Des jeunes de l’École Saint-Fidèle recevront leur diplôme de cycliste averti. L’instructeur Loïc Olivier explique à Marie-Maude Pastinelli le déroulement de l’évaluation.

Premiers «cyclistes avertis» à Québec [VIDÉO]

Marie-Maude Pastinelli, élève de cinquième année de l’École Saint-Fidèle dans Limoilou, enfile un dossard jaune néon. Ajustement du casque, vérification des lacets, rappel de la manœuvre du virage sécuritaire : elle est prête pour l’évaluation. Accompagnée de Loïc Olivier, instructeur, évaluateur et cycliste de compétition, elle s’éclipse une vingtaine de minutes dans les rues du quartier. À la fin de la randonnée, elle saura si elle est une cycliste avertie.

L’état du vélo au Québec, étude quinquennale de Vélo Québec sur la pratique de la bicyclette, démontrait une baisse de la pratique du vélo de 9 % chez les jeunes, entre 2005 et 2010. Et si le bilan routier s’améliore, les enfants et adolescents sont toujours plus susceptibles d’être victimes d’accidents de la route que les adultes, selon les statistiques de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). 

Cycliste averti est né de ces constats. Instigué par Vélo Québec, le programme d’éducation vise ainsi à qualifier les jeunes du troisième cycle du primaire à la pratique du vélo sécuritaire, autonome et dans leur propre environnement. L’objectif : donner de la confiance aux jeunes pour qu’ils choisissent le vélo comme mode de déplacement. 

«Plus il y a de vélos sur les routes, plus il y aura d’infrastructures. On ne peut pas mettre davantage d’autos dans les rues de Limoilou ou dans le stationnement de l’université», laisse tomber Nicolas Masbourian, coordonnateur régional de Cycliste averti et entraîneur chez MaKadence développement cycliste, organisme de la ville de Québec mandatée par Vélo Québec pour déployer le projet dans la ville. «Les jeunes font partie de la solution. Ils sont des agents de changement.»

Inspiré par les modèles danois, néerlandais, mais surtout par le Brevet du cycliste belge, le programme a été progressivement lancé en 2014, d’abord sous le nom de brevet cycliste. Au printemps 2015, quelque 150 élèves de quatre écoles montréalaises participaient à la première mouture de Cycliste averti. Depuis, le projet a fait des petits.

Après un pilote dans une autre école du centre-ville en 2018, l’École Saint-Fidèle est le premier établissement scolaire de la Capitale-Nationale à se doter du programme.

«Le programme existe depuis plusieurs années à Montréal et dans le reste de la province. Mais à Québec, il n’y avait pas de mandataire», marque Nicolas Masbourian, qui espère un déploiement dans plusieurs autres établissements de la Capitale-Nationale l’an prochain.

Le coût du programme? Environ 1100 $ par classe. Vélo Québec en finance 75 %, et le reste provient de subventions régionales. Les écoles n’ont rien à débourser. «Le financement régional est le plus gros défi pour l’an prochain, laisse tomber M. Masbourian. Plus on arrive à avoir du financement public, plus de classes vont embarquer.»

«Mini-permis de conduire»

Cycliste averti s’échelonne sur plusieurs semaines. Six heures de théorie en classe initient les élèves au Code de la route; six autres heures de pratique en milieu fermé revoient les bonnes techniques; une demi-journée de sortie en groupe de 12 avec le plus de rétroaction possible permet d’appliquer les apprentissages; puis, l’étape finale, le «permis de conduire». 

«On refait le même parcours que lors de la sortie de groupe pour représenter la réalité de leur quartier, indique Loïc Olivier. Après l’évaluation, on remet un bulletin avec les forces et les faiblesses de l’enfant.»

Aujourd’hui, c’est la classe de monsieur Sylvain qui est en évaluation. Qu’ils soient attestés cyclistes avertis, intermédiaires ou débutants, les élèves terminent le programme avec des acquis et des outils pour circuler en sécurité et partager la route avec les véhicules. Personne n’est recalé. «Le programme demeure positif et éducatif», précise M. Masbourian.

De retour devant l’École Saint-Fidèle, c’est mission accomplie pour Marie-Maude. Elle est maintenant une cycliste avertie, confirme son instructeur. «Je ne faisais pas beaucoup de vélo avant, dit-elle, mais je vais en faire plus maintenant parce que je suis plus à l’aise, j’ai moins peur.»

C’est peut-être la fin de Cycliste averti, mais ce n’est pas la fin du processus. «Le défi de n‘importe quel apprentissage est de le transposer d’un cadre contrôlé à la vie réelle», fait valoir le coordonnateur. Mais l’évolution est surprenante, selon lui. «En arrivant avec notre matériel ce matin, on a vu des élèves d’une autre classe effectuer leurs signaux.»