Le projet de loi C-45 visant à légaliser le cannabis accaparera une partie des débats cet automne au parlement

Une rentrée sous le signe du pot à Ottawa

À Ottawa, la rentrée parlementaire cette semaine sera notamment marquée par le dossier de la marijuana puisque selon le projet de loi C-45 du gouvernement de Justin Trudeau, cette drogue doit être légalisée dès l'été 2018. Le Soleil a demandé à un député libéral et un député conservateur, diamétralement opposés sur la question, de faire le point sur cet enjeu fumant. Voici les réponses de Joël Lightbound, député fédéral de Louis-Hébert, et de Pierre Paul-Hus, député conservateur de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles.
Q Quel est votre rôle au sein de votre parti en lien avec le projet de loi visant à légaliser la marijuana?
R Joël Lightbound À titre de secrétaire parlementaire de la ministre de la Santé, j'assiste aux réunions du comité, je suis impliqué dans le développement du projet de loi et j'épaule les parlementaires et le gouvernement pour sa mise en oeuvre. On peut dire aussi que je suis un peu comme le porte-parole du dossier, surtout au Québec parce que je suis un député de la province donc j'occupe plus de place ici.
Pierre Paul-Hus J'ai récemment été nommé ministre responsable de la Sécurité publique et de la protection civile du cabinet fantôme de l'opposition officielle à Ottawa. Dans mon mandat, j'ai la responsabilité de gérer le dossier de la légalisation de la marijuana.
Le député libéral Joël Lightbound
Q Pouvez-vous me résumer la position de votre parti sur le sujet? 
R J.L. Notre engagement de légaliser et d'encadrer strictement la production, la distribution et la consommation du cannabis au Canada découle d'un constat que la prohibition, qui est l'approche actuelle, est un échec lamentable parce que nos jeunes Canadiens sont ceux qui consomment le plus à travers le monde.
On observe aussi que pour les mineurs, c'est plus facile de se procurer du cannabis que de se procurer de l'alcool ou des cigarettes puisqu'on laisse ça au crime organisé qui se fout de ce qu'il vend et à qui il le vend. [...] À partir de là, on pense qu'une approche où l'on réglemente très strictement la production, la distribution et la consommation va nous permettre d'avoir de meilleurs résultats auprès des jeunes pour réduire la consommation, mais aussi de retirer le crime organisé de l'équation.
P.P.-H. On est contre, mais surtout, contre le projet de loi en tant que tel. On trouve qu'il est complètement bâclé, qu'il est mal fait. Tant la question peut être complexe que dans le détail, le projet de loi est vague. Donc, on laisse le problème aux provinces et un paquet de questions auxquelles elles n'ont pas de réponses. C'est «arrangez-vous avec ça». Au niveau de la sécurité, c'est la même chose, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a annoncé au comité de la santé la semaine dernière que c'était vraiment naïf de croire que ça empêcherait le crime organisé de la façon dont il est présenté.
Q Quel aspect de ce projet de loi est le plus mal compris des Canadiens?
R J.L. Notre approche en est vraiment une de santé publique et de sécurité publique. Et quand je parle de santé publique, on observe par exemple qu'à peu près 22 % des moins de 18 ans consomment, même au Québec. [...] C'est des proportions qui sont ahurissantes. Je pense que notre défi va être d'expliquer en quoi la légalisation permet d'avoir de meilleurs résultats lorsqu'on aura des peines plus sévères pour ceux qui en vendent de la marijuana à des mineurs ou qui utilisent des mineurs pour en vendre. Au Colorado ils ont observé une baisse de consommation chez ces derniers après avoir légalisé le cannabis et une réduction à moins de 30 % de la place qu'occupe le crime organisé dans la vente et la production de cette drogue. C'est notre objectif. Mais ça ne sera pas du jour au lendemain, on n'est pas naïfs.
P.P.-H. À la base, nous, la problématique c'est la rapidité. L'urgence de donner le fardeau aux provinces de tout régler avant le 1er juillet 2018. Donc ça c'est l'incompréhension de l'opposition et même le Nouveau parti démocratique est avec nous là-dessus. Il y a énormément de choses à régler [...]. Il n'y a aucun expert qui comprend pourquoi ça presse tant que ça.
