Se disant ni souverainiste ni fédéraliste, François Legault propose le rapatriement au Québec de plusieurs pouvoirs et l'occupation de tous les champs de compétence québécois.

Portrait de Legault: la troisième fois la bonne?

Deux fois boudé par les Québécois aux élections de 2012 et de 2014, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, mène la campagne électorale de sa vie.

Car l'homme de 61 ans au parcours tortueux pourrait quitter la politique en cas de défaite le 1er octobre. Il s'était donné 10 ans pour réaliser son rêve de devenir premier ministre du Québec.

Aujourd'hui, à quatre ans de cette échéance, tous les espoirs sont permis: la CAQ maintient sa position de tête devant le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS), selon les sondages.

Comptable dans l'âme

Issu d'un milieu modeste, diplômé de HEC de Montréal, François Legault aura passé la majeure partie de sa vie dans les lieux de pouvoir, sans jamais arriver au sommet.

Comptable de formation et jusqu'au bout des doigts, cofondateur de la compagnie aérienne Air Transat devenue multimillionnaire, il a été catapulté ministre de l'Industrie par le premier ministre péquiste Lucien Bouchard en 1998, avant même d'être élu.

Il a ensuite occupé les postes névralgiques de ministre de l'Éducation puis de ministre de la Santé dans les gouvernements de M. Bouchard et de Bernard Landry, où il a vite fait d'instaurer des plans de performance dans les établissements.

Pressé de faire la souveraineté, il dépose, alors qu'il est dans l'opposition, un Budget du Québec souverain, qui tente de prouver que l'indépendance du Québec est économiquement rentable.

Pressenti comme favori pour succéder à M. Landry, il renoncera finalement à se présenter à la course au leadership du PQ en 2005, pour consacrer plus de temps à sa famille.

En 2009, il quitte le navire péquiste après avoir émis publiquement l'hypothèse selon laquelle les Québécois n'ont plus d'appétit pour les projets collectifs tels que la souveraineté. Selon lui, il est préférable de mettre l'indépendance de côté pour parler plutôt de santé et d'économie.

La pause politique aura été de courte durée. François Legault fait un retour en force en 2011 lorsqu'il publie, avec une dizaine
d'autres personnalités québécoises, le manifeste de la Coalition pour l'avenir du Québec afin «d'amorcer la relance du Québec» et pour que la population regagne confiance en «ses institutions publiques».

La CAQ devient officiellement un parti politique le 14 novembre 2011. Elle avale l'Action démocratique du Québec (ADQ) dirigée par Gérard Deltell.

Le parti, qui se situe à droite sur l'échiquier politique, propose essentiellement de réduire la taille de l'État et d'axer les politiques publiques sur une plus grande liberté de choix pour les citoyens.

Le 4 septembre 2012, M. Legault remporte la circonscription de L'Assomption dans Lanaudière, région qu'il représente encore aujourd'hui, et fait élire au total 19 députés.

Il publie un livre en 2013, «Cap sur un Québec gagnant - Le Projet Saint-Laurent», dans lequel il invite les Québécois à faire de la vallée du Saint-Laurent un lieu d'innovation, d'éducation de haut niveau et d'entrepreneuriat.

La CAQ progresse aux élections de 2014 et obtient 22 sièges à l'Assemblée nationale.

Des positions qui dérangent

Se disant ni souverainiste ni fédéraliste, François Legault propose le rapatriement au Québec de plusieurs pouvoirs et l'occupation de tous les champs de compétence québécois.

Au PLQ et au PQ, on se questionne sur la profondeur de son engagement en l'accusant d'être «sur la clôture» au sujet de la place du Québec au sein du Canada. On dénonce son discours changeant selon qu'il soit devant un public anglophone ou francophone.

C'est que la CAQ est un regroupement hétéroclite nationaliste, qui vise à réunir souverainistes, fédéralistes et ex-membres de différentes familles politiques autour d'objectifs communs pour «être capables d'être maîtres de notre destin».

Cette coalition, du fait qu'elle est composée de candidats aux horizons idéologiques disparates, qui ont des opinions parfois très différentes, est vouée à l'échec, prédisent ses adversaires.

En outre, elle propose de «bien définir le carré de sable» pour rassurer les Québécois inquiets par l'arrivée et l'intégration des immigrants.

Pour le chef caquiste, cela veut dire imposer un test de français et de valeurs aux nouveaux arrivants, et d'interdire le port des signes religieux dans la fonction publique pour les personnes en position d'autorité incluant les enseignants.

Ces positions lui valent une comparaison peu flatteuse avec «l'extrême droite» européenne. Le premier ministre Philippe Couillard a suggéré à quelques reprises que le chef caquiste faisait preuve d'intolérance face aux immigrants.

François Legault martèle aussi depuis longtemps son désir de créer des emplois mieux rémunérés, de réduire le fardeau fiscal des Québécois, tout en augmentant la performance des services publics.

Il se voit comme un premier ministre «économique», qui modifiera en profondeur le mandat d'Investissement Québec, le bras financier de l'État, et reverra le rôle joué par le réseau des délégations du Québec à travers le monde, pour qu'il serve de lien entre les entrepreneurs québécois et ceux de l'étranger.

Il juge le temps venu d'adopter une approche «business» dans la gestion de certains dossiers de l'État.

En santé, l'ex-homme d'affaires s'engage à renégocier les ententes liant le gouvernement aux fédérations médicales.

Il promet de réduire le temps d'attente dans les urgences, d'améliorer l'accès aux médecins de famille, d'augmenter l'utilisation des blocs opératoires et les services à domicile, en plus d'offrir deux heures de stationnement gratuites dans les centres de santé pour les visiteurs et les malades.

D'autres volets du projet de la CAQ restent encore largement à définir.

En jouant le tout pour le tout, François Legault réussira-t-il enfin à réaliser son rêve de devenir premier ministre? Réponse le 1er octobre.