Pauline Marois

Une rentrée à saveur électorale

La très médiatisée période des questions reprendra ses droits mardi à l'Assemblée nationale. Le fond de scène sera clairement électoral. Les élus sont sur le qui-vive. Des informations non confirmées voulaient, hier, que la première ministre déclenche un scrutin général aussi tôt que le 19 février. D'autres évoquent toujours la mi-avril. Dans cette période d'effervescence politique, Le Soleil s'est entretenu avec les chefs des quatre partis représentés au Parlement québécois.
<p>Philippe Couillard</p>
<p>François Legault</p>
Marois désire mettre fin au «blocage»
Que des élections générales soient déclenchées de façon hâtive ou pas, la première ministre du Québec et chef du Parti québécois, Pauline Marois, réclamera un mandat majoritaire pour mettre fin à la situation de «blocage» créée par les partis d'opposition à l'Assemblée nationale.
C'est ce qu'elle a déclaré, vendredi, lors d'une entrevue accordée au Soleil. «Il y a des effets de blocage à l'heure actuelle. Être majoritaire nous permettrait de faire avancer des projets qui nous tiennent particulièrement à coeur», a-t-elle soutenu.
Pauline Marois pense au projet de loi 14 sur la langue française, ainsi qu'à celui qui devait créer la Banque de développement économique du Québec. Son gouvernement les a retirés du menu législatif, faute d'être parvenu à s'entendre avec la Coalition avenir Québec pour les faire adopter.
La première ministre se dit consciente qu'elle alimente les rumeurs d'élections hâtives en dénonçant ces «blocages».
Sur la Charte de la laïcité, «nous n'obtiendrons pas l'appui du Parti libéral du Québec, qui a de la difficulté à se faire une tête sur cette question-là», poursuit-elle en continuant d'appuyer sur le même argumentaire.
Elle dit se garder «la possibilité d'aller en élections parce que des dossiers n'avancent pas». Et parce que les libéraux et les caquistes ont déjà «annoncé qu'ils pourraient voter contre le prochain budget avant même de l'avoir vu».
Peu de nouveaux projets de loi seront présentés lors de la session s'ouvrant mardi. «On a déjà beaucoup de plats au feu», justifie la chef du gouvernement. Elle dit vouloir miser sur «les objectifs déjà fixés» par son équipe, parmi lesquels l'emploi.
Peu de nouveaux projets de loi, mais au moins deux nouvelles politiques seront dévoilées. L'une sur la «mobilité durable», le transport collectif en d'autres mots, qui sera présentée lundi; l'autre sur les loisirs et les sports, à venir par la suite.
La réflexion collective sur l'avenir de la nation que lancerait un gouvernement du Parti québécois majoritaire viserait «à faire l'état des lieux et à suggérer un certain nombre d'orientations», résume Mme Marois.
Serait-ce de nature à raviver la flamme souverainiste? «Ça va sûrement amener les gens à réfléchir à nouveau à une solution qui est celle de la souveraineté, qui sera toujours celle que moi, je vais privilégier. Oui, ça va ramener la question à l'avant-plan.»
Le Parti québécois entend alimenter son argumentaire électoral en puisant dans le rapport qui sera remis d'ici peu au gouvernement sur le coût des dédoublements et des chevauchements entre Québec et Ottawa.
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Couillard tend la main aux caquistes
Philippe Couillard invite les caquistes à se tourner vers son parti afin d'éviter la division du vote des électeurs opposés au gouvernement Marois lors du prochain scrutin général.
Le chef libéral n'en est pas à lancer un appel solennel comme tel. N'empêche qu'il tend la main aux sympathisants de ses adversaires. «S'il y a des Québécois qui pensent qu'on doit montrer la porte de sortie à ce gouvernement, il faut qu'ils sachent que nous représentons clairement la seule alternative crédible», affirme M. Couillard en entrevue avec Le Soleil.
Son message ne s'adresse pas uniquement aux électeurs caquistes, mais il les vise tout particulièrement.
Mardi, Philippe Couillard revêtira officiellement et pour la toute première fois son costume de chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale. Il estime que Pauline Marois vient de lui fournir des munitions avec sa volonté de consulter les Québécois sur l'avenir du Québec - si le Parti québécois forme un gouvernement majoritaire à l'issue du prochain scrutin.
Pour lui, cette idée ne vise pas seulement à gagner du temps, non plus qu'à faire plaisir aux souverainistes sans effaroucher les fédéralistes. Elle est une façon pour le Parti québécois de relancer le projet souverainiste, dénonce-t-il.
Elle permet au chef libéral de défendre la fédération canadienne. «Le Parti québécois nous amène vers un autre référendum au cours des prochaines années. Or, ce n'est pas vrai que la solution pour améliorer la qualité de vie des Québécois, c'est de leur retirer leur citoyenneté canadienne», lance-t-il.
«Retirer leur citoyenneté canadienne» aux Québécois. C'est ce sur quoi entend désormais insister Philippe Couillard dans ce débat. «C'est immense ce que l'on perdrait. On perdrait les leviers de développement qu'on tire de notre appartenance à la fédération canadienne.»