Q Plusieurs sondages indiquent que le Québec est plus réfractaire à la légalisation de la marijuana que l'ensemble du Canada. Pourquoi selon vous? 
R J.L. C'est une bonne question, je ne suis pas anthropologue. Je pense peut-être que les Canadiens anglais ont été plus exposés aux exemples américains. Il y a deux États qui l'ont légalisé, il y en a huit qui vont le faire incessamment. Ça pourrait peut-être expliquer des choses. C'est peut-être aussi à nous de bien communiquer et informer le public.
P.P.-H. Ici au Québec, les gens sont sanguins et se demandent pourquoi on va légaliser et banaliser la consommation d'une drogue. Les Québécois ont une réaction normale de dire pourquoi pendant 20 ans on nous dit d'arrêter de fumer la cigarette et aujourd'hui, on met la marijuana à l'avant-plan? Le message qu'on passe aux jeunes c'est quoi? Moi, mes enfants ont 12, 13 ans et la première réaction qu'ils ont eue c'est : «Papa, on va pouvoir fumer de la drogue maintenant parce que Justin Trudeau le dit».
Le député conservateur Pierre Paul-Hus
Q Quel est le son de cloche des citoyens de votre circonscription à ce sujet?
R J.L. Il y en a qui sont inquiets et qui nous contactent à ce sujet-là, mais il y a aussi beaucoup de gens qui sont très heureux d'avoir un gouvernement qui a le courage de sortir la tête du sable et arrêter de faire semblant que tout va bien afin de prendre une approche qui est beaucoup plus responsable. 
P.P.-H. La réaction est très négative, dans Charlesbourg et d'autres circonscriptions où je suis allé c'est tout le temps la même chose. On a fait des sondages dans nos comtés de la région de Québec et à 82 % dans Charlesbourg-Saint-Charles, les gens ont répondu qu'ils étaient contre ça. Les gens écrivent qu'ils ne comprennent absolument pas, que c'est vraiment de vouloir banaliser l'utilisation de la marijuana.
Q À quel âge devrait être légalisée la marijuana au Québec?
R J.L. Nous ce qu'on a fait au fédéral, c'est d'établir un âge minimum qui est de 18 ans en laissant le soin aux provinces de l'augmenter si elles le désirent. Dix-huit ans, c'est basé sur les recommandations du groupe de travail qui a rencontré des experts un peu partout à travers le pays. On pense que c'est un bon âge minimum pour atteindre notre objectif qui est de protéger les jeunes et puis retirer le crime organisé.
P.P.-H. Il y a deux aspects, il y a l'aspect légal, comme pour la consommation d'alcool qui est de 18 ans. Et il y a l'aspect de la santé. Tous les médecins le disent, aller jusqu'à 25 ans, on peut avoir des problématiques de santé graves pour le cerveau. Moi je ne suis pas médecin, mais si on se fie à l'avis d'experts, il ne faudrait pas que ce soit légal avant le début de la vingtaine.
Q Quelle est votre expérience personnelle avec la marijuana?
R J.L. Au secondaire, j'allais à une très bonne école. Moi-même j'ai essayé du cannabis, mais j'ai toujours préféré être en contrôle de mes moyens, ce n'est pas une substance qui m'a attiré. J'ai été à même d'observer que c'était une substance qui était très, très accessible dans nos écoles. J'ai vu des gens tomber là-dedans à un trop jeune âge. Et c'est ce qu'on veut adresser avec notre projet de loi.
P.P.-H. J'ai déjà été au cégep, mais pas plus que ça. J'en ai déjà pris, oui, quand j'étais jeune, j'ai essayé comme ça et ça a arrêté là. Puis jamais par la suite et surtout pas comme Justin Trudeau qui affirme avoir fumé de la marijuana comme député. Je n'ai pas un réseau d'amis qui consomment. Et quand j'étais jeune, juste ceux que je voyais qui consommaient ce n'était pas nécessairement positif. Donc ce que j'ai vu quand j'étais jeune ne m'a pas convaincu de dire que c'est une bonne chose pour notre jeunesse.