Mardi, Andrew Scheer et les conservateurs ont muselé le ministre des Finances Bill Morneau en faisant un tapage qui rendait son discours inaudible. Ils ont fini par boycotter l’exercice.

Un budget trop électoraliste, selon l’opposition

OTTAWA — Budget «électoraliste», «irresponsable», «rien» pour le Québec; l’opposition à Ottawa a très mal reçu le quatrième exercice budgétaire de Bill Morneau.

Les conservateurs ont préféré ne rien dire — ou presque — du contenu du document. Après avoir retardé, puis chahuté, le discours du ministre des Finances, Andrew Scheer s’est contenté de décrire le budget comme une tentative de «camouflage» pour faire oublier l’affaire SNC-Lavalin.

Les quatre autres chefs politiques qui sont sortis alors que le ministre tentait de livrer son discours aux Communes ont, pour leur part, multiplié les critiques.

«C’est de l’achat de vote», de l’avis de Maxime Bernier. «On veut acheter des votes avec l’argent des futurs contribuables. C’est irresponsable. C’est nos enfants et nos petits-enfants qui devront payer pour l’élection de Justin Trudeau dans quelques mois», calcule le chef du Parti populaire du Canada en soulignant les déficits prévus.

La leader du Parti vert, moins tranchante, trouve de bonnes dépenses dans ce budget. Mais voilà, pour y arriver, il faudra d’abord réélire les libéraux, fait-elle remarquer. «Il y a 35 projets de loi qu’on doit adopter» avant que les dépenses promises ne se matérialisent. «C’est un cadeau qu’on ne peut pas ouvrir», dit Elizabeth May en soulignant qu’il reste moins de 10 semaines à ce Parlement.

«Des miettes»

«Des miettes pour les Canadiens alors que ce gouvernement a donné toute la tarte aux plus riches», accuse le chef néo-démocrate Jagmeet Singh. Même le début de la construction d’un régime d’assurance-médicaments ne trouve pas grâce à ses yeux. «Ce qu’ils ont proposé, c’est vraiment des demi-mesures», selon lui. M. Singh voit dans la proposition libérale un «système comme aux États-Unis qui peut-être va aider quelques-uns, mais pas toute la population».

De son côté, le chef bloquiste a cherché en vain une réponse à l’une des nombreuses demandes de Québec. Augmentation des transferts en santé, 300 millions $ pour les dépenses occasionnées par le passage de migrants au chemin Roxham, un contrat pour le chantier maritime Davie, le tramway de Québec; à tout ça, le budget ne répond «rien».


« C’est de l’achat de vote. On veut acheter des votes avec l’argent des futurs contribuables. […] C’est nos enfants et nos petits-enfants qui devront payer »
Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada

«Pourquoi est-ce que le gouvernement fédéral manque à ce point-là de considération et de respect pour l’Assemblée nationale du Québec, pour le gouvernement du Québec qui a présenté des demandes dont [...] pas une n’a été rencontrée dans le budget fédéral?» demande Yves-François Blanchet.

Puis, il suppose que Justin Trudeau aura voulu se garder des annonces à faire en campagne électorale; ce qu’il dénonce, en citant le dossier des migrants.

«Ces chiffres-là auraient dû être dans le budget. On ne peut pas ne pas mettre 300 millions $ pour l’accueil et l’intégration au Québec des réfugiés puis dire en campagne électorale qu’on vient d’inventer 300 millions $ qui n’étaient pas dans le budget», lance-t-il.

«Camouflage de 41 G$»

Il aura fallu insister auprès du chef conservateur pour lui arracher une seule critique sur le contenu du budget. Elle a visé, bien sûr, le déficit. «Nous sommes toujours contre les grands déficits hors de contrôle», a offert M. Scheer avant de répéter que tout ce qu’il fallait retenir de ce budget, c’est qu’il est un «camouflage de 41 milliards $».

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LA RÉGION DE QUÉBEC ABANDONNÉE, SELON DELTELL

Le député conservateur de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell reproche au gouvernement libéral de laisser tomber la région de Québec et de ne pas tenir ses promesses, après l’annonce du budget du gouvernement Trudeau, mardi. «Il n’y a rien pour le pont de Québec, pour la Davie, l’aéroport de Québec, l’INO», déplore-t-il.

En ce qui concerne le réseau de transport structurant, M. Deltell ne comprend pas pourquoi l’argent n’est pas pris dans le programme des infrastructures alors qu’il y a 180 milliards disponibles. «Si on met de l’argent pour le tramway [500 millions $ dans le budget pour les villes du Québec], c’est autant de sommes qui ne seront pas investies là où ça pourrait l’être.»

M. Deltell a envoyé également une flèche au gouvernement libéral sur les promesses de 41 milliards $ prévues dans le budget, qui selon lui, est une manière de camoufler l’erreur faite avec SNC-Lavalin. «Ils s’étaient engagés à faire des déficits en investissant dans les infrastructures, mais ce n’est pas vrai, ils investissent pour payer l’épicerie.» Il a rappelé qu’en 2015, les libéraux avaient promis un déficit modeste et d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2019. «Le déficit modeste, c’est 42 milliards $ de déficits les trois premières années et l’équilibre budgétaire en 2019, c’est 19,9 milliards $ en déficit», a-t-il jugé.  Céline Fabriès