Le syndicat de Calèches Québec refuse de retourner la table des négociations tant que leur porte-parole Stéphanie Pagé n’aura pas été réintégrée.

Porte-parole de Calèches Québec congédiée: «une tactique d’intimidation»

La porte-parole du syndicat des cochers de Calèches Québec actuellement en grève, Stéphanie Pagé, a été renvoyée mercredi par son employeur, qui a mis fin à sa période de probation, après quatre ans à son service. Le syndicat refuse de retourner à la table des négociations tant que Mme Pagé n’aura pas été réintégrée.

La lettre datée du 24 juillet a été remise en main propre par un représentant des ressources humaines mercredi vers 14h, alors que madame Pagé se trouvait sur la ligne de piquetage, devant l’écurie de Calèches Québec.

«Il [le représentant des ressources humaines] m’a dit : "J’ai envoyé la lettre par courrier recommandé à ton ancienne adresse, elle est revenue, donc voilà je te la remets aujourd’hui"», relate en entrevue téléphonique Stéphanie Pagé, encore sous le choc d’une telle façon de faire par son employeur et qui assure avoir donné sa nouvelle adresse.

À l’emploi de Calèches Québec depuis le 6 juin 2014, Mme Pagé était toujours en probation. Très active avec son syndicat, Mme Pagé estime qu’il s’agit d’«une tentative d’intimidation». 

«Je trouve ça arrogant. Ça met de l’huile sur le feu. Ça n’envoie pas le message : on veut régler le conflit. Ça envoie le message : on va faire tomber les têtes qui nous dérangent», affirme Mme Pagé, qui déposera un grief contre Calèches Québec, jeudi matin.

Témoin de la scène, le délégué syndical Vincent Boissonneault n’en revient pas d’une telle attitude. «C’est assez enfantin comme tactique d’intimidation. On ne peut pas présumer des motivations de l’employeur par rapport à ce renvoi, mais ça ressemble beaucoup à une répression syndicale directe. Mme Pagé était déjà très active au niveau syndical avant le déclenchement de la grève», souligne-t-il. 

«On va prendre tous les moyens nécessaires pour qu’elle soit réembauchée et sans aucune perte de privilège, promet le représentant syndical. Nous ne signerons aucun accord tant qu’il y aura des renvois injustifiés de la sorte.» 

Probation éternelle

Pour M. Boissonneault, ce n’est pas normal que des employeurs puissent laisser en probation pendant plusieurs années des salariés. Il a lui-même été en probation pendant 10 ans avant de devenir permanent en novembre. 

«Notre dernière convention collective a été arbitrée par un juge qui n’avait pas nécessairement conscience de nos réalités de travail, mais ça a été instrumentalisé. C’est une règle dont le langage spécifique porte à confusion et l’employeur l’a toujours utilisé de manière à l’avantager», soutient-il. 

Selon Mme Pagé, un autre de ses collègues a subi le même sort qu’elle cet hiver. «On est gardé pendant des années avec ce qu’on appelle une probation éternelle, c’est-à-dire que l’employeur refuse de nous donner accès aux privilèges qui viennent avec la permanence, pour nous garder avec un salaire plus bas. Il trouve toutes sortes de magouilles pour nous garder en probation et pouvoir nous renvoyer comme bon leur semble», peste-t-elle. 

Joint par Le Soleil, Calèches Québec n’a pas souhaité émettre de commentaire sur la situation.