L’habit fait le moine au Parlement jeunesse si on en croit Julien Labrosse. «Personnellement, j’ai du plaisir à porter un veston et être chic [...] On a même un service de prêt de costume pour ceux qui n’en ont pas», indique le jeune premier ministre.

Un Parlement jeunesse dans le plus grand respect du décorum

Ils sont jeunes, ils sont en vacances, mais pas question d’arriver à l’Assemblée nationale sans respecter le code vestimentaire, alors que s’ouvrait, mercredi, la 69e législature du Parlement jeunesse du Québec (PJQ).

Début décembre, les députés de Québec solidaire, Catherine Dorion et Sol Zanetti, avaient défrayé la chronique en portant jeans, espadrilles, camisole et bottes Dr. Martens. À l’heure actuelle, il n’existe aucun code vestimentaire formel à l’Assemblée nationale. Le règlement stipule seulement que les députés «doivent se vêtir d’une tenue soignée et de circonstance qui s’apparente à une tenue de ville».

Mais, selon le premier ministre Julien Labrosse, il est important d’arriver bien habillé. «Ce n’est pas un droit acquis de siéger à l’Assemblée nationale. Dans l’objectif de respecter l’institution, on suit les règles. Personnellement, j’ai du plaisir à porter un veston et être chic, mais d’autres aimeraient moderniser ce code vestimentaire. On a même un service de prêt de costume pour ceux qui n’en ont pas», souligne-t-il.

L’ABC de la démocratie

Pendant cinq jours, une centaine de jeunes de 18 à 25 ans se mettent donc dans la peau d’un premier ministre, ministre, chef de l’opposition, leader parlementaire ou député. C’est l’occasion pour eux d’apprendre les rouages de la démocratie québécoise et de débattre d’enjeux de société. 

Les ministres proposent des projets de loi qui vont être débattus lors des assemblées. Cette année, les jeunes parlementaires ont choisi de débattre sur la procréation assistée, le transport durable, la justice algorithmique et le statut de l’artiste. «On choisit des thèmes qui sont éducatifs, polémiques et novateurs. On souhaite remplacer la division des petites créances par une intelligence artificielle, réduire la dépendance à la voiture et augmenter les systèmes de transport en commun, faire des artistes des fonctionnaires de l’État pour enlever la précarité, et baliser et rémunérer la gestation pour autrui et la procréation assistée», indique le jeune premier ministre.

Assemblée non partisane

Contrairement à la vraie législature, les jeunes parlementaires n’ont pas l’obligation de suivre une ligne de parti. Un membre de la majorité peut donc se prononcer librement sur un projet de loi et voter contre. Idem pour les députés de l’opposition, qui peuvent choisir d’appuyer la proposition du gouvernement. La solidarité ministérielle n’est pas non plus obligatoire pour les ministres.

Ce choix des jeunes parlementaires vise à assurer des débats plus libres et permettre aux participants d’exprimer leurs propres idées et points de vue. Pour M. Labrosse, cette façon de faire ne pourrait pas fonctionner au vrai Parlement, mais un peu plus de liberté ne ferait pas de mal non plus. «La partisanerie a son rôle à jouer. On a un système qui fonctionne sur une logique de gouvernement et d’opposition. Je pense que d’avoir une opposition qui est organisée est important dans un système de redevabilité du gouvernement», fait-il valoir. 

«Par contre, pour certains dossiers, ça peut valoir la peine d’y aller dans une optique non partisane. Les débats qu’on a sont plus tranchés, plus difficiles. Ça permet aux gens de changer d’idée. Je ne dis pas que les élus devraient abandonner la partisanerie, mais on devrait être plus flexible et permettre aux députés d’être en désaccord avec la ligne de parti comme c’est le cas au Royaume-Uni», poursuit-il. 

Pendant la durée de la législature du Parlement jeunesse du Québec, plusieurs députés viennent voir comment ça se passe. Certaines de ces lois pourraient très bien se retrouver dans un projet de loi d’un des partis du Parlement québécois. «Les projets de loi qui sont adoptés au Parlement jeunesse sont par la suite déposés à l’Assemblée nationale pour que les députés puissent en prendre connaissance», mentionne M. Labrosse. 

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LE PARLEMENT JEUNESSE EN BREF

Le Parlement jeunesse du Québec, fondé en 1949, est organisé par l’Association québécoise des jeunes parlementaires. Celui-ci a pour mission d’initier et d'éduquer les jeunes entre 18 et 25 ans à la citoyenneté et d'organiser des débats sur de grands enjeux contemporains. Les jeunes développent ainsi leur capacité de leadership et l’art oratoire.

Il s’agit de la plus vieille simulation d’une législature en Amérique du Nord. Le premier ministre est élu le 30 décembre pour l’année suivante par l’ensemble des membres. Le Parlement est renouvelé à 50 % chaque année, ceux qui restent prennent peu à peu des responsabilités. Ils sont choisis en février et remplissent les rôles de ministre et de porte-parole dans l’opposition, entre autres. Les nouveaux sont choisis en septembre. Plusieurs anciens membres du PJQ sont devenus députés par la suite, dont Dominique Anglade et Pascal Bérubé.

La 69e législature du Parlement jeunesse du Québec se tient du 26 au 30 décembre à l’Assemblée nationale du Québec.