Le budget du ministre des Finances, Eric Girard, présenté mardi à l’Assemblée nationale, coûtera 6,7 milliards $ au gouvernement au cours des six prochaines années, une somme record.
Le budget du ministre des Finances, Eric Girard, présenté mardi à l’Assemblée nationale, coûtera 6,7 milliards $ au gouvernement au cours des six prochaines années, une somme record.

Un budget 2020 vert pâle

Ce qui avait été annoncé comme un budget environnemental en laisse plusieurs sur leur appétit. Quand le ministre de l’Environnement Benoit Charette parle pour 2020 «du plus beau budget en environnement que le Québec ait connu», Manon Massé réplique à coup d’«écoblanchiment comptable».

«C’est un budget qui me laisse sur ma faim», constate le directeur général de l’organisme Vivre en ville basé à Québec, Christian Savard, qui s’est amené mardi au Centre des congrès de Québec avec un maximum de bonne volonté.

Mais ce qu’a dévoilé le ministre des Finances, Eric Girard, d’abord à huis clos devant médias et spécialistes, puis de l’autre côté de la rue à l’Assemblée nationale en fin de journée, n’est pas à la hauteur des attentes qu’il a lui-même créées, selon M. Savard.

«J’étais prêt à être positif, mais on ne sent pas de virage. C’est le cours normal des choses, mais avec plus d’argent. Il y a plus d’argent que jamais en environnement, c’est indéniable. Mais on sent plus un exercice de relations publiques qu’un véritable engagement», affirme M. Savard.

Exercice qui coûtera 6,7 milliards $ au gouvernement au cours des six prochaines années, somme record. Le double des investissements annuels consentis dans le précédent plan 2013-2020 produit par les libéraux.

«Tous les signaux sont au vert!» s’est réjoui le ministre Charette, dans un savant jeu de mots. Ce qui lui fournit tous les outils pour lancer en grand dans quelques semaines son fameux Plan d’électrification et de lutte contre les changements climatiques tant annoncé qu’attendu.

Car, pour l’instant, des détails, il n’y en a pas tellement.

On sait que les programmes Roulez vert, pour encourager l’achat de véhicules électriques, et Chauffez vert, pour se débarrasser des systèmes de chauffage à combustible fossile, sont renforcés.

Plus les six projets de transport collectif électrique portés au Plan québécois d’immobilisation, dont celui de tramway à Québec. Mais sans argent frais pour les systèmes de transport en commun existants.

«Écoblanchiment comptable»

«Ceci n’est pas un budget vert, ceci est un budget d’écoblanchiment comptable. On nous montre des chiffres imposants, mais peu de choses changent à court terme. On avait besoin de pas de géant et on a quelques pas de souris», illustre la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, disant «déchanter comme plusieurs Québécois et Québécoises vont déchanter en regardant de plus près ce budget-là».

«Pas d’argent neuf et des sommes dépensées après» le premier mandat de la Coalition avenir Québec, dénonce Mme Massé.

Même écho du porte-parole libéral en matière de finances et ancien ministre des Finances, Carlos Leitão. «J’aurais envie de dire : “On verra!”» lance le membre de l’opposition officielle, avec cette formule chère au premier ministre François Legault.

«La moitié des nouvelles dépenses se feraient après 2022, donc dans un deuxième mandat», analyse M. Leitão.

Le ministre Girard s’est peu attardé aux éléments environnementaux de son deuxième budget annuel, où les revenus totaux du gouvernement atteignent 121,3 milliards $.

Des surplus de 2,7 milliards $ sont prévus pour l’an prochain, avant les versements obligatoires au Fonds des générations.

Mais attendez plus, puisqu’au 31 mars, la prévision de 2,5 milliards $ réalisée à pareille date l’an dernier se fixera plutôt à 4,5 milliards $, c’est-à-dire 1,9 milliard $ après contribution au Fonds des générations.

Croissance des dépenses de programmes

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QUATRE POINTS À SURVEILLER

Le COVID-19 s’invite

Malgré seulement huit occurrences au fil des 420 pages de son budget, le ministre des Finances Eric Girard n’a pu éviter l’éléphant dans la pièce. Plusieurs questions concernaient la possible épidémie de coronavirus (COVID-19) qui plane sur le Québec et l’éventualité d’un ralentissement économique.

