Véronique Hivon propose qu’une nouvelle commission parlementaire de l’Assemblée nationale hérite du mandat de prendre le pouls des préoccupations des différentes régions du Québec.

Une commission des régions itinérante?

EXCLUSIF / Se disant adepte du «sens du compromis» plutôt que de la politique du «poing sur la table», la vice-chef du Parti québécois, Véronique Hivon, dit vouloir «rapprocher les institutions des gens». Elle propose d’ouvrir l’Assemblée nationale aux citoyens et suggère de mettre formellement sur pied des commissions parlementaires qui sillonneraient systématiquement le Québec.

En entrevue avec Le Soleil, Véronique Hivon recommande qu’une toute nouvelle commission parlementaire de l’Assemblée nationale hérite du mandat spécifique de prendre le pouls des préoccupations des différentes régions du Québec.

«À chaque législature, cette commission pourrait se déplacer au moins une fois dans chacune des régions pour aller entendre les gens qui y vivent, leurs élus et différents groupes», expose-t-elle.

Le ministre responsable de la région visitée et les députés qui y ont été élus prendraient part à l’exercice. Cette instance itinérante pourrait porter le nom de Commission des régions, une entité qui n’existe pas à l’heure actuelle à l’Assemblée nationale — pas plus que ce type d’exercice.

Inspirée par le débat sur le droit de mourir dans la dignité, Mme Hivon préconise aussi que des commissions parlementaires ad hoc formées à l’initiative des députés se penchent sur des grands sujets de société et parcourent également le Québec. Elle veut systématiser ce qui s’est fait une fois.

Elle imagine deux grandes tournées parlementaires du Québec par législature — soit une tous les deux ans. Des sujets comme le vieillissement, les relations avec les nations autochtones, l’autisme et «tellement d’autres» pourraient être explorés en long et en large par les députés et les citoyens dans différentes villes québécoises, dit la vice-chef du Parti québécois.

Véronique Hivon note que ces initiatives contribueraient non seulement au «renouveau démocratique», mais à la revalorisation du rôle des parlementaires. «Ce serait gagnant-gagnant dans la mesure où les citoyens, eux, verraient le pouvoir législatif se rapprocher d’eux.»

Sur un autre plan, elle suggère que l’Assemblée nationale fasse périodiquement une place à une période de questions des citoyens. Ceux-ci seraient invités à poser des questions au gouvernement — questions que poseraient en leur nom au Salon bleu les députés, qu’ils soient de l’opposition ou membres du parti au pouvoir. Cet exercice devrait se dérouler au moins une fois par mois à ses yeux.

Nécessaire «obsession»

«Les partis politiques devraient être obsédés par le rétablissement du lien de confiance entre la population, ses élus et ses institutions, insiste la députée de Joliette. Tous les gestes qu’on pose dans le cadre de la vie démocratique devraient toujours être motivés par cette obsession.»

Pour contrer le cynisme, «les élus ont un devoir de rigueur, de profondeur, de transparence et d’authenticité», dit-elle. Ils doivent reconnaître une erreur lorsqu’ils en commettent une, enchaîne-t-elle. «Ils doivent faire part de tous les aspects d’un enjeu et ne pas tout le temps être dans le discours ultra-partisan.»

Mme Hivon appelle les élus et les médias à un sursaut. Ils ont une «responsabilité partagée pour sortir du cercle vicieux. Les premiers doivent oser la “profondeur” beaucoup plus qu’ils ne le font et les médias ne doivent pas juste s’intéresser à l’aspect stratégique des choses ou à la joute».

Au Parti québécois, des députés comme Sylvain Pagé et Alexandre Cloutier expriment des préoccupations semblables à celles de Mme Hivon.

Rapport à venir

La réforme du mode de scrutin figure en tête de liste des mesures évoquées par Véronique Hivon pour tenter de faire naître ce «renouveau démocratique». En décembre 2016, le Parti québécois, la Coalition avenir Québec, Québec solidaire, Option nationale (une formation désormais intégrée au parti de Manon Massé) et le Parti vert se sont engagés à ce que le prochain scrutin soit le dernier à se dérouler sous le mode «majoritaire uninominal à un tour» — si l’un d’eux prend le pouvoir le 1er octobre. D’ici quelques semaines, ces partis présenteront un rapport commun sur cette question.

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a mis de côté l’engagement qu’il avait pris à cet égard lors de la dernière campagne électorale.

Pour «susciter l’intérêt pour le débat démocratique, il faut que chaque vote ait de l’importance, dit Mme Hivon. La démocratie ne s’exercera pas comme elle le devrait si les gens refusent d’y prendre part».