De violentes contestations sociales font rage dans plusieurs villes du pays depuis le 17 octobre.
De violentes contestations sociales font rage dans plusieurs villes du pays depuis le 17 octobre.

Violation des droits humains au Chili: Sol Zanetti dénonce le «silence complice» du Canada

«Les policiers attendent à la porte des hôpitaux pour arrêter les manifestants qui se sont fait tirer! plusieurs manifestants ne vont pas à l’hôpital. Parce que si tu vas à l’hôpital, tu te fais arrêter. Et si tu te fais arrêter, tu vas au commissariat. Et là, c’est les abus sexuels, la violence, se faire battre, des menaces à la famille…»

En une semaine au Chili, Sol Zanetti a entendu mille et une histoires d’horreur sur la répression contre les manifestants qui descendent dans les rues depuis le mois d’octobre. Viols de femmes et de minorités sexuelles à l’arrière des véhicules des forces de l’ordre ; balles de plomb qui percent des trous de 1 cm dans la peau, mais trop grosses pour tuer ; policiers qui visent les yeux.

Le député de Québec solidaire dans la circonscription provinciale de Jean-Lesage, à Québec, est à Santiago jusqu’à dimanche. Il fait partie d’une délégation de neuf Québécois en mission d’observation des droits de la personne pour faire suite au rapport «dévastateur» émis par l’ONU, en novembre. Le groupe réunit des représentants syndicaux, des universitaires et deux élus, M. Zanetti et le député fédéral bloquiste Simon-Pierre Savard-Tremblay.

Le représentant solidaire en est à sa première visite en Amérique du Sud. Ce qu’il y découvre est «fascinant et choquant». Il craint que le Canada soit le «complice silencieux» de ces crimes perpétrés par les autorités chiliennes à l’endroit de leur population.

+

Le député Sol Zanetti et la délégation québécoise en mission au Chili.

+

Protéger les minières

«Ici, les groupes environnementaux disent que 70 % des investissements dans le secteur minier au Chili depuis les années 1970 ont été faits par des minières canadiennes. Le Canada étant un paradis réglementaire pour les compagnies minières, une grande proportion des minières du monde ont leur siège social au Canada», a-t-il expliqué au Soleil au téléphone, vendredi, entre deux panels d’un forum sur les droits de la personne.

«On a donc un Canada qui est un peu un complice silencieux de ce qui se passe. Comme s’il n’avait pas vraiment avantage qu’un régime réinstaure une souveraineté populaire, une protection des droits publics et qui, peut-être, mènerait à une nationalisation des ressources naturelles. Comme s’il ne voulait pas trop que ça arrive pour ne pas nuire aux intérêts des multinationales de l’extraction qui s’établissent au Canada.

«Tout le monde attend de voir ce que le Canada va faire, poursuit le député. Va-t-on dénoncer les droits humains ou rester silencieux pour protéger les intérêts des minières?»

L’objectif de la mission est de se faire haut-parleur international pour sensibiliser les gens, et surtout les autres gouvernements, aux crimes commis contre la population chilienne. On espère que des pressions politiques internationales viendront faire fléchir les autorités et le président Sebastian Pinera.

Haro sur les Carabineros

«On a rencontré plusieurs groupes de la société civile, mais aussi des parlementaires, des gens qui ont rédigé le rapport de l’ONU et des gens du ministère de la Justice. On essaie d’avoir tous les côtés de la médaille pour voir quelles sont les suites au rapport.

«Les gens sur le terrain témoi-gnent d’une évolution dans la façon dont les Carabineros, qui sont la police militarisée affectée à la répression des manifestations, traitent les gens», rapporte-t-il, ajoutant que son groupe accouchera d’un rapport «facile à consulter», dans quelques semaines.

Plus tard vendredi, son groupe et lui allaient assister aux manifestations hebdomadaires du vendredi soir. «Mais on va s’arranger pour partir avant que ça devienne agité. Parce que ça commence toujours pacifiquement», indique M. Zanetti.

De violentes contestations sociales font rage dans plusieurs villes du pays depuis le 17 octobre, en réaction à une hausse du prix du billet de transports publics de 30 pesos. Fin décembre, on comptait déjà 29 morts.

Comme le rappelle un slogan de manifestation relayé par M. Zanetti, «ce n’est pas 30 pesos, c’est 30 ans». Les Chiliens sont «dans la rue pour 30 ans de néo-libéralisme et de violation des droits humains», conclut-il.