M. Girard s’est de nouveau fait rassurant, estimant que l’économie québécoise a les reins assez solides pour passer à travers. Et en cas de besoin, le gouvernement sera là pour accélérer les dépenses.

Dans son budget, le ministre prévoit par contre un taux de croissance économique de 2 % au Québec au cours des 12 prochains mois, alors que l’an passé, sans COVID-19, sa prédiction de 1,8 % s’était matérialisée en 2,8 %.

«Il est important de savoir d’où nous partons», tempère cet économiste financier de profession et ancien banquier. «Et sur l’ensemble de l’année, l’impact sur l’économie mondiale serait de 0,5 %, de façon plus importante aux premier et deuxième trimestres. Sur l’économie québécoise, on parle de la moitié, soit 0,25 %.»

Son vis-à-vis Carlos Leitão, qui demandait une provision de 1 milliard $ pour faire face aux conséquences du COVID-19, croit que M. Girard et son équipe devront se remettre au boulot très bientôt et réaliser une mise à jour ou même un mini-budget aussi tôt que dans deux ou trois mois pour soigner les symptômes économiques du virus.

Hausse des dépenses

Refusant qu’on lui accole l’étiquette d’économiste «conservateur», lui préfère «pragmatique» et «praticien», le ministre Eric Girard en surprend d’aucuns en haussant les dépenses du gouvernement de 5,1 % pour les 12 prochains mois. Surtout quand l’économie se dirige vers un ralentissement généralisé à cause du coronavirus (COVID-19).

«Cette hausse des dépenses arrive à point!» se félicite celui qui s’était présenté aux élections fédérales de 2015 sous la bannière conservatrice pour justement défendre un certain conservatisme économique.

«En situation de vulnérabilité, le gouvernement doit faire les efforts nécessaires pour stimuler l’économie», explique-t-il.

La moitié du gâteau

On a beau jaser d’environnement, de culture et autres, la santé accapare la moitié (49,6 %) des dépenses de programmes. Avec l’éducation (25,7 %), les deux totalisent 75 %. Les dépenses du ministère de la Santé et des Services sociaux, dirigé par Danielle McCann, grimperont de 5,4 % dans la prochaine année, soit un ajout de 2,2 milliards $ pour atteindre 42,8 milliards $.

Services de santé, soins aux aînés, jeunes en difficulté, santé mentale et personnes handicapées obtiennent une part plus ou moins importante de cet immense gâteau. La réduction progressive des frais de stationnement dans les hôpitaux, CHSLD et CLSC annoncée l’automne dernier fait aussi partie des bonifications.

Classes de surdoués

Implantation des maternelles quatre ans, plomb dans l’eau de certaines écoles, loi sur la gouvernance scolaire adoptée par bâillon, annonce de construction d’écoles neuves, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ne chôme pas depuis l’arrivée de la Coalition avenir Québec (CAQ) au pouvoir.

Jean-François Roberge hérite du quart des dépenses de programmes, montant en hausse de 5,1 %, soit 989 millions $ de plus que l’an dernier pour un total de 22,2 milliards $. Une augmentation moins importante que l’an dernier.

En deux ans au gouvernement, la CAQ aura ajouté 1000 professionnels dans les écoles pour épauler les enseignants, soit 700 l’an dernier et 300 de plus dans la prochaine année. 

Aussi, 150 nouvelles classes spécialisées feront leur apparition, en plus des 150 de l’an passé. Cela donnera «de plus en plus de classes régulières qui ressemblent à des classes régulières», affirme le ministre.

Et ces classes spécialisées ne s’adressent plus qu’aux élèves en difficulté. Les élèves à haut potentiel ou dotés de douance auront aussi leur place dans des classes spécialisées de nos écoles publiques, une première.

Le compte des classes de maternelle quatre ans, avec 350 de plus en septembre, atteindra 1010 à travers la province sur les 2600 promises d’ici quatre ans.

Le volet de l’enseignement supérieur met la main sur 100 millions $ d’argent frais.  


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