Le Ritalin est un psychostimulants notamment prescrit pour traiter le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

Vers une commission parlementaire sur le Ritalin

La surconsommation de médicaments pour traiter l’hyperactivité chez les enfants inquiète les politiciens du Québec. Tellement que tous les partis se sont montrés ouverts lundi à faire un examen de conscience sur le sujet en commission parlementaire.

C’est le député péquiste Sylvain Gaudreault qui a tendu la main à ses collègues afin d’envoyer «un puissant message» à la société. Selon lui, cette commission non partisane pourrait être à l’image de la commission spéciale sur le droit de mourir dans la dignité, tenue il y a quelques années.

Rapidement, le ministre délégué à la Santé et aux services sociaux Lionel Carmant s’est montré intéressé. «Nous sommes très ouverts à l’idée qu’une commission parlementaire soit organisée. On a de l’intérêt, c’est certain», a soutenu son attachée de presse Maude Méthot-Faniel. 

Si le Parti libéral du Québec réclame plutôt une commission parlementaire sur la santé mentale, le député André Fortin «ne voit pas de raison de s’opposer» à la demande de M. Gaudreault. Le député solidaire Sol Zanetti croit aussi que c’est «quelque chose qu’il faut investiguer». 

Le député péquiste de Jonquière s’inquiète du fait que c’est dans sa région, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, que les prescriptions de psychostimulants (comme le Ritalin) sont les plus nombreuses. Environ 30 % des jeunes de 10 à 17 ans du Saguenay-Lac-Saint-Jean en consomment, alors qu’à l’échelle du Québec, la proportion est d’environ 15 %. La prévalence du trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) se situe toutefois entre 5 % et 10 %. 

M. Gaudreault s’est fait le porte-voix du message porté par un groupe de 65 pédiatres, qui ont signé une lettre ouverte lundi proposant des pistes de solution à cette problématique toute québécoise. Le pédiatre Pierre Claude Poulin explique que cette fois-ci, il ne voulait pas que «ça reste un buzz médiatique» qui ne dure que 24 heures. Il croit qu’une commission parlementaire permettra d’aller plus loin. 

Rien réglé en 1999

Un comité d’étude sur la surconsommation de psychostimulants avait été créé il y a 20 ans, mais ses recommandations sont restées lettre morte, déplore M. Poulin. «Je pense qu’on n’a rien réglé en 1999 puis on est devant le même problème.»

Selon ce groupe de pédiatres, le problème est même amplifié en raison du manque d’activité physique chez les jeunes et du temps trop important passé devant les écrans. 

M. Poulin croit que les médecins doivent se remettre en question, mais qu’il y a aussi une partie de la solution «qui appartient au milieu scolaire». «Les enfants qui sont référés pour des TDAH envahissent littéralement nos bureaux de consultation», constate-t-il. 

Son collègue Jean-Benoît Bouchard raconte qu’il refuse parfois de prescrire des psychostimulants, mais que les parents pleurent ou repartent fâchés du bureau «parce que soit la garderie, soit l’école vont capoter». 

Le pédiatre Guy Falardeau propose que le Québec se dote d’une méthode uniforme et valable pour évaluer le TDAH, mais qui ne coûte pas 2000 $ comme ce qui se fait au privé. Car selon lui, des faux diagnostics sont posés parce que des médecins utilisent des questionnaires «poches» pour évaluer le TDAH. 

Même si tous les partis de l’Assemblée nationale ont dit vouloir que cette commission parlementaire ait lieu, précisons qu’officiellement, il faut que la Commission de la santé et des services sociaux accepte de se saisir d’un mandat d’initiative lors d’une séance de travail, ce qui n’est pas encore fait.