Frédéric Laurin est professeur d’économie à l’école de gestion de l’UQTR.

Une campagne sans mesure phare en économie, selon Frédéric Laurin

«On dirait qu’il n’y a pas de campagne électorale, car il n’y a pas de mesure phare pour mobiliser l’électorat. C’est pour ça qu’on s’arrête aux histoires de blackface de M. Trudeau ou de turban de M. Singh. C’est une campagne ennuyante.»

Le verdict de Frédéric Laurin concernant l’actuelle campagne électorale fédérale est sans équivoque. Le professeur d’économie à l’école de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières a analysé les propositions économiques des principaux partis de la course électorale. Selon lui, chaque parti y va de suggestions qui peuvent se ressembler, mais rien pour se démarquer.

«Pour le Bloc québécois, c’est une série de dossiers qu’il va défendre: les fleurons québécois, l’aéronautique, le système de péréquation verte. Mais il n’y a pas de vision d’ensemble. Pour le Parti conservateur, mon impression est qu’il aurait préféré ne pas avoir à écrire de plateforme. Le cadre financier est sorti vendredi. La plateforme économique est minimaliste. Tout tourne autour de petites baisses d’impôt, de petits crédits d’impôt qui n’ont pas d’effets structurants sur l’économie. La seule chose à noter est le retour à l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans, mais le Parti conservateur coupe dans l’aide internationale et va rééchelonner les investissements en infrastructures et je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, car les infrastructures ont besoin d’être rénovées.»

S’il retient l’idée des conservateurs d’équilibrer le budget du Canada d’ici cinq ans, Frédéric Laurin est préoccupé par la philosophie du Parti libéral du Canada qui prévoit déjà une accumulation de déficits, alors qu’on se trouve en croissance économique.

«Je ne suis pas sûr que l’entièreté des dépenses va dans des investissements structurants. En croissance économique, un pays devrait se diriger naturellement vers un surplus budgétaire. Là, on a un déficit, donc on a énormément de dépenses. Si une récession frappe, le Canada sera mal équipé pour la confronter. C’est une bonne chose d’investir dans les infrastructures. Mais le Parti libéral propose aussi un crédit d’impôt pour que les enfants aillent faire du camping dans les parcs nationaux. C’est une micropromesse et il y en a beaucoup dans le programme libéral.»

Selon M. Laurin, un élément du programme du NPD aurait pu devenir un projet de société, soit la gratuité scolaire de la maternelle à l’université qui s’ajoute aux propositions de création d’une assurance-médicaments et de 500 000 logements sociaux.

«La gratuité scolaire, c’est trois lignes dans le programme et il faut aussi voir les conséquences. La gratuité a un impact financier majeur. Le NPD a un programme très général, très flou. C’est comme si le parti avait abandonné l’idée d’être au pouvoir. Le programme est excessivement général et coûteux. Le NPD propose des augmentations d’impôts pour les plus riches, une taxe sur le profit des banques, mais ce sont des promesses coûteuses et avec un grand niveau de généralité qui m’a déçu.»

En épluchant les programmes électoraux des partis politiques, Frédéric Laurin en vient à la conclusion que l’aspect le plus détaillé de ceux-ci est leur plateforme environnementale.

«Le Parti vert est celui qui présente la meilleure plateforme environnementale. C’est ambitieux, cohérent, détaillé et à la hauteur de l’urgence climatique. Même les conservateurs ont un plan environnemental solide, mais ils sont 15 ans en retard par le fait qu’ils ne considèrent pas l’urgence climatique.»

L’évaluation des plateformes économiques des partis politiques peut être consultée sur la page web de Frédéric Laurin (fredericlaurin.com).