L’homme d’affaires Alexandre Taillefer ne se croit pas en position de conflit d’intérêts, malgré le fait qu’il soit propriétaire de deux médias (L’actualité et Voir) et qu’il soit inscrit au Registre des lobbyistes.

Présidence de la campagne du PLQ: Taillefer se défend d’être en conflit d’intérêts

Philippe Couillard se réjouit qu’Alexandre Taillefer ait accepté de présider la prochaine campagne électorale du Parti libéral du Québec (PLQ), mais ne pense pas que l’homme d’affaires soit en conflit d’intérêts et qu’il doive retirer ses billes des médias qu’il possède.

«C’est un président de campagne, ce n’est pas un candidat à un poste électif. Dans le passé, les présidents de campagne ne se sont pas départis de leurs intérêts puisque c’est le temps de la campagne», a répondu promptement le premier ministre. Il ne pense pas que sa nouvelle recrue est en conflit d’intérêts. 

Alexandre Taillefer non plus ne se croit pas en position de conflit d’intérêts, malgré le fait qu’il soit propriétaire de deux médias (L’actualité et Voir) et qu’il soit inscrit au Registre des lobbyistes. 

«Je ne suis pas en conflit d’intérêts, je n’ai pas un rôle d’élu, je ne me présente pas pour être ministre», s’est défendu M. Taillefer lors d’une mêlée de presse diffusée par Radio-Canada. «Je ne pense pas qu’un mensuel [comme L’actualité] ait une influence sur une campagne qui se passe au quotidien», a-t-il avancé.

Le ministre libéral Pierre Moreau a toutefois convenu que l’ex-dragon devait «prendre toutes les mesures que tous ceux qui s’engagent en politique doivent prendre, c’est-à-dire être prudent, être transparent». Lors de la période de questions, la députée péquiste Agnès Maltais a questionné l’intégrité de M. Taillefer, puisque l’homme d’affaires est inscrit au Registre des lobbyistes et aurait fait de la représentation auprès du premier ministre pour des modifications réglementaires, a-t-elle soutenu. «Depuis combien de temps est-il en discussion pour être président de la campagne électorale et l’a-t-il été en même temps qu’il était lobbyiste?» a demandé la députée. 

À cela, le leader parlementaire Jean-Marc Fournier n’a pas manqué de faire allusion à l’ancien chef du Parti québécois et actuel dirigeant de Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui avait placé ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard alors qu’il siégeait à l’Assemblée nationale. 

Révolté par la réaction du premier ministre, M. Péladeau s’est exprimé sur les médias sociaux. «Bonne vieille règle du deux poids, deux mesures et de l’imposture libérale du chef du PLQ. Il n’exigera pas de fiducie à son nouveau directeur de campagne parce qu’il ne sollicite pas un mandat électif. Mais, ne travaillera-t-il pas avec un PM élu?» a écrit le président de Québecor sur Twitter. 

Opinions divergentes

Alexandre Taillefer s’est déjà prononcé en faveur d’une réforme du mode de scrutin et de la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure, ce à quoi le Parti libéral s’est jusqu’à ce jour opposé. 

«De toute évidence, M. Taillefer a abandonné ses principes. C’est quelqu’un qui se disait pour le 15 $ de l’heure, qui se disait pour la transition écologique, pour la réforme du mode de scrutin. On ne peut pas être progressiste et faire campagne pour un des partis qui ont défait le plus le filet social», a réagi le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. 

Le premier ministre ne s’en fait pas outre mesure. «Alexandre Taillefer personnifie une partie de ce qu’est le nouveau Québec. C’est une très bonne nouvelle et je comprends que les partis d’opposition vont être secoués un peu», a-t-il dit. «J’adore le fait qu’on ait des opinions diverses dans notre groupe sur plusieurs sujets. Un leader fort s’entoure de gens forts», a poursuivi M. Couillard.

Alexandre Taillefer a confirmé jeudi matin sur Twitter qu’il allait diriger la campagne de Philippe Couillard, après que le journal La Presse ait d’abord révélé la nouvelle. 

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L'EX-DRAGON AU PLQ... ET AU PQ

Alexandre Taillefer dirigera la campagne du Parti libéral du Québec (PLQ), tout en étant membre du Parti québécois (PQ), selon plusieurs sources. M. Taillefer aurait renouvelé son abonnement «il y a quelque temps», dit-on, et ce, jusqu’en 2020. 

Au Parti québécois, on ne peut confirmer cette information, soulignant que la liste des membres du PQ est confidentielle. S’il se dit ni souverainiste ou péquiste, Alexandre Taillefer a également fait un don de 250 $ à la campagne de Jean-François Lisée lors de la course à la direction du PQ, en 2016. 

Selon le registre du Directeur général des élections du Québec, M. Taillefer a également fait plusieurs dons à différents partis politiques au cours des dernières années.