Une barricade érigée par les Mohawks à Tyendinaga, près de Belleville, en Ontario, photographiée dimanche.  
Une barricade érigée par les Mohawks à Tyendinaga, près de Belleville, en Ontario, photographiée dimanche.  

Voies ferrées bloquées: la SQ n’est pas la solution, estime Ottawa

Pendant que François Legault évoque la possibilité d’une intervention de la Sûreté du Québec (SQ) pour mettre fin aux manifestations qui bloquent des voies ferrées, à Ottawa, pareille perspective est dénoncée par plusieurs.

Justin Trudeau et ses ministres y voient un danger d’escalade. Les chefs du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique (NPD) aussi. Restent les conservateurs qui, depuis le début de cette affaire, réclament à hauts cris une intervention policière.

C’est d’ailleurs en répondant aux questions des conservateurs aux Communes, mercredi après-midi, que le premier ministre Trudeau a commenté, par ricochet, la sortie matinale de M. Legault.

«C’est pour empêcher (que s’installe une) instabilité qui durerait des mois et même des années, qu’on veut résoudre cette situation de façon paisible. L’approche que préconisent les conservateurs d’augmenter la température, d’y aller (avec de la) force, ce n’est pas une solution du tout. Nous allons travailler avec les premiers ministres, dont le premier ministre Legault, pour résoudre cette situation de façon paisible», a répliqué M. Trudeau au député Luc Berthold qui venait de citer le premier ministre du Québec.

M. Legault a réclamé au gouvernement fédéral un échéancier précis et, si la situation perdure, il veut une intervention policière coordonnée, à travers le pays, pour démanteler les barricades.

Il espère que ses homologues provinciaux l’appuieront. Ceux-ci planifiaient une conférence téléphonique en fin de journée mercredi pour discuter de la situation.

«J’étais heureux de parler au premier ministre (de la Saskatchewan Scott) Moe, il y a quelques minutes à peine, pour discuter du travail que nous faisons tous ensemble, dans les provinces et au fédéral», a rapporté M. Trudeau aux Communes. «Chaque premier ministre de province comprend que nous devons résoudre ceci rapidement, mais de manière pacifique», a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée, les ministres fédéraux faisaient la même mise en garde contre une intervention policière.

«Pour moi, c’est en dernier, dernier des derniers recours», a dit la ministre Diane Lebouthillier qui, le matin, avait noté que son gouvernement ne veut pas «reproduire» la crise d’Oka.

«Quand on parle de forces policières, ça (rappelle) toute la panoplie historique (...) en ce qui a trait aux relations houleuses (que les communautés des Premières Nations) ont eues avec les forces de la police», a souligné Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones.

Les ministres ne voient pas non plus d’un bon œil la demande d’un échéancier précis réclamé par M. Legault.

«En négociation, les ultimatums, ce n’est pas la façon de faire avancer les choses», a souligné Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine.

«Imposer des échéanciers, ce n’est pas un moyen efficace de négocier», a renchéri le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair.

De son côté, le chef du NPD a déconseillé fortement toute intervention policière. «Je ne crois pas que cette crise va être résolue par la méthode forte», a dit Jagmeet Singh.

Le chef du Bloc québécois est du même avis.

«Ce n’est pas seulement un report du problème, mais c’est peut-être une façon d’envenimer le problème», selon Yves-François Blanchet.

Tout de même, si on en arrivait là, M. Blanchet blâmerait Justin Trudeau.

«Le Québec n’a aucune autre intervention possible que ça. (...) Moi, je dis au premier ministre du Canada, «regardez ce que votre inaction est en train de provoquer!»», a lancé M. Blanchet.

Un plan d’intervention?

Au 14e jour de ces manifestations, le gouvernement Trudeau assure qu’il a «un plan» et qu’il y travaille.

«On a un plan de match. (...) On sait où on s’en va», a déclaré Pablo Rodriguez, lieutenant québécois de M. Trudeau, en arrivant au parlement mercredi matin.

Mais ni lui, ni ses collègues n’ont voulu donner les détails précis de ce plan.

Le chef du NPD a donc dénoncé un «manque de leadership» du premier ministre qui «n’a pas proposé une solution». M. Singh lui soumet donc trois propositions : que M. Trudeau rencontre les chefs héréditaires, qu’un négociateur soit nommé et que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) se retire du territoire des Wet’suwet’en.

La dernière des propositions de M. Singh est une condition posée par des chefs héréditaires pour la tenue d’une rencontre avec les autorités fédérales.

Mardi, le premier ministre Trudeau a déclaré que cette rencontre est la «clé» pour débloquer les manifestations à travers le pays.

En Colombie-Britannique, la GRC est la force policière provinciale. Elle ne répond donc pas à Ottawa, mais bien à Victoria. Le ministre Blair dit être en contact avec son homologue sur la côte ouest mais non, il ne lui a pas demandé le retrait des policiers de la GRC du territoire des Wet’suwet’en.

Une motion de censure

Les conservateurs ont menacé de déposer une motion retirant la confiance de la Chambre au gouvernement afin de dénoncer la gestion de cette «crise», une initiative que les autres partis d’opposition ont refusé d’appuyer.

Les troupes d’Andrew Scheer se sont donc contentées de taper sur le clou de cette crise tout au long de la période des questions.

«Après deux semaines d’inaction et de faiblesse, le CN et Via Rail ont annoncé qu’ils vont mettre à pied presque 1500 personnes», s’est désolé Andrew Scheer, chef par intérim du Parti conservateur.

Une nouvelle barricade

En après-midi mercredi, une nouvelle barricade a été installée sur une voie du CN traversant la ville de Saint-Lambert, en banlieue de Montréal.

«Nous bloquons les voies ferrées en solidarité avec les Wet’suwet’en, dont le territoire a été envahi par la GRC», a déclaré, par voie de communiqué, Jessica Robert, une manifestante présente à la barricade. «Nous allons continuer à bloquer les rails jusqu’à ce que la GRC se retire des territoires des Wet’suwet’en», a averti Mme Robert.