Le potager de Josée Landry et Michel Beauchamp à Drummondville, en 2012. Leur bras de fer avec la ville a cependant eu une fin heureuse puisque Drummondville a depuis changé sa réglementation concernant l’agriculture urbaine résidentielle en façade.

Potagers en façade à Québec: un air de déjà-vu pour Drummondville

Alors que la Ville de Québec songe à modifier sa réglementation pour autoriser les potagers en façade sur son territoire, la situation a un air de déjà-vu pour Drummondville.

Vendredi dernier, Le Soleil révélait l’histoire d’un cultivateur urbain du secteur Sillery mis à l’amende pour avoir aménagé un potager devant sa maison et sur son toit. Il contrevenait ainsi à la réglementation municipale en vigueur.

Le lendemain, la Ville de Québec indiquait songer à autoriser les potagers en façade des résidences, ce qui pourrait être effectif dès l’an prochain si elle décide effectivement d’aller de l’avant.

À Drummondville, avant 2013, la réglementation municipale empêchait aussi l’agriculture urbaine résidentielle en façade. Mais les choses ont changé après la médiatisation retentissante du bras de fer qu’un couple de cultivateurs a eu avec la Ville en 2012.

Josée Landry et Michel Beauchamp avaient aménagé un luxuriant potager devant leur résidence, ce qui n’avait pas plu au voisinage à l’époque. La réglementation alors en vigueur permettait de faire pousser fruits et légumes à l’arrière ou sur le côté d’une résidence, mais pas à l’avant, explique au Soleil le directeur au Service de l’urbanisme de Drummondville, Denis Jauron.

L’histoire du couple de jardiniers a fait couler beaucoup d’encre au Québec et même ailleurs dans le monde, si bien qu’à la mi-août 2012, il avait reçu l’appui de quelque 35 000 personnes qui avaient signé une pétition électronique en faveur de leurs plantations.

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Potagers en façade: Lévis plus permissive que Québec

La Ville de Drummondville a pris acte de cet engouement et les gens qui militaient pour les potagers en façade ont été rencontrés afin de bâtir une réglementation qui encadre cette pratique, mentionne M. Jauron. Depuis juin 2013, les citoyens de Drummondville peuvent donc cultiver ce qu’ils souhaitent devant leur maison.

«Tout peut être cultivé en façade. Il ne faut pas de permis pour cela. Si quelqu’un veut faire pousser du maïs, il peut, mais il faut qu’il y ait un dégagement minimal», indique l’urbaniste, précisant qu’à une distance d’un mètre du trottoir, les plants ne doivent pas excéder deux mètres de hauteur afin d’assurer une bonne visibilité aux automobilistes, particulièrement aux intersections. Les cultures sont permises à partir de 0,5 mètre du trottoir, et les bacs disposés au sol ne doivent pas excéder 30 centimètres de hauteur, ajoute M. Jauron. Les jardins sur les toits des résidences et des commerces sont aussi acceptés.

Depuis l’application de la nouvelle réglementation, l’urbaniste signale que les aménagements en façade sont «très corrects» et qu’il y a une bonne acceptabilité sociale de la part des citoyens.

Pas d’interdiction

D’autres municipalités au Québec permettent depuis des années l’aménagement de potagers en façade. C’est le cas de Victoriaville, dont l’actuel plan d’urbanisme adopté en 2005 ne prévoit pas d’interdiction pour ce genre de jardin devant chez soi, ni sur son toit d’ailleurs. 

«Les seules restrictions se résument à ne pas aménager de potager dans une distance de 1 m des limites de propriété ou de la rue», indique Charles Verville, coordonnateur aux communications à la Ville de Victoriaville, dans un échange de courriels avec Le Soleil. 

Du côté de Sherbrooke, faire pousser ses légumes devant sa maison est permis «dans la mesure où ça ne constitue pas une nuisance», indique une responsable des communications à la Ville. Aucune règle stricte n’est écrite «noir sur blanc», donc on comprend que c’est le bon sens qui prime. Par exemple, faire pousser un champ de maïs devant chez soi entraverait la visibilité, particulièrement au coin d’une rue, ce qui serait problématique. Les Sherbrookois peuvent jardiner sur leur toit s’ils le souhaitent, à condition d’y installer un garde-corps pour que le tout soit sécuritaire.

Plus près de la capitale, Lévis autorise également la culture de potagers en façade depuis plusieurs années — tel que l’indiquait Le Soleil dans un article paru en 2012. Il faut cependant exclure une bande d’un mètre qui borde la voie publique.

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PLUS DE 13 000 SIGNATURES EN SOUTIEN

François St-Pierre, ce citoyen de Québec condamné à payer une amende de 1379 $ pour avoir fait pousser des légumes devant sa résidence et sur son toit à Sillery, a lancé une pétition il y a cinq jours qui a recueilli jusqu’ici plus de 13 000 signatures. Avec cette pétition sur le site change.org, intitulée «Oui aux potagers en façade à Québec», M. St-Pierre souhaite faire «modifier le règlement municipal qui interdit les potagers en cour avant et sur le toit des immeubles. Pas seulement pour [son] potager, mais aussi pour tous ceux qui sont freinés dans leurs initiatives par peur de réprimande de la part de la ville», est-il inscrit.