Un nouveau rapport d'inspection commandé par le ministère des Transports du Québec montrait de nombreux bris dans le pont de Québec, tels que des trous dans la dalle de béton et de la corrosion sur les pièces d'acier, en plus de la peinture à rafraîchir.

Pont de Québec: finies les mauvaises surprises, promet le MTQ

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) veut calmer le jeu : le pont de Québec ne réserverait pas de nouvelles surprises aux contribuables. Il faudra certes décaisser des «sommes considérables» pour réparer, voire remplacer les voies de circulation automobile. Mais tout autre bris devrait être pris en charge par le propriétaire, le Canadien National (CN), promet-on. L'opposition n'est pas rassurée.
Lundi, Le Soleil révélait qu'un nouveau rapport d'inspection commandé par le MTQ préconise des travaux urgents sur le tablier du pont. Des photos témoignent de trous dans la dalle de béton. Des pièces d'acier sont attaquées par la corrosion, sont perforées. La peinture est à rafraîchir.
Voilà donc la promesse de dépenses d'envergure pour le Trésor public. «Il y a des éléments effectivement qui ont été ciblés par les inspecteurs qui doivent être faits d'ici deux ans. Ceux-là, on va les faire, on va intervenir pour corriger différents éléments d'acier sous la structure qui ont des défauts plus grands. Les travaux sont prévus», expose le porte-parole du MTQ, Guillaume Paradis.
Ce ne sera toutefois que la première phase, la petite rénovation avant le grand chantier. «On sait également qu'il faudra, plus tôt que tard, remplacer la dalle, la voie carrossable, parce qu'elle a atteint la fin de sa vie utile. [...] Alors, c'est les trois voies de circulation, le trottoir et ce qui soutient tout ça par en dessous.» La grande inconnue, c'est le prix. L'addition sera plus claire quand les gouvernements auront décidé si oui ou non un tramway passera par le pont de Québec. Dans l'affirmative, le projet prendra de l'ampleur, tout comme la facture.
«C'est quand même des coûts considérables», convient Guillaume Paradis. Il est question de plusieurs dizaines de millions de dollars. Une somme qui s'ajoute aux 60 millions $ que versera le MTQ au CN pour permettre aux voitures de circuler sur le pont au cours des 10 prochaines années. En échange, le propriétaire s'est engagé à investir dans la structure... à l'exception de la route, qui reste sous la responsabilité de Québec.
«On a une idée assez précise des travaux qu'on devra effectuer sur la partie sous notre juridiction», assure Guillaume Paradis. «Alors, ça fait le tour. Il ne devrait pas y avoir de mauvaise surprise.»
Hamad inquiet
«J'espère, quand ils ont signé l'entente avec le CN, qu'ils se sont assurés qu'il n'y aura pas de surprise après, que ça ne coûtera pas plus cher que les 60 millions $ pour le gouvernement du Québec», s'inquiète néanmoins le porte-parole de l'opposition officielle pour la capitale nationale, Sam Hamad.
«J'espère que le ministre [des Transports, Sylvain] Gaudreault s'est assuré qu'il n'y ait pas de surprise. Mais quand je vois qu'il y a des millions à venir et qu'on va voir selon le tramway qu'est-ce qu'on fait... Si le tramway demande le changement complet [du tablier du pont], ça va coûter peut-être 20 millions $ de plus. Est-ce qu'on l'avait prévu ou on crée des surprises à tous les jours?»
La Coalition avenir Québec réclame, quant à elle, une mise en chantier immédiate. «Au lieu d'attendre le rapport sur un tramway hypothétique ou de rêver à des voies réservées inutiles, le ministre devrait mettre à niveau l'état de nos infrastructures trop longtemps laissées à l'abandon par les libéraux et les péquistes», commente le porte-parole en matière de transports Éric Caire dans un communiqué de presse.
Ce nouvel épisode a également fait des échos à Ottawa lundi Denis Blanchette, député néo-démocrate de Louis-Hébert, a demandé au gouvernement Harper de payer pour les travaux de peinture de la structure laissés inachevés par le CN.
Le secrétaire parlementaire de la ministre des Transports, Jeff Watson, rétorque que le fédéral est actuellement devant les tribunaux pour obliger le CN à respecter ses engagements, et que de terminer les travaux ferait en sorte de soustraire l'entreprise ferroviaire à ses responsabilités.
M. Blanchette soutient que les travaux sont d'une urgence telle qu'il est préférable de ne pas attendre la fin des procédures judiciaires.
Triste sort
Hors de la joute politique, l'auteur du livre Le pont de Québec (Septentrion), Michel L'Hébreux, s'attriste du sort du joyau... et craint bien d'autres bris. «Il n'y a tellement pas d'entretien qui se fait sur le pont qu'on n'a pas fini d'avoir des surprises. Le pont continue à se dégrader. Je ne veux pas être prophète de malheur, mais on voit qu'il se dégrade rapidement et il faut y voir.»
Le ministre des Transports, Sylvain Gaudreault, n'a pas accepté notre demande d'entrevue.  Avec la collaboration de Jean-François Néron