Daniel Gagnier assure qu'il prendra soin d'éviter toute situation de conflit d'intérêts, voire «d'apparence» de conflit.

Un autre libéral dans l'industrie du gaz

L'entreprise gazière Talisman, de l'Alberta, se dote d'un «conseil consultatif» à forte teneur libérale pour l'aider à «soutenir ses activités au Québec».
Un ex-chef de cabinet du premier ministre du Québec, Daniel Gagnier, agit maintenant à titre de conseiller pour l'entreprise intéressée par l'exploitation du gaz de schiste au Québec.
«C'est une société de l'Ouest et ils veulent avoir des gens qui connaissent un peu mieux le Québec et qui ont la capacité de leur donner des conseils», a expliqué M. Gagnier au Soleil, lundi.
L'ex-chef de cabinet assure avoir respecté scrupuleusement la directive du premier ministre sur les conflits d'intérêts. Elle interdit à un membre de cabinet ministériel d'accepter une fonction dans une entreprise avec laquelle il a eu «des rapports officiels, directs et importants au cours de l'année qui a précédé la cessation de ses fonctions». M. Gagnier a démissionné en septembre 2009. Il est aujourd'hui président de l'Institut international du développement durable.
«Ce n'est pas pour faire du lobbying, dit-il. Le rôle est purement d'aviser et de voir comment on peut améliorer leur connaissance du Québec.»
Les membres du conseil consultatif ne sont pas des employés de l'entreprise et leurs services seront rémunérés en fonction des réunions auxquelles ils assistent, explique M. Gagnier.
Au moins deux autres des quatre membres du conseil ont des accointances libérales. Jean-Pierre Ouellet, partenaire chez Capital Saint-Laurent, est un ancien conseiller politique de Robert Bourassa. Il a été nommé au conseil d'administration de la Caisse de dépôt et placement quelques jours avant son patron, Michael Sabia, l'an dernier.
Un autre, James C. Cherry, président et chef des opérations d'Aéroports de Montréal, a versé 4800 $ au Parti libéral du Québec (PLQ) depuis 2001.
Talisman a «essayé de ficeler un groupe de conseillers qui représentent différents secteurs, dit M. Gagnier. Ça démontre une certaine sagesse J'imagine qu'ils ont eu assez de difficultés au cours des premiers mois. On est là pour leur donner les meilleurs conseils qu'on peut dans les circonstances».
Ces conseillers s'ajoutent à la liste des anciens membres du gouvernement Charest qui mettent leurs énergies au service de l'industrie. Parmi ceux-ci, notons le directeur général de l'Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Stéphane Gosselin, un ancien chef de cabinet au Développement économique. Un autre ancien bras droit de Jean Charest, Stéphane Bertrand, qui a aussi été son chef de cabinet, a participé à la création de l'APGQ.
Pour la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, M. Gagnier est dans son droit de travailler pour une entreprise privée. «Au-delà de l'impression que ça peut créer, les faits sont que ce n'est pas avec ces personnes que la ministre travaille», a fait valoir son attachée de presse.
Mais au Parti québécois, le porte-parole en matière de développement durable, Scott McKay, y voit un signe de plus que «les dés sont pipés» en faveur de l'industrie dans le débat sur les gaz de schiste. «Ce n'est rien pour contredire l'apparence de très grande proximité entre le PLQ et l'industrie, dit M. McKay. C'est incroyable. Il y a des gens là-dedans qui étaient à des postes-clés dans le gouvernement Charest.»