump et Joe Biden ont multiplié les insultes.

Le débat Trump-Biden vire au chaos

Olivier Douliery
Agence France-Presse
Jerome Cartillier
Agence France-Presse
CLEVELAND — Invectives, railleries, attaques personnelles : le premier débat entre Donald Trump et Joe Biden a offert mardi un spectacle particulièrement chaotique à 35 jours d’une élection présidentielle américaine sous haute tension.

Lors d’un duel télévisé suivi en direct par des dizaines de millions d’Américains, le candidat démocrate de 77 ans a demandé au 45e président des États-Unis, 74 ans, de «la fermer», avant, un peu plus tard, de le traiter de «clown».

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«Il n’y a rien d’intelligent en vous», a de son côté lancé Donald Trump, en mauvaise posture dans les sondages, qui espérait un faux-pas de son rival qui n’a pas eu lieu.

Mâchoires serrées, le locataire de la Maison-Blanche, qui briguera le 3 novembre un second mandat de quatre ans, s’est efforcé de dépeindre son adversaire comme une marionnette de la «gauche radicale», que ce soit sur la santé, la sécurité ou le climat.

Mais l’ancien vice-président de Barack Obama, dont la combativité suscitait des interrogations, a tenu le choc dans ce face-à-face organisé à Cleveland.

Les yeux plantés dans la caméra, il régulièrement pris les Américains à témoin, les appelant à se rendre aux urnes pour éviter «quatre années de plus de mensonges».

«L’un des pires de l’histoire»

«Ce débat restera comme l’un des pires de l’histoire», a déclaré à l’AFP Aaron Kall, enseignant à l’Université du Michigan et spécialiste des débats présidentiels.

Si Joe Biden s’est engagé à accepter le résultat du scrutin, Donald Trump a lui esquivé, se bornant une fois de plus à affirmer sans preuves que le vote par correspondance, qui s’annonce important en raison de la COVID-19, favoriserait des «fraudes».

Le 45e président des États-Unis a peiné, tout au long du débat, à reprendre la main, tentant d’interrompre «Joe» jusqu’à se faire fermement rappeler à l’ordre par l’animateur du débat, le journaliste de Fox News Chris Wallace.

«Êtes-vous pour la loi et l’ordre?», a interrogé le président américain dans un échange particulièrement tendu, où il a accusé son rival d’être otage de ses soutiens au «sein de la gauche radicale».

«La loi et l’ordre avec la justice», a répondu son adversaire démocrate, qui a par moment buté sur les mots mais a évité les gaffes que redoutaient certains dans son camp.

Le milliardaire républicain a aussi tenté d’accuser Joe Biden, issu de l’aile modérée du parti démocrate, de vouloir un système de santé «socialiste» défendu par la gauche radicale.

Le candidat démocrate a lui dénoncé la volonté du locataire de la Maison-Blanche d’installer une juge conservatrice à la Cour suprême juste avant le scrutin du 3 novembre. «Ce qui est en jeu ici, c’est que le président a dit clairement qu’il veut se débarrasser de l’Affordable Care Act», la loi d’assurance-maladie plus connue sous le nom d’Obamacare, a-t-il déploré.

«Nous devrions attendre de voir le résultat de cette élection», a plaidé le candidat démocrate, cravate à fines rayures noires et blanches.

«Nous avons gagné l’élection» de 2016 «et nous avons le droit de le faire», a rétorqué l’ex-magnat de l’immobilier, cravate sombre rayée de rouge.

«Aucun plan» contre la COVID-19

Les deux candidats septuagénaires se sont ensuite écharpés sur le bilan de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis, pays le plus endeuillé au monde avec plus de 205 000 morts.

«Vous n’auriez jamais pu faire le travail que nous avons fait, vous n’avez pas cela dans le sang», a martelé Donald Trump.

«Je sais ce qu’il faut faire» tandis que «le président n’a aucun plan», a répondu Joe Biden.

Coronavirus oblige, et comme prévu, les deux hommes ne se sont pas serré la main mais se sont salués de loin sur la scène de Cleveland, dans l’Ohio, l’un de ces États-clés qui pourrait faire basculer la victoire dans un camp ou dans l’autre le 3 novembre.

Ils faisaient face à un public restreint, avec leurs épouses, Melania Trump et Jill Biden, toutes deux masquées.

Donald Trump
Joe Biden

 Oreillette et stimulants 

Toute la journée, le climat a été tendu.

Chez Donald Trump, 74 ans, on a ainsi sous-entendu que Joe Biden, 77 ans, pourrait avoir recours durant la soirée à une oreillette.

Faux, a répondu le camp démocrate — comme il avait déjà balayé la demande du président qui avait réclamé un test antidopage en soupçonnant le démocrate d’avoir recours à des stimulants.

Juste avant le débat, Joe Biden a toutefois semblé vouloir faire retomber la tension avec un tweet humoristique illustré par une photo avec des écouteurs d’iPhone et un pot de crème glacée. «C’est la soirée du débat alors j’ai préparé mon oreillette et mes produits dopants», a-t-il écrit.

Son équipe a elle assuré que le camp présidentiel avait demandé au modérateur du débat Chris Wallace de ne pas mentionner le nombre de morts de la COVID-19 (plus de 205 000 aux États-Unis).

«Mensonge», a-t-on rétorqué côté républicain.

L’ancien vice-président démocrate a aussi rendu publiques mardi ses feuilles d’impôts pour l’année 2019, un coup directement adressé au locataire de la Maison-Blanche, affaibli par des révélations explosives sur sa situation fiscale et son endettement.

Si leur impact sur le scrutin reste souvent limité, ces débats sont des moments forts de la campagne électorale, depuis le premier tête-à-tête télévisé organisé il y a 60 ans, à Chicago, entre John F. Kennedy et Richard Nixon.

Tout sépare les deux candidats septuagénaires. Le milliardaire républicain s’est présenté une fois, en 2016, et a créé la plus grande surprise de l’histoire politique moderne.

Entré en politique il y a un demi-siècle, Joe Biden, sénateur puis vice-président, espère que sa troisième tentative pour la Maison-Blanche (il s’était déjà présenté aux primaires démocrates en 1988 et 2008) sera la bonne.

Les deux autres débats présidentiels sont prévus les 15 et 22 octobre, respectivement à Miami, en Floride, et à Nashville, dans le Tennessee.

Le vice-président républicain Mike Pence affrontera la colistière de Joe Biden, la sénatrice et ex-procureure Kamala Harris, le 7 octobre à Salt Lake City, dans l’Utah.