Cette éventuelle consultation constitue une manoeuvre de «diversion», ajoute-t-il; tout comme l'est à ses yeux le projet de loi sur la laïcité du ministre Bernard Drainville. Un projet qui a secoué les libéraux.
Au cours des prochaines semaines, M. Couillard s'emploiera à répéter que le Parti libéral du Québec est le parti «de la prospérité, de l'emploi et de la justice, dont la justice sociale». C'est le clou qu'il martèlera.
Pour tirer son épingle du jeu, il cherchera à se faire «très, très concret» sur les finances publiques du Québec. L'état des finances publiques a «un impact direct sur les services publics, les services aux familles et aux personnes malades», dit-il. 
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De l'oxygène pour la classe moyenne, plaide Legault
Une campagne électorale, c'est essentiellement un message. François Legault ne déviera pas du sien: donner de l'oxygène aux familles de la classe moyenne.
«Le parti pris en faveur des contribuables de la classe moyenne sera un thème unique» à la Coalition avenir Québec, déclare son chef François Legault au Soleil.
«Je ne pense pas que [le libéral] Philippe Couillard va arriver avec une approche pour réduire le fardeau fiscal des Québécois. On veut resserrer le contrôle des dépenses plus que les libéraux.»
François Legault est dans le «positionnement» politique. Mais il est sur le territoire qu'il a choisi par conviction profonde, insiste-t-il.
Il décrète le gouvernement du Parti québécois d'emblée disqualifié sur le front de la réduction des dépenses de l'État. Il fait valoir que la circonscription dans laquelle il se représentera, celle de L'Assomption, dans Lanaudière, illustre parfaitement son assertion.
Son adversaire péquiste sera Pierre Paquette qui, avant de siéger comme député bloquiste, à Ottawa, a été secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux, souligne-t-il. «D'un côté, on a quelqu'un qui vient du milieu syndical, qui veut dépenser plus; de l'autre, poursuit M. Legault en parlant de lui, on a quelqu'un qui vient du milieu patronal, qui veut réduire le fardeau fiscal.»
François Legault réitère son engagement de réduire le fardeau fiscal d'environ 1000 $ par famille de la classe moyenne, une promesse qui passera par l'abolition de la taxe scolaire et de la taxe santé. D'ici la fin du mois, son député Christian Dubé produira un rapport censé démontrer qu'il est possible de diminuer les dépenses de l'État de 2 milliards $ par année, ce que représenterait la perte de revenus tirés de ces deux taxes.
Le plan Dubé joue sur la colonne des dépenses de l'État. Le projet Saint-Laurent, sur celle des revenus.
Le thème de l'intégrité constituera le troisième pilier de la campagne caquiste. Le quatrième reposera sur un projet de réforme du système de santé qui sera dévoilé dans quelque temps.
M. Legault mise sur les 35 jours de campagne électorale pour mieux faire connaître sa position «équilibrée» sur la Charte de la laïcité.
La Coalition concentrera ses efforts dans quelques régions clés. Elle visera Québec, la Chaudière-Appalaches, le 450, la Mauricie, le Centre-du-Québec, ainsi que l'Estrie, lesquelles regroupent 75 des 125 circonscriptions du Québec. Sans le dire ouvertement, elle concède la plupart des autres à ses adversaires.
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<p>Françoise David</p>
Publicités télé pour Québec solidaire
L'arrivée d'un autocar de campagne ne sera pas la seule grande première qu'étalera Québec solidaire lors des prochaines élections. La formation de gauche investira aussi le petit écran avec des publicités télé, du jamais-vu pour elle.
Les publicités ont déjà été tournées et n'attendent que le déclenchement de la campagne pour être mises en ondes, a confirmé en entrevue la coporte-parole de Québec solidaire, Françoise David.
Québec solidaire veut se présenter au plus grand nombre possible de citoyens. Et s'afficher à contre-courant des trois autres formations représentées à l'Assemblée nationale.
Son credo : «Aller chercher de nouvelles sources de revenus.» Si l'actuel gouvernement ne s'y résout pas, Mme David pense qu'il devra présenter un budget d'austérité.
Or, il faut d'urgence retaper les services publics, qui sont en mauvais état, dit-elle.
Pour ce faire, et pour injecter «plus d'équité dans notre fiscalité», Québec solidaire propose de taxer davantage les gains en capital et les dividendes, et d'éliminer de nombreux crédits d'impôt, particulièrement aux entreprises.
Le parti préconise aussi une augmentation des redevances minières, une hausse des impôts frappant les profits des banques et des institutions financières, et «de mettre davantage à contribution» les contribuables gagnant plus de 100000 $ par année.
La députée de Gouin presse la ministre Agnès Maltais de donner suite à une résolution adoptée par l'Assemblée nationale prévoyant «qu'on cesse de considérer les pensions alimentaires comme un revenu pour les femmes prestataires d'aide sociale». Dix-huit mois plus tard, «il n'y a toujours rien», déplore-t-elle.
Même s'il espère accroître ses résultats globaux, Québec solidaire «travaillera» une poignée de circonscriptions lors de la prochaine campagne électorale : Gouin et Mercier, qu'il représente déjà, mais aussi Laurier-Dorion et Viau. À l'extérieur de Montréal : Taschereau, qui se trouve dans la capitale, ainsi que Rimouski, Sherbrooke et Rouyn.