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Éric Duhaime a été élu samedi à la tête du Parti conservateur du Québec, récoltant presque 96 % des votes.
Éric Duhaime a été élu samedi à la tête du Parti conservateur du Québec, récoltant presque 96 % des votes.

Un nouvel échiquier politique avec Éric Duhaime?

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
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Éric Duhaime a été élu chef du Parti conservateur du Québec (PCQ) samedi. Quels seront les impacts de son arrivée en scène sur l’échiquier politique québécois?  

Le parti de droite sort de l’ombre avec une personnalité publique aux commandes. Est-ce que l’effet PCQ pourrait se limiter seulement à Québec, ou risque-t-il d’atteindre d’autres régions dans la province? 

Le Soleil s’est entretenu avec le professeur de sciences politiques Marc André Bodet, de l’Université Laval.  

«La première chose à noter est le nombre de gens qui ont voté, c’est assez impressionnant, c’est important pour un nouveau parti. Ça peut régler une première chose : le financement. Il a certainement le potentiel d’organiser une campagne, disons au minimum, intéressante», soutient M. Bodet.  

Au lendemain de sa victoire, Éric Duhaime faisait sa première conférence de presse devant les journalistes (virtuellement, il faut préciser). Il a répondu aux questions et a pu une fois de plus échanger quelques mots avec les militants.  

L’ancien animateur de radio a remporté 96 % des voix, près de 10 000 personnes ont voté lors de ces élections. On peut dire que Duhaime fait – presque – l’unanimité chez les partisans du PCQ.  

«Les règles de financement, notamment, et les règles électorales au Québec sont faites pour empêcher la survie de ces petits partis-là. Celui-ci a certaines caractéristiques qui le différencient des petits partis équivalents qui ont tenté de percer par le passé», ajoute le professeur de l’UL. 

Les outils que possède Éric Duhaime représentent des avantages sur la ligne de départ : de l’argent, des membres et une certaine reconnaissance.  


« Il est connu, ce qui était un des enjeux pour Adrien Pouliot [le chef sortant]. Il est aussi connu médiatiquement dans la région où son parti a peut-être le plus grand potentiel. Sa carrière radiophonique a quand même aidé »
Le professeur de sciences politiques Marc André Bodet, au sujet d'Éric Duhaime

Sans le cacher, Éric Duhaime profitera de sa notoriété pour faire revivre le parti. Il n’est pas inquiet de la couverture que lui fourniront les différents médias, d’ailleurs.  

«Quand j’étais dans les médias, J’invitais tout le monde. Je n’étais pas là pour sélectionner les gens en fonction de leur idée, au contraire , j’étais là pour proposer une variété.» 

Une «réelle» opposition

Le nouveau chef s’est dit dimanche motivé à gagner sa place à l’Assemblée nationale afin de représenter une «réelle» opposition.  

Lors de sa conférence de presse, il a dit représenter un «nouveau conservatisme» qui rejoint «une bonne partie de la population».  

«Si je suis un stratège de la Coalition avenir Québec, je ne suis pas inquiet», indique d’entrée de jeu Marc André Bodet. 

«Si on regarde les comtés où le parti a un certain potentiel, les avances de la CAQ, même sur les libéraux, sont quand même importantes. Même si la Coalition avenir Québec perdait des points de pourcentage, il y a très peu d’endroits où un vote ferait réellement une différence», soutient-il.  

Aux élections provinciales de 2018, le Parti conservateur de Québec avait obtenu 1,46 % des votes, un résultat plutôt marginal.  

«Son espoir est sûrement de casser cette Coalition avenir Québec en deux et d’aller chercher une partie du vote plus à droite, mais je pense que la CAQ a des outils pour répondre avec des figures qui sont aussi franchement campées dans le conservatisme classique.»  

«Il faut voir que François Legault est probablement un peu plus à gauche que son parti. Mais Geneviève Guilbault et Eric Girard sont quand même deux poids lourds de ce gouvernement-là qui représente assez bien ce conservatisme classique. Geneviève Guilbault est évidemment une figure qui a beaucoup de résonnance à Québec», note le professeur.  

Cette «stratégie idéologique de se positionner comme un vrai parti conservateur» sera donc difficile à établir puisque la CAQ possède «le personnel pour défendre cette position-là et protéger son espace politique.» 

À droite…  

Dimanche, Éric Duhaime a annoncé qu’il a l’intention de se présenter dans un district de la région de Québec, ce ne sera pas en Beauce près de Maxime Bernier du Parti populaire du Canada, assure-t-il. Il jongle toutefois encore avec trois ou quatre circonscriptions.  

Il choisira l’endroit qui aura le plus de chance de le faire élire. Éric Duhaime assure aussi qu’il y aura un candidat du PCQ dans toutes les régions. «Un vrai conservateur sur le bulletin de vote», illustre-t-il.  

Éric Duhaime a été élu samedi à la tête du Parti conservateur du Québec, récoltant presque 96 % des votes.

Depuis quelques années, la droite politique représente «les méchants» dans l’arène publique. Éric Duhaime espère briser cette pensée.  

«C’est son discours, lorsqu’il était à la radio, il en parlait fréquemment. Surtout dans les médias, qu’il présentait souvent comme les ennemis de la droite. Mais aussi en disant que le Québec était un endroit peu sensible à un discours conservateur de liberté, je pense qu’il va récupérer ça», croit Marc André Bodet.  

Le professeur de sciences politiques note que Duhaime partage un discours crédible. L’ancien animateur de radio réfléchit à la question politique depuis un bon moment, ce n’est pas «un coup de gueule».  

«C’est une idéologie réfléchie. C’est une chose de le présenter maintenant versus de survivre dans la durée. Le danger aussi, c’est que pour exister sur la scène médiatique, ce discours idéologique classique de droite ne sera peut-être pas suffisant. Le danger est de se décrédibiliser», signale toutefois M. Bodet. 

Éric Duhaime pourra aussi emprunter une avenue populiste pour sa campagne, estime M. Bodet. Cette stratégie électorale consiste à dire qu’il n’y a pas de gauche ni de droite : juste le peuple contre les élites. «Ça peut parler», croit-il.  

Un bon départ pour un énorme défi

Finalement, Duhaime et son parti ont quelques points d’avance, comparativement à tous les autres tiers partis qui désirent se frayer un chemin au parlement.  

«Il a quand même tout un travail de construction devant lui. Je considère qu’il a quand même des assez bonnes cartes pour un parti qui dans notre système politique a beaucoup de difficultés à exister», termine M. Bodet.  

Le défi du PCQ demeure important, et son chef demeure réaliste : le travail sera de longue haleine.  

«Je suis entré là-dedans en n’étant pas naïf. On met une barque à l’eau, on lève les voiles et on espère que les Québécois vont nous mener le plus loin possible. Je vois ça comme un travail d’une décennie et c’est l’engagement que j’ai pris. J’ai l’intention de rester là. Le parti conservateur va être là pour croître sous mon leadership. Je suis conscient que ça peut prendre du temps. Il faut donner le temps aux gens», a-t-il dit pendant sa première conférence de presse.  

«On est un parti comme les autres en terme de base, en terme de militants. […] Il faut passer à la deuxième étape, une transition. Notre vrai défi est de gérer la croissance. On va avoir besoin de bien structurer ça», a-t-il aussi fait savoir.