Les poussières excessives dont se plaignent les résidents de Limoilou proviennent non pas des opérations de manutention de vrac du Port de Québec, mais bien plutôt du réseau routier, selon Arrimage Québec et l’Administration portuaire de Québec (APQ).

Poussières dans Limoilou: Arrimage Québec et le Port de Québec pointent le transport routier

Les poussières excessives dont se plaignent les résidents de Limoilou proviennent non pas des opérations de manutention de vrac du Port de Québec, mais bien plutôt du réseau routier, selon Arrimage Québec et l’Administration portuaire de Québec (APQ).

Le juge Jacques G. Bouchard, de la Cour supérieure, a commencé lundi à entendre le second procès en recours collectif intenté contre Arrimage Québec et l’APQ. Alors que le premier procès ne concernait que l’épisode de poussière rouge survenu le 25 octobre 2012, le deuxième réfère au problème récurrent de poussières que vivent 38 000 résidents de la basse-ville depuis 2010. 

Les demandeurs, Véronique Lalande et Louis Duchesne, réclament des dommages compensatoires pour troubles et inconvénients de même que des dommages punitifs pour atteinte à leur droit à un environnement sain garanti par la Charte des droits et libertés de la personne. Ils demandent 1000 $ par année par citoyen touché. 

Les requérants réclament aussi une injonction contre la Compagnie Arrimage Québec afin de la forcer à cesser d’émettre de la poussière et des contaminants qui dépassent les normes. Pour l’avocat d’Arrimage Québec, Me Sylvain Chouinard, «ce qu’on demande à Arrimage, c’est d’opérer sur des bases qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde».

Lundi, l’avocat des demandeurs, Me François Pinard-Thériault, a souligné que ces derniers «ne seraient pas là si le problème était anecdotique». «De 2010 à aujourd’hui, il y a eu à multiples reprises des épisodes où la poussière a envahi le quartier Limoilou», a plaidé Me Pinard-Thériault, qui attribue ces épisodes aux opérations de manutention de vrac du Port de Québec. Selon lui, les mesures d’atténuation mises en place par Arrimage Québec et le Port de Québec sont clairement insuffisantes. «Notre prétention, c’est qu’ils n’ont pas adopté les meilleures pratiques», a-t-il dit. 

Les procureurs d’Arrimage Québec et de l’APQ ont tous deux rappelé que la zone visée par le recours est située à environ 1,5 km des installations portuaires, dans un milieu urbain «très industrialisé» et «ceinturé par un réseau de transport lourd». 

L’avocat de l’APQ, Me Vincent Rochette, a indiqué à cet égard qu’entre le 3 août 2017 et le 6 août 2018, des échantillons de poussières avaient été recueillis dans 24 points de collecte situés à l’intérieur et à l’extérieur de la zone concernée par le recours. Les résultats auraient révélé que plus de 97 % de ces poussières ne provenaient pas des activités de manutention de vrac du Port de Québec, a-t-il précisé. 

Selon ces expertises, c’est le transport routier qui serait «le plus grand responsable» des poussières, plus particulièrement les abrasifs et les sels de déglaçage qui, au printemps, «sont libérés avec le vent et le passage des véhicules», a dit Me Rochette. «Il y a aussi l’architecture des quartiers qui expose de manière accrue les résidents aux poussières qui proviennent du transport», a-t-il ajouté.

«Collante» et «abrasive»

Les demandeurs ont fait entendre lundi six résidents importunés par le problème de poussière. La plupart ont décrit une poussière grise «collante» ou «abrasive», et difficile à nettoyer. Les balcons et les meubles de balcon sont «toujours sales», tout comme les fenêtres et les bords de fenêtres, ont-ils mentionné. 

Chloé Barabé, qui habite dans les Lofts du Couvent, sur la 8e Avenue, a dit avoir lavé ses fenêtres «trois ou quatre fois cet été». «Si on ne les lave pas, la lumière n’entre plus dans notre unité», a-t-elle précisé.

Pauline Beaudet, qui demeure sur la 2e Avenue, a raconté ne plus pouvoir utiliser sa corde à linge «parce que le linge devient sale à cause de la poussière», a-t-elle expliqué. Mme Beaudet s’est également dite inquiète pour sa santé. «C’est de la poussière de quoi, on le sait pas. On en mange, on en respire... Est-ce que ça peut être nocif? On le sait pas.»

Une autre résidente, cette fois de la rue d’Hedleyville, a elle aussi fait part de ses craintes pour la santé de sa famille. Carole Desmarais, son conjoint et leur fils souffrent de «bronchites à répétition», a témoigné Mme Desmarais, qui n’a toutefois jamais eu d’avis médical quant à la cause de ces bronchites. «On a été sans médecin de famille pendant sept ou huit ans», a-t-elle justifié. 

Selon elle, les poussières, qui seraient de différentes textures et couleurs (beige, grise et noire), s’accumuleraient rapidement, notamment sur sa table de patio. «Je la nettoie, et la poussière revient après 20 minutes», a illustré celle qui doit aussi nettoyer régulièrement le revêtement extérieur (blanc) de sa maison et qui ne peut laisser ses deux portes-patio ouvertes sans devoir faire ensuite «un grand ménage» à l’intérieur. 

Tous les témoins entendus lundi ont convenu ne pas avoir fait analyser l’origine des poussières.

Les demandeurs ont prévu de faire témoigner une soixantaine de citoyens de la basse-ville au total pendant le procès, qui se déroulera jusqu’en décembre. Les témoins du Port de Québec, notamment l’ancien pdg Ross Gaudreault et l’actuel pdg Mario Girard, se feront ensuite entendre.