Le gouvernement fédéral juge que le CN, propriétaire du pont de Québec, a manqué à ses obligations contractuelles, dont celle de restaurer la structure métallique. Le premier de deux procès s'amorcera entre les parties en mai.

Pont de Québec : 95 millions $ de travaux sur 10 ans

Le gouvernement du Québec versera 60 millions $ sur 10 ans au CN pour permettre la circulation automobile sur le pont de Québec. Une entente qui prévoit un investissement total de 95 millions $ sur une décennie pour sécuriser la structure, mais rien en ce qui concerne la peinture.
Après deux ans de négociations avec le transporteur ferroviaire, une entente est intervenue à la mi-décembre pour renouveler le contrat qui permet à 35 000 véhicules de franchir la structure tous les jours.
Sans surprise, le gouvernement du Québec voit sa contribution augmenter en flèche par rapport au précédent bail, négocié en 1949 par Maurice Duplessis, qui ne coûtait que 25 000 $ par année.
«On n'est plus du tout dans la dynamique de 1949», note au Soleil le ministre des Transports, Sylvain Gaudreault, satisfait de l'entente. «C'était un pont principalement ferroviaire, c'est devenu un pont principalement routier. Ça a tellement changé. C'est comme comparer une pomme et une banane.»
La nouvelle entente prévoit un versement annuel moyen de 6 millions $ par Québec. Le contrat est renouvelable trois fois, précise le ministre, donc d'une durée potentielle de 40 ans. Elle est rétroactive d'un an, moment où le contrat précédent est arrivé à échéance.
Une liste «très précise» de travaux à effectuer a été dressée pour s'assurer du caractère sécuritaire du pont, propriété du CN. La part du gouvernement du Québec doit se limiter aux 60 millions $ convenus en 10 ans. De son côté, le CN prévoit investir 35 millions $ sur la même période de temps. Ainsi, ce sont 95 millions $ sur 10 ans qui seront investis en travaux de toutes sortes et en inspections annuelles.
Une somme qui s'ajoute aux 10 millions $ investis depuis deux ans par le transporteur ferroviaire dans la réfection du pont cantilever le plus long au monde.
En outre, certaines pièces d'acier - toujours sécuritaires - devront être remplacées. Le MTQ devra changer l'abrasif épandu sur le tablier qui abîme la structure, et des modifications au système de drainage du pont devront être effectuées.
L'entente intervenue entre les deux parties fait en sorte que le Québec se retire de la judiciarisation du dossier. Le gouvernement du Québec était mis en cause dans la poursuite d'Ottawa contre le CN à propos des travaux de peinture de l'infrastructure. Au terme d'une entente de 60 millions $, à peine 40 % des travaux de peinture ont été effectués. «Nous allons sans doute avoir des discussions avec le gouvernement fédéral sur cet enjeu», indique Sean Finn, vice-président directeur aux Services commerciaux du CN. «Pour le moment, le dossier est devant les tribunaux.»
Un comité de suivi où siégeront des représentants du gouvernement du Québec et du CN veillera à s'assurer que les travaux prévus à l'entente se réalisent à l'intérieur des échéanciers. Le comité sera «transparent», assure le ministre Gaudreault.
«Comme il s'agit d'un pont qui ne nous appartient pas, le ministère voulait mieux le connaître», poursuit le ministre.
Les négociations étaient donc terminées au moment où un couple de Québec s'est payé une pleine page de publicité dans Le Soleil pour déplorer l'état du pont. «La sécurité ne sera jamais compromise, commente le ministre Gaudreault. La publicité a été une initiative citoyenne que je salue. Mais je travaille en fonction de la sécurité et les gens peuvent être rassurés.»
Un passionné à demi satisfait
L'historien Michel L'Hébreux, passionné et spécialiste du pont de Québec, garde la tête froide devant l'annonce d'un règlement par Québec et le CN. «Je suis content que ça bouge, qu'on sécurise la structure. C'est très bien parce qu'il ne fallait pas le perdre, le pont. Par contre, il y a l'aspect esthétique qu'il ne faut pas négliger non plus», a-t-il réagi lundi, se disant «à 50 %» satisfait.
M. L'Hébreux est soucieux que ce joyau de l'architecture mondiale n'ait pas «l'air d'un tas de ferraille», car il croit que la région de Québec pourrait en tirer parti sur le plan touristique. Il appelle d'ailleurs Ottawa à mettre la main dans sa poche pour remettre le vieux pont en état. «C'est normal que le principal utilisateur paie plus, le propriétaire aussi. Mais c'est sous le règne du gouvernement fédéral que le pont a commencé à rouiller», rappelle-t-il.
Avec Annie Morin