Le député d'Argenteuil, David Whissell, reconnaît aujourd'hui que si c'était à refaire, il agirait autrement.

Whissell et Boulet: des gens d'affaires dans une maison de verre

David Whissell et Julie Boulet n'ont pas suivi les conseils qu'on leur donnait lorsqu'ils sont entrés en politique, soit de vendre leurs entreprises. Les deux en ont payé le prix :  ils ont dû quitter le cabinet de Jean Charest. Y a-t-il une place pour les gens d'affaires dans cette maison de verre qu'est la vie politique? Ce n'est pas évident.
Julie Boulet a conservé sa pharmacie, ce qui lui a coûté son poste de ministre déléguée à la Santé, en 2003, lorsqu'on a découvert que son commerce avait reçu des distributeurs de pilules de la part d'un fabricant de médicaments génériques. Mme Boulet est revenue au Conseil des ministres en septembre de la même année, après avoir vendu sa pharmacie.
L'ancien chef de cabinet de Jean Charest, Ronald Poupart, avait pourtant recommandé à Mme Boulet et à M. Whissell de se départir de leurs entreprises lors­qu'ils ont été élus députés. «À partir de mon expérience des années 70, j'avais conseillé fortement aux députés de ne pas se mettre dans des situations d'apparence de conflit d'intérêts, donc de vendre leurs entreprises», a reconnu M. Poupart dans une entrevue au Soleil. Selon lui, la vie politique commande ce genre de sacrifice.
Julie Boulet a conservé sa pharmacie, ce qui lui a coûté son poste de ministre déléguée à la Santé, en 2003, lorsqu'on a découvert que son commerce avait reçu des distributeurs de pilules de la part d'un fabricant de médicaments génériques. Mme Boulet est revenue au Conseil des ministres en septembre de la même année, après avoir vendu sa pharmacie.
David Whissell n'a pas vendu son entreprise ABC Rive-Nord, et s'est tourné vers le jurisconsulte pour valider sa décision. En 2004, le jurisconsulte l'a accompagné dans la mise sur pied d'une fiducie sans droit de regard. Assermenté devant notaire, le fiduciaire s'est engagé à ne jamais discuter de la fiducie avec Whissell.
Cet acte de fiducie ne l'a pas protégé lorsque les médias ont révélé qu'ABC Rive-Nord, avait obtenu des contrats de gré à gré pour une valeur de 800 000 $ du ministère des Transports. Il y avait apparence de situation conflictuelle. Pressé de toutes parts, Jean Charest lui a demandé de choisir entre son poste de ministre et son entreprise familiale. Il a choisi de quitter le cabinet.
Si c'était à refaire...
Whissell reconnaît aujourd'hui que si c'était à refaire, il agirait autrement. Mais il déplore que son gouvernement n'ait pas tenu sa promesse de nommer un commissaire à l'éthique qui aurait pu enquêter et statuer sur son cas. Il admet que l'idée de confier ses actions dans ABC Rive-Nord à une société en fiducie sans droit de regard gérée par un ami n'était pas la meilleure solution. Aujourd'hui, il ferait affaire avec un fiduciaire avec lequel il n'a aucun lien personnel. Troisièmement, s'il avait su, il aurait demandé dès le départ à ses anciens associés de décliner tout contrat gouvernemental sans appel d'offres, même si le ministère des Transports négocie de tels contrats avec plusieurs compagnies cha­que année.
Là où Whissel n'a pas de regret, c'est d'avoir conservé ses parts dans ABC Rive-Nord. Il plaide le droit des gens d'affaires de se lancer en politique. Il donne en exemple le cas de l'ancien ministre péquiste Maurice Martel, qui a conservé sa pharmacie à Sorel pendant toutes ses années en politique, et qui est retourné à sa profession après sa défaite en 1985. «La seule différence, c'est qu'une pharmacie, c'est une entreprise plus sympathique qu'une compagnie d'asphalte», fait-il valoir.