Le ministre des Finances, Carlos Leitão, ne s'est pas contenté de présenter un cadre financier général sur cinq ans, comme le Vérificateur général le lui a recommandé. En projetant ses dépenses détaillées jusqu'en 2022, en les mettant en évidence, il fait miroiter des sommes plus importantes que celles courant sur une seule année, que ce soit pour l'éducation ou la santé et les services sociaux.

Un budget pour les élections

Quatrième budget en main, le gouvernement Couillard invite les Québécois à le réélire en 2018 et à lui faire confiance jusqu'en 2022.
Outre une baisse du fardeau fiscal des contribuables, les documents budgétaires dévoilés mardi étalent de façon détaillée une série d'investissements et de réinvestissements non seulement pour les 12 prochains mois, mais pour les cinq prochaines années.
Le ministre des Finances, Carlos Leitão, ne s'est pas contenté de présenter un cadre financier général sur cinq ans, comme le Vérificateur général le lui a recommandé. En projetant ses dépenses détaillées jusqu'en 2022, en les mettant en évidence - et en les additionnant - il fait miroiter des sommes plus importantes que celles courant sur une seule année, que ce soit pour l'éducation ou la santé et les services sociaux.
Les réseaux voulaient de la «prévisibilité», s'est justifié M. Leitão en rendant public le budget 2017-2018 du Québec.
Après l'avoir alourdi de quelque 1000 $ par ménage, selon les partis d'opposition, le ministre des Finances a annoncé «une réduction du fardeau fiscal supplémentaire» de 2,1 milliards $ «au cours des cinq prochaines années».
La surprise de ce budget repose sur la «baisse d'impôt générale». Elle bénéficiera à tous les «contribuables imposables», soit à 4,3 millions de Québécois. Le gouvernement hausse à 14 890 $ la première tranche de revenu non imposée. La barre est actuellement à 11 635 $. Cette mesure se traduira par une réduction d'impôt de 55 $ par contribuable.
Compte tenu des imposants surplus budgétaires enregistrés en 2016-2017, le gouvernement confirme que les contribuables gagnant moins de 134 000 $ n'auront pas à acquitter la taxe santé pour l'année 2016, contrairement à ce qui était prévu. Un remboursement sera effectué dans quelques semaines par Revenu Québec, lors du traitement des déclarations de revenus - ce qui est inusité.
En tenant compte de la hausse de l'exemption à 14 890 $ et de l'abolition rétroactive de la taxe santé, le gouvernement fait valoir que pour une personne seule ayant un revenu de travail de 45 000 $, la réduction d'impôt se chiffrera à 255 $ pour 2017.
Les baisses du fardeau fiscal ne compensent pas du tout les hausses des trois dernières années, pestent à l'unisson le Parti québécois et la Coalition avenir Québec.
«La réussite éducative»
Pour le gouvernement, le projet de «réussite éducative» - «de la petite enfance à l'enseignement supérieur» - constitue l'élément phare du budget.
Québec consacrera 1,8 milliard $ de plus à l'«accompagnement des élèves» d'ici cinq ans. En 2017-2018, ce sera 170 millions $ pour le préscolaire, le primaire et le secondaire.
En septembre, quelque 1500 professionnels de plus offriront des services directs aux élèves. Ils devraient être 7200 de plus d'ici cinq ans.
Plus d'un milliard de dollars seront consacrés «à l'amélioration de la qualité de la formation et au rehaussement du taux de diplomation» dans les cégeps et les universités.
Après des années de vaches maigres, la croissance des dépenses en éducation est portée à 4,5 %.
Pour l'année 2017-2018, la croissance des dépenses dans le grand secteur de la santé et des services sociaux sera de 4,2 %. Elle a été de moins de 2,5 % en 2016-2017.
Québec prévoit bonifier les standards d'hébergement et la qualité des soins dans les CHSLD, et réduire les listes d'attente dans les cliniques et les hôpitaux. Comme chaque année, il est aussi question d'améliorer les soins à domicile.
Le Réseau électrique métropolitain est à l'honneur dans ce budget - tout comme Montréal en général. La métropole devrait tirer profit au cours des cinq prochaines années d'une enveloppe de 100 millions $ pour «la création d'une super-grappe scientifique et industrielle en intelligence artificielle».
Le projet de Service rapide par bus, à Québec et à Lévis, monte un peu en grade. Cinquante-six millions de dollars de plus seront alloués à la réalisation des «plans et devis», ainsi qu'à «l'élaboration du plan d'affaires».
La dette grimpe, mais son poids baisse
La «discipline» des trois dernières années procure «des marges de manoeuvre», s'est félicité le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau.
En 2017-2018, les revenus totaux anticipés par le ministère des Finances s'élèveront à 106,3 milliards $. Un peu plus de 22 milliards $ proviendront des transferts fédéraux.
Les dépenses gouvernementales atteindront 103,7 milliards $. Près de 10 milliards $ serviront à payer les intérêts de la dette.
Québec anticipe un surplus de près de 2,5 milliards $, toujours en 2017-2018. Il sera entièrement versé au Fonds des générations. Si la dernière année dessine un peu la prochaine, les surplus seront plus élevés que ceux prévus.
En 2022, la dette brute du Québec atteindra 216 milliards $. Son poids par rapport au PIB aura cependant diminué. Il sera passé de 53,4 % en 2016 à 47,1 %.
L'opposition en colère
«Après trois ans de démolition, on a droit à un budget de rafistolage»
Nicolas Marceau, du Parti québécois
«Le grand oublié du budget, c'est le portefeuille des familles»
François Legault, chef de la Coalition avenir Québec
«Ça prend pas le pogo le plus dégelé de la boîte pour comprendre qu'après avoir mis le feu dans la bâtisse, ce n'est pas un coup de peinture et des nouveaux rideaux qui vont changer les choses.»
Manon Massé, de Québec solidaire
Le chiffre: 5
« Cinq ans », « cinq prochaines années ». Toutes les sommes présentées dans le budget sont comptées sur cinq ans, et le ministre Carlos Leitão ne manque pas de le souligner, 57 fois plutôt qu'une, révèle une compilation effectuée par Le Soleil dans le discours de 49 pages. C'est presque deux fois plus que le mot transport, prononcé 29 fois et trois fois plus que jeunes et jeunesses qui cumulent 19 mentions. Autres thèmes importants de l'exercice budgétaire présenté mardi, le mot santé est prononcé 21 fois dans le discours du budget et éducation, sept fois. Quant à changements climatiques, l'expression apparaît... zéro fois. Valérie Gaudreau