«Enfin, Biden a gagné!»
«Enfin, Biden a gagné!»

Célébrations dans plusieurs villes des États-Unis après la victoire de Biden

Laura Bonilla
Agence France-Presse
Catherine Triomphe
Agence France-Presse
Maggy Donaldson
Agence France-Presse
WASHINGTON —  Ils ont pleuré, tapé sur des casseroles et crié «Trump, c’est fini!» dans un concert de klaxons: les New-Yorkais ont laissé exploser leur joie et leur soulagement samedi à l’annonce de la victoire de Joe Biden à la présidentielle.

Les scènes de liesse - dans la ville natale du président républicain qu’une majorité de New Yorkais ont toujours répudié - ont commencé dès les premières alertes tombées sur les smartphones.

Dans les minutes qui ont suivi, les rues de Manhattan ont retenti de cris et de klaxons, les habitants sont sortis dans la rue ou sur leur balcon, frappant souvent sur des casseroles.

Spontanément, sous un soleil radieux et des températures quasi-estivales, des milliers de personnes, dûment masquées, ont convergé vers des points stratégiques, à Columbus Circle, en bordure de Central Park, à Times Square ou devant la Trump Tower, où siège la Trump Organization sur la 5e Avenue, et où habitait Trump jusqu’à son départ pour Washington en 2016.

«Ça a été quatre ans de souffrances, c’est un homme odieux, vraiment odieux, Je suis si heureuse qu’il s’en aille, même si maintenant on va devoir se soucier de tous les gens qui ont voté pour lui, car eux sont toujours là», dit Jacqueline Brown, 58 ans, professeure d’université venue à vélo rejoindre la foule à Columbus Circle.

«Je suis submergé par la joie», dit aussi Bernie Jacobs, 84 ans, en prenant bagels et café près de la Trump Tower. «Tous les matins, on vient ici et on critique Trump, ça durait depuis quatre ans, c’était trop. On le détestait du jour où il est arrivé au pouvoir (...) Il a été un président de rien du tout, avec un ego surdimensionné et zéro talent».

«Ça a été quatre ans de souffrances, c’est un homme odieux, vraiment odieux, Je suis si heureuse qu’il s’en aille, même si maintenant on va devoir se soucier de tous les gens qui ont voté pour lui, car eux sont toujours là»

«Enfin, Biden a gagné!», s’exclame J.D. Beebe, 35 ans, patron d’une petite entreprise en ligne, en applaudissant à tout rompre. «Je suis ravi, c’est vraiment un moment très américain, tous ces klaxons, ces gens aux balcons», dit-il.

«Je me réjouis juste de ne pas avoir à m’inquiéter chaque jour de savoir quel truc débile va encore sortir de la bouche de notre président, honnêtement», dit-il.

«Etre débarrassée de Trump au quotidien, remettre un peu de normalité dans nos vies, et que mes enfants puissent voir un être humain respectable aux commandes - ça suffit à me rendre heureuse pour aujourd’hui!», dit Catherine Griffin, larmes aux yeux, descendue dans la rue avec sa fille.

«Ça change tout»

Samedi après-midi, une foule s’était aussi rassemblée dans le quartier de Brooklyn, à l’entrée du très populaire Prospect Park, chantant et dansant sous les confettis.

La victoire de Biden «change tout, change ce qui est possible», a déclaré aux journalistes le maire démocrate Bill de Blasio, qui était de la partie.

«Je suis heureuse que Donald Trump sorte de nos vies, espérons pour toujours --même si je n'en sais rien» 

Lui qui demandait en vain une aide du gouvernement fédéral, pour compenser le «trou» de plusieurs milliards de dollars qu’a causé la pandémie dans les caisses municipales, espère maintenant être entendu à Washington.

D’autres leaders politiques étaient dans la rue, comme le leader des démocrates au Sénat, Chuck Schumer. «La longue nuit américaine est terminée, l’aube arrive», a-t-il tweeté.

Difficultés à venir

Beaucoup se disaient conscients des difficultés que Joe Biden aura à gouverner après son investiture, en raison des divisions du pays.

«Je me sens soulagé et aussi fatigué», dit Dyer Rhodes, 23 ans, artiste. «J’ai l’impression qu’on va avoir besoin de quatre ans pour s’assurer qu’on sauve vraiment la démocratie, et que c’est maintenant qu’il faut commencer».

Pour Kendall Pron, employée dans les services sociaux, «ça va être dur pour Biden (...) d’essayer de faire changer les gens, tous ces gens qui soutenaient Trump et ont subi un lavage de cerveau».

Donald Trump reviendra-t-il dans son New York natal? Il est devenu officiellement résident de Floride, et beaucoup de New-Yorkais espèrent qu’il y restera.

«Il a tourné le dos à New York et ne jure plus que par la Floride, je serais contente s’il ne revient jamais», dit Kendall Pron.

«Je me sens soulagé et aussi fatigué»

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À la frontière entre le Mexique et les États-Unis, la liesse de migrants

TIJUANA —  Avec l’annonce de la victoire de Joe Biden à la Maison-Blanche, des migrants installés dans le nord du Mexique ont manifesté leur joie samedi et l’espoir de pouvoir bientôt gagner les États-Unis.

À Tijuana, ville frontalière mexicaine qui jouxte San Diego en Californie, des migrants, la plupart venus d’Haïti, ont agité des drapeaux américains en signe de liesse, alors que des coups de klaxon retentissaient, peu après l’annonce de la victoire du candidat démocrate.

Un activiste a manifesté après que Joe Biden a été déclaré vainqueur de l'élection présidentielle américaine 2020 lors d'une manifestation pro-migrants à la frontière américano-mexicaine

À Ciudad Juárez, une ville mexicaine réputée notamment pour son niveau élevé de délinquance, en bordure du Texas, le ton est tout aussi enjoué.

Des directeurs de refuges pour migrants, des étrangers sans papiers espèrent que la victoire du candidat démocrate modifiera du tout au tout la politique migratoire de Donald Trump.

Ce dernier, afin d’empêcher l’arrivée massive de familles centraméricaines à la frontière avec le Mexique, avait décidé de séparer les enfants de leurs parents, provoquant une vague d’indignation, en particulier dans la région.

Cette politique, lancée en 2017 en tant que projet pilote avait été officialisée en mai 2018 avec en sous-titre l’impératif d’une «tolérance zéro» à l’égard de l’immigration clandestine.

Pedro Ruiz, un migrant cubain, ne cache pas sa jubilation et son soulagement après l’annonce de la victoire de Biden.

«Je voulais que Biden gagne parce qu’il s’est clairement exprimé sur sa volonté de rétablir la politique d’asile», explique à l’AFP Pedro Ruiz.

Ruiz, 51 ans, qui a quitté son pays à cause de la répression politique il y a quatre ans, séjourne au refuge El Buen Samaritano à Ciudad Juárez depuis plus d’un an et demi.

En janvier 2019, Donald Trump et le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador avaient scellé des protocoles de protection des migrants stipulant que les demandeurs d’asile devaient attendre au Mexique que leur demande soit traitée aux États-Unis.

Bien que l’immigration clandestine en provenance d’Amérique centrale constitue un problème récurrent entre le Mexique et les États-Unis depuis des décennies, des milliers d’immigrants sans papiers continuent régulièrement de marcher en caravane vers la frontière américaine depuis fin 2018, fuyant la violence et la pauvreté.