Selon Mia Homsy, directrice de l’Institut du Québec, le gouvernement ne peut pas être dogmatique, «si l’intégration va bien, mais qu’on n’augmente pas leur nombre, ça n’aurait pas de sens.»

Pour des seuils d’immigration flexibles

Faute d’avoir trouvé une «formule magique» permettant de fixer le nombre idéal d’immigrants que devrait accueillir le Québec, l’Institut du Québec (IDQ) recommande que les seuils d’immigration soient flexibles au Québec et révisés chaque année, afin de réagir plus rapidement au marché du travail changeant. Plus le Québec réussira à intégrer et à faire travailler ses immigrants, plus il devrait leur ouvrir la porte.

«C’est pas un drame d’avoir baissé à 40 000 le nombre d’immigrants cette année. L’important, c’est que le gouvernement ait l’ouverture d’augmenter ce seuil-là dans le futur», commente Mia Homsy, directrice générale de l’IDQ, en entrevue au Soleil.

Dans un rapport dévoilé jeudi et intitulé Seuils d’immigration au Québec : analyse des incidences démographiques et économiques, l’IDQ conclut que l’immigration à elle seule ne réussira pas à freiner le vieillissement de la population au Québec. Même si le Québec accueillait 103 000 immigrants en 2040, une proportion équivalente à son poids démographique au Canada, ce ne serait pas suffisant pour inverser la tendance. Les immigrants peuvent toutefois contribuer à rajeunir le Québec et à empêcher que sa population ne décroisse, ce qui arriverait en 2028 si le Québec n’accueillait plus du tout d’immigrants. 

L’IDQ a étudié quatre scénarios. Le premier est une fermeture complète de l’immigration, «pour se donner un ordre de grandeur», indique Mme Homsy. Arrivent ensuite trois scénarios plus plausibles : que le Québec accueille 12 % de l’immigration canadienne, ce qui correspond au seuil actuel de 40 000 immigrants fixé par la Coalition avenir Québec; que le Québec accueille 16 % de l’immigration canadienne, soit la moyenne reçue au cours des dernières années, et que le Québec accueille 23 % de l’immigration canadienne, afin de conserver son poids démographique au sein du pays. 

«On espérait trouver un seuil optimal, mais ce n’est pas possible. Les données démographiques sont unanimes : plus il y a d’immigrants, mieux c’est. Mais quand on ajoute l’effet de l’immigration sur les dépenses en santé et sur le PIB (produit intérieur brut) par habitant, c’est moins clair, il faut mettre un bémol», explique Mme Homsy. 

Bons salaires

La clé, selon elle, est de choisir des immigrants qui vont réellement contribuer à l’économie, en gagnant de bons salaires. «Si on veut juste qu’ils fassent des jobs pas payantes, ça ne nous aidera pas collectivement», commente-t-elle. Les entreprises québécoises devraient aller vers l’automatisation et l’informatisation des tâches répétitives, tout en accueillant des immigrants pour leurs postes à valeur ajoutée. «Plus les nouveaux arrivants font des bons salaires, plus ils contribuent à payer des impôts et des taxes», indique Mme Homsy. 

Le rapport propose que les seuils annuels d’immigration soient «fortement liés à la capacité d’intégration des nouveaux arrivants au marché du travail québécois et être plus fréquemment ajustés.»

À la fin de l’été, le gouvernement entamera une consultation sur les seuils d’immigration que le Québec devrait se fixer pour les trois prochaines années. «Prendre un chiffre et le couler dans le béton, c’est pas adapté à la réalité», croit Mme Homsy, qui propose que le Québec s’ajuste à chaque année, tout dépendant de la vigueur du marché de l’emploi, tout comme le fait le gouvernement fédéral à l’heure actuelle. 

Et comme la situation des immigrants au Québec s’améliore, Mme Homsy s’attend à ce que le seuil québécois augmente au-dessus de 40 000 en 2020. «Il ne faut pas que le gouvernement soit dogmatique. Si l’intégration va bien, mais qu’on n’augmente pas leur nombre, ça n’aurait pas de sens.»

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POPULATION DU QUÉBEC EN 2040

  • Zéro immigration: 7,9 millions 
  • Accueil de 12 % de l’immigration canadienne: 9 millions
  • Accueil de 16 % de l’immigration canadienne: 9,5 millions
  • Accueil de 23 % de l’immigration canadienne: 10,1 millions 
  • Population actuelle: 8,4 millions

Source: Seuils d’immigration au Québec : analyse des incidences démographiques et économiques, de l’Institut du Québec