Une opération qui a déraillé

DÉCODAGE / Lundi, le Parti québécois faisait des pieds et des mains pour rappeler qu’il avait proposé un monorail bien avant que le premier ministre Philippe Couillard en parle à la fin du congrès libéral. Compte tenu de l’accueil médiatique qu’a reçu le projet par la suite, les troupes de Jean-François Lisée n’ont pas cherché à rappeler plus longtemps qu’elles avaient été les premières à en parler… Elles sont passées à autre chose.

En cognant et recognant pour dénoncer l’idée lancée par Philippe Couillard dimanche, la Coalition avenir Québec a fait d’une pierre deux coups. Elle a fait mal au gouvernement, tout en égratignant le Parti québécois.

En septembre, lors du congrès de son parti, Jean-François Lisée avait déclaré qu’un gouvernement péquiste réaliserait «un banc d’essai pour le projet de monorail électrique qui pourrait, demain, relier Montréal, Québec et les autres grands centres urbains du Québec». Pas qu’entre la métropole et la capitale, donc.

Ce n’était pas la première fois que le PQ se faisait le promoteur d’un tel projet.

Faire rêver!

En déclarant qu’il n’avait «pas le goût de remplacer un train par un autre train», qu’il pensait à une liaison «futuriste», le premier ministre a voulu faire rêver. Faire rêver!

Retour en arrière : on n’était pas peu fier au gouvernement, en 2016, au lendemain de l’annonce de l’implantation du Réseau électrique métropolitain. Ce sont des projets de ce type qu’il faut lancer — des projets structurants qui font rêver, confiait-on; qui propulsent dans l’avenir. Très bien.

Mais encore faut-il qu’ils reposent sur quelque chose d’un tant soit peu solide, qu’ils n’aient pas l’air de sortir d’un chapeau.

L’opération a déraillé. Vendredi, Philippe Couillard a finalement dû tenir compte du projet (attendu depuis des années et des années — ce qui est une honte, il faut le répéter) de train à «grande fréquence» de Via Rail : «Si ça se produit, on a plein d’autres idées et d’autres endroits pour appliquer le génie québécois», a-t-il laissé tomber.

Quel vieux parti?

Accuser et dénoncer l’autre. C’est le sport le plus pratiqué sur la patinoire du Salon bleu. 

En cognant sur le monorail, la CAQ n’a pas seulement enfoncé le gouvernement et, par la bande, le Parti québécois. Elle a détourné l’attention de l’angle d’attaque qu’a tenté d’exploiter Philippe Couillard en retournant contre elle l’accusation de «vieux parti»; en l’accusant de mener des «batailles du siècle dernier» et de vouloir renvoyer les femmes à la maison.  La CAQ veut encourager les parents à avoir un deuxième et un troisième enfant pour dynamiser la croissance économique et sauvegarder l’identité québécoise.

Philippe Couillard reviendra sur le sujet dès qu’il le pourra.

Fâcheuse tendance

Les chiffres sur l’usage de la langue française au Québec ont beau être triturés dans tous les sens, ils ne démontrent aucune catastrophe. Mais Philippe Couillard a la fâcheuse tendance à toujours accuser le chef péquiste de chercher à diviser les Québécois lorsqu’il parle de langue.

À tel point qu’il paraît lui-même balayer du revers de la main toute inquiétude à ce sujet. Or, les inquiétudes sont légitimes — sauf bien entendu si elles visent à provoquer une crise sociale ou à diviser les citoyens entre eux. Ce n’est pourtant pas ce qu’a cherché à faire Jean-François Lisée cette semaine en s’inquiétant de la montée du bilinguisme dans certains milieux de travail.

Les échanges sur la propension qu’auraient certains marchands du centre-ville de Montréal à accueillir les clients par un «Bonjour! Hi!» ont pu paraître légers, voire secondaires. Mais le premier ministre québécois n’a pas pleinement joué son rôle de gardien de la langue française au Québec en tournant cette question en ridicule.

M. Couillard s’est alors cantonné dans son rôle de chef d’une formation en guerre contre ses adversaires politiques. Le lendemain, il a pourtant lui-même invité les commerçants à privilégier le mot «bonjour» …

Accuser et dénoncer l’autre. C’est le sport le plus pratiqué au Salon bleu.

Quels poids, les résolutions?

Quel est le poids des résolutions adoptées par les membres de nos partis politiques? Tout dépend des partis. À la CAQ, elles pèsent moins lourd que chez les autres. C’est ce qui a permis au député François Paradis de dire qu’il ne se sentait pas lié par celle proposant un troisième bain dans les CHSLD.

Chez les péquistes, chez les libéraux et chez les solidaires, aucun élu ne peut étaler aussi facilement son point de vue. Les directions des partis préféreront faire mine d’oublier certaines décisions de leurs militants ou tenteront, le cas échéant, de les faire revoter lors d’un autre rendez-vous avec eux.

Quelle résolution adoptée en congrès par les militants libéraux pourrait être oubliée par l’actuel gouvernement — même s’il était réélu? Celle-ci, par exemple : «Rendre les fonctionnaires davantage comptables de leurs actes auprès des citoyens.» Le gouvernement aura-t-il vraiment envie de mener une bataille avec les syndicats là-dessus, d’aller plus loin qu’un simple énoncé général à ce sujet?

Quelle résolution pourrait-il être tenté de soumettre à un nouveau vote dans une autre instance? Celle rejetant l’idée d’obliger les jeunes à demeurer à l’école jusqu’à 18 ans ou jusqu’à l’obtention d’un premier diplôme. Jusqu’à preuve du contraire, le ministre Sébastien Proulx croit désormais à ce projet.

La raison gouvernementale et celle des partis supplantent la raison militante.