Un gouvernement Couillard 2?

DÉCODAGE / Pour Philippe Couillard, la session parlementaire d'automne a ressemblé à la précédente. Une fois de plus, son gouvernement a été rattrapé par un certain héritage de l'ère Charest. Cette session encore, l'effort tous azimuts de relance de l'action gouvernementale n'a pas percolé.
M. Couillard affirme que son gouvernement a «sauvé le Québec». Il affirme aussi que sa glissade dans les partielles de lundi s'explique par le fait que son message ne se rend pas jusqu'à suffisamment de citoyens - qu'il serait bousillé par de fausses perceptions. Autrement dit, les «vérités perçues» l'emporteraient sur la «vérité des faits».
Si c'est le cas, c'est aussi que le gouvernement a du mal à expliquer que les «réinvestissements» qu'il annonce ne sont pas là pour réparer des pots cassés ou que son action n'en est pas seulement une de rattrapage.
Le «discours inaugural» que devrait livrer Philippe Couillard en début d'année prochaine lui permettra de réinsister sur les «priorités» qu'il a déjà énoncées en janvier dernier : santé, éducation et économie. Les mêmes domaines, il faut le rappeler, pour lesquels son gouvernement a commencé à réinvestir il y a un an et encore lors de la mise à jour économique et financière, en octobre. Elles seront représentées, mais dans un format différent.
Jean-François Lisée
Ces dernières semaines, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a trouvé un ton. C'est plus important qu'il n'y paraît à première vue. Le ton, c'est aussi ce qu'on veut faire valoir.
M. Lisée est ferme avec ses adversaires, mais veut apparaître modéré dans ses positions. Il veut apparaître «responsable».
Il dit chercher à ne pas être «clivant» - pour reprendre un mot qu'il a glissé cette semaine en point de presse.
Nonobstant le départ possible de la députée Martine Ouellet vers le Bloc québécois et la déception vécue par Alexandre Cloutier, Jean-François Lisée est parvenu à faire rouler l'équipe péquiste après la course à la direction.
François Legault
Cet automne, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, n'a plus seulement été à l'offensive. Il est passé à l'attaque. Il mord ses adversaires. Il est à l'attaque contre Philippe Couillard sur l'immigration, la «neutralité religieuse», les impôts, etc.
Il monte au front contre Jean-François Lisée à peu près sur les mêmes thèmes.
Plus que jamais ces dernières semaines, M. Legault a tenté de capter la colère et l'indignation des citoyens, des sentiments qui montent depuis plus d'une génération (au Québec comme ailleurs) et que la plupart de nos responsables politiques (ici comme à d'autres endroits dans le monde et pour ne citer qu'eux) n'ont pas vu grandir.
Québec solidaire
On a assisté à la consécration de la députée Manon Massé. Elle s'est positionnée sur de très nombreux fronts avec un vrai sérieux et un bon aplomb.
Les libéraux et les élus des autres partis respectent cette députée désormais omniprésente.
Ampleur relative
Un jeu de chaises musicales est attendu en début d'année prochaine. Mais relativisons l'ampleur du remaniement auquel devrait procéder Philippe Couillard.
Gaétan Barrette restera à la Santé et aux Services sociaux et Sébastien Proulx, à l'Éducation. À elles seules, ces missions comptent pour plus de la moitié des dépenses des programmes du gouvernement. Ajoutons que la ministre Hélène David continuera de piloter l'Enseignement supérieur.
Un ministère stratégique comme celui des Finances demeurera sous la gouverne de Carlos Leitão. Celui de la Sécurité publique restera sous celle de Martin Coiteux.
Le ministre Laurent Lessard demeurera au volant du très gros ministère des Transports. Arrêtons là la liste. Mais remarquons que les grandes missions de l'État québécois ne changeront pas de titulaires.
L'ampleur réelle d'un remaniement ministériel peut être fort relative, même lorsque de nombreux joueurs changent de chaise.
De l'avis de tous, le retour de Pierre Moreau au Conseil des ministres sera le bienvenu.
Il n'en demeure pas moins que les remaniements sont des exercices à haut risque, comme on l'a vu en janvier dernier lors de l'éviction de Robert Poëti de ce lieu de décisions.
Proposons!
Les partis d'opposition annoncent qu'ils passent «en mode propositions», car ils forment désormais, chacun de leur côté, le «gouvernement en attente». Le péquiste Jean-­François Lisée a commencé à insister là-­dessus il y a une dizaine de jours. Le caquiste François Legault l'a dit vendredi. C'est un autre classique en politique.
En vérité, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont déjà énoncé beaucoup de propositions. Certaines ont même pris la forme de projets de loi. Le caquiste François Bonnardel les a colligés. Pas moins de 17 ont été présentés par la CAQ et à peu près le même nombre par le PQ. En fait, ils ont ainsi formulé 35 propositions écrites.
Mais à l'Assemblée nationale, il est exceptionnel qu'un gouvernement se penche sur un projet de loi d'un parti d'opposition.