Pow Wow rassembleur à Wendake

Sur le coup de midi samedi, mère Nature a versé ses premières gouttelettes. Peut-être était-elle émue de voir autant d'Autochtones, beaux et fiers, converger vers Wendake pour célébrer ce qu'ils sont.
Dans les coulisses extérieures du Cercle de la danse, les participants au grand Pow Wow mettaient la touche finale à leurs plus beaux atours. Une subtile odeur de sauge, avec laquelle on purifie les lieux, embaumait l'espace. Au son des tambours, enfants et aînés, hommes et femmes, avançaient vers la place centrale pour faire leurs premiers pas.
«Le Pow Wow, c'est le cercle. On a tous droit à une place égale. C'est le respect de chacun des êtres, de la nature», résume le Grand Chef de la nation huronne-wendat, Konrad Sioui. «Ça montre aussi l'autre côté des Premières Nations, qui est souvent oublié. Le côté sombre des fois, on le voit trop.»
Nul doute que les couleurs avaient gagné leur place cette fois. Les danseurs arboraient leurs flamboyants habits traditionnels, appelés regalia. Ici, des plumes d'aigle ou d'outarde, là, des grelots ou des clochettes. Rien n'est laissé au hasard sur les vêtements que doivent eux-mêmes confectionner ceux qui les portent.
La tradition veut d'ailleurs que l'Autochtone qui le fabrique soit sobre pendant la création et les jours (ou les mois, c'est selon) avant de les enfiler. «En portant le regalia, il y a une sorte de transe qui prend le danseur et les mouvements arrivent», illustre Shushan Bacon, participante. «Quand on le porte, on veut juste danser. Ça prend le contrôle».
Et le regalia offre souvent un résultat majestueux. Celui de la danse traditionnelle, destinée souvent aux ainés, est imposant et ses longues franges servent à caresser la Terre. L'habit pour la danse des clochettes apporte la guérison alors que chaque petit bout métallique attire le mauvais pour le transformer en bien.  
Bâtir des ponts
La culture rapproche les hommes, c'est connu. Le Pow Wow de Wendake joue aussi un rôle rassembleur pour bâtir des ponts entre les peuples, estime le Chef Sioui. «De voir que c'est aussi important [pour les Autochtones] de maintenir leur langue, leurs valeurs, leur culture. Les gens quittent Wendake avec une image bien différente en tête», dit-il.
«On a tellement été bafoué, on était dans notre coin, on avait peur de s'exprimer. Le clergé avait décidé qu'on ne danserait plus.[...] Le processus gouvernemental, de vouloir nous victimiser, n'a pas marché. C'est important de ne pas se dépeindre en victime. On se tient sur nos pieds. C'est ça aussi le message, aujourd'hui», affirme le Grand Chef.
Quelque 182 danseurs se sont exécutés dans la compétition, divisée en trois grandes danses traditionnelles, chez les hommes et les femmes. Chacune a d'ailleurs sa signification spirituelle. Celle appelée fancy est l'une des plus spectaculaires, avec les couleurs, les franges et les imposantes houppes. Ses rythmes sont aussi plus rapides.
«On veut que nos filles se sentent belles, qu'elles aient une image qu'elles sont fabuleuses et qu'il n'y a personne qui va briser ça», assume Konrad Sioui. «Et que nos garçons, ils sont des guerriers, forts et courtois. C'est important de les valoriser dès qu'ils sont jeunes parce que, quand ils ont 20 ans, c'est plus difficile de leur redonner».
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Né pour danser
Le petit Suheres Mishta-Napeu Gros-Louis, entouré de sa soeur, Uashtushkueu, sa grand-mère, Danielle Gros-Louis, et sa mère, Shushan Bacon
Les premiers pas de Suheres Mishta-Napeu Gros-Louis ont été de danse. De petit spectateur, il est devenu grand danseur de pow-wow. Il a six ans.
«Nous étions venus au Pow Wow de Wendake. Je ne connaissais pas du tout l'univers des pow-wow. Le petit avait deux ans. Suheres est resté dans sa poussette à regarder les danseurs pendant toute la fin de semaine», raconte sa maman, Shushan Bacon, à l'abri de la pluie sous une tente où se costumait la petite famille.
«La semaine qui a suivi, il s'est mis à danser à la maison. Il prenait des linges à vaisselle et se mettait ça dans le dos, accrochés à sa couche», rigole-t-elle. «Je pensais qu'il arrêterait au bout de quelques jours, mais non. Ça ne lui passait pas». Le benjamin a été le premier à danser et à donner le goût à sa mère et sa soeur.
Un jour, Shushan Bacon a appris à confectionner un bustle, ce que portent les hommes au bas du dos. Elle passe trois jours à réunir les plumes d'outarde et autres matériels, comme le cuir. «Quand je lui ai donné, la fierté dans ses yeux, ça brillait. Il était encore aux couches. C'était inexplicable», lance la maman.
De fil en aiguille, et c'est le cas de le dire, la mère de famille confectionne le regalia de son garçon. Puis, celui de l'une de ses filles et ensuite le sien parce qu'elle danse aussi maintenant. Shushan Bacon perle d'ailleurs pour plusieurs femmes de la communauté. «On revient à l'artisanat», dit-elle. «On se reconnecte avec nos traditions».
Le petit Suheres s'anime dans quand il vibre au rythme du tambour, assure-t-elle. Quand Le Soleil a demandé ce qu'il aimait dans la danse, la gêne l'a pris. Sa soeur de 11 ans, Uashtushkueu Gros-Louis, met des mots sur le sentiment de son frère. «Quand on danse, on se sent bien, on dirait que personne nous dérange. On se sent ailleurs», résume-t-elle.
Maintenant, chaque début de saison, la famille de Wendake encercle les dates de pow-wow sur le calendrier. L'an dernier, ils ont en fait cinq. Et la piqure sera venue du bébé. «Il était sûrement danseur dans une autre vie, je ne peux pas croire le contraire».