Un parlement sens dessus dessous

Décodage / La direction de l'Assemblée nationale ne cesse de refaire le plan des places au Salon bleu. C'est moins compliqué que des plans de table, mais tout de même.
L'expulsion de Gaétan Lelièvre du caucus péquiste a encore entraîné un remue-ménage de ce côté, puisqu'il siège désormais dans le coin des députés indépendants.
Si l'on exclut les actuels élus de Québec solidaire, qui techniquement sont considérés comme des indépendants, ce groupe compte maintenant cinq personnes. Outre M. Lelièvre, on y retrouve Claude Surprenant, Martine Ouellet, Gerry Sklavounos et Pierre Paradis.
Le plan des places change également souvent en raison du grand nombre d'élections partielles sous la présente législature, ouverte avec l'arrivée au pouvoir des libéraux de Philippe Couillard en avril 2014.
En comptant la partielle dans la circonscription de Gouin, programmée le 29 mai, et celle qui suivra dans Louis-Hébert, abandonnée récemment par Sam Hamad, on sera bientôt à 15. À terme, plus de 12 % du Salon bleu aura été renouvelé!
Mardi, le solidaire Amir Khadir a félicité Jean-François Lisée pour avoir en quelque sorte fait oeuvre de pionnier en expulsant un député en raison d'accrocs commis aux normes éthiques.
Mais ce n'était pas une première. Plusieurs se souvenaient de l'expulsion décidée par le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, plus tôt cette année, du député Claude Surprenant pour d'étonnantes demandes de remboursements qu'il avait adressées à l'Assemblée nationale.
Il existe un autre cas, tombé dans l'oubli celui-là : celui de Daniel Ratthé, un péquiste qui était passé à la CAQ. En mai 2013, François Legault lui avait montré la porte pour une histoire de pot-de-vin qu'avait reçu son organisateur politique en 2005 alors que lui, M. Ratthé, briguait le poste de maire de Blainville.
Rien n'est parfaitement comparable, mais notons tout de même que, comme cela a été le cas pour Gaétan Lelièvre, Daniel Ratthé a été expulsé de son caucus pour des faits antérieurs à son arrivée en politique provinciale.
À ce moment-là, en 2013, le chef caquiste disait à qui voulait l'entendre qu'il lavait plus blanc que blanc. Est-ce à force de jouer cette carte à fond que la Coalition avenir Québec s'est retrouvée cette semaine en avance d'une tête dans les intentions de vote?
Les sondages animent toujours beaucoup le monde politico-médiatique. Cela étant, s'il y a un sondage à prendre avec de très longues pincettes, c'est bien ce dernier. Même à la CAQ, on disait qu'il fallait attendre de voir les prochains... Il faudra aussi garder à l'esprit qu'ils n'annonceront pas plus que les précédents les résultats des prochaines élections générales au Québec.
Un argumentaire plus pesant?
Le gouvernement Couillard a confirmé l'évidence. Le projet de loi sur la neutralité religieuse qu'il a présenté en juin 2015 ne sera pas étudié en commission parlementaire avant la fin de l'été, voire l'automne prochain. L'analyse du projet durera vraisemblablement des semaines, tant et si bien que les parlementaires pourraient n'avoir à voter pour ou contre qu'à la fin de l'automne.
Il restera alors moins d'un an avant le scrutin général du 1er octobre 2018.
En début d'année, Philippe Couillard invitait les partis d'opposition à adopter ce projet de loi en disant que tous s'entendaient au minimum sur les éléments qu'il contient. Mais puisque les partis d'opposition les jugent néanmoins totalement insuffisants, M. Couillard arguait que rien ne leur interdirait par la suite de soumettre leurs propres propositions aux Québécois en campagne électorale.
Lorsque le vote sur ce projet de loi aura finalement lieu, le premier ministre espère, selon toute vraisemblance, que son argument du début d'année pèsera plus lourd - puisqu'on sera à moins d'un an des élections.
C'est la seule carte qu'il pourra encore jouer dans la mesure où les amendements que la ministre Stéphanie Vallée présentera ne satisferont ni le PQ, ni la CAQ, ni QS.
«Chiffons rouges»
Les drapeaux sont des symboles puissants. L'accrochage entre le chef de l'opposition officielle, Jean-François Lisée, et le premier ministre Philippe Couillard à propos de celui des Patriotes en a été une nouvelle illustration.
Lorsqu'on parle de drapeaux sur la Colline parlementaire, à Québec, certains se souviennent de la commotion politique qu'avait provoquée Bernard Landry en janvier 2001 (alors qu'il était vice-premier ministre et candidat à la succession de Lucien Bouchard) en déclarant que «le Québec n'a pas l'intention de faire le trottoir pour des bouts de chiffons rouges».
M. Landry défendait la décision de son gouvernement de se priver de 18 millions $ d'Ottawa pour éviter la présence de l'anglais et d'unifoliés sur les sites du futur aquarium et du nouveau zoo de Québec - ce dernier n'a jamais vu le jour.
Le lendemain, il avait nié avoir visé le drapeau canadien, mais l'histoire avait suscité un énorme débat entre souverainistes et fédéralistes. C'est ce qu'il voulait.