Justin Trudeau devant l'Assemblée générale des Nations-Unies, jeudi

Trudeau offre un mea culpa aux Autochtones à l'ONU

Devant l'Assemblée générale des Nations Unies, jeudi, Justin Trudeau a exprimé la «grande honte» du Canada pour le mauvais traitement subi par les Premières Nations.
«L'incapacité des gouvernements canadiens successifs à respecter les droits des Autochtones au Canada nous fait grandement honte. Et pour beaucoup trop d'Autochtones, ce non-respect des droits persiste encore aujourd'hui», a déclaré le premier ministre canadien.
Les membres des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont vécu «humiliation, négligence et agressions», a dit M. Trudeau.
«Ils ont été victimes d'un gouvernement qui ne respectait ni leurs traditions, ni leurs atouts, ni leur gouvernance, ni leurs lois, qui a choisi de nier et de miner leurs droits et leur dignité», a encore offert le premier ministre dans un discours qui avait toutes les intonations d'un mea culpa.
Après avoir rappelé qu'aujourd'hui encore des réserves autochtones n'ont pas accès à de l'eau potable, que des parents autochtones craignent le suicide de leurs enfants, M. Trudeau a souligné les efforts de son gouvernement pour «corriger le passé».
Le premier ministre a aussi parlé des déplacements forcés, des promesses non tenues et des pensionnats. Tout cela a laissé un héritage dévastateur dans un pays dont la création s'est faite sans le consentement ni la participation des peuples autochtones ayant vécu sur ces terres bien avant l'arrivée des Européens, a-t-il dit.
«Les peuples autochtones du Canada ont vécu une expérience d'humiliation, de négligence et d'abus, a-t-il déclaré. Aujourd'hui, il y a des enfants vivant dans des réserves au Canada qui ne peuvent pas boire en sûreté, qui ne peuvent pas se laver ou même jouer dans l'eau provenant du robinet. Il y a des parents autochtones qui prient le ciel que leur enfant ne fugue pas ou ne se suicide pas. Pour un vraiment trop grand nombre de femmes autochtones, vivre au Canada signifie être menacées de façon si fréquente et si violente qu'Amnistie internationale a qualifié la situation de "crise des droits de la personne".»
«C'est ça, l'héritage du colonialisme au Canada», a ajouté M. Trudeau.
Il a cité sa récente décision de créer un nouveau ministère des Relations Couronne-Autochtones et un autre consacré aux Services autochtones. Cette nouvelle structure devrait, selon lui, conduire à plus d'autonomie pour les Autochtones et à l'autodétermination qui est «au coeur» de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
«Je suis sûr que nous atteindrons un point où la réconciliation sera possible», a-t-il dit.
Liant le sort des Autochtones au problème des changements climatiques, le premier ministre canadien a insisté, une fois de plus, sur l'importance de l'accord de Paris sur le climat.
«Aucun pays sur la planète ne peut échapper à la réalité des changements climatiques», a-t-il insisté.
«Rien de concret»
Tous ces bons mots n'ont pas fait applaudir l'opposition à Ottawa.
«Encore une fois, c'est juste du flash, il n'y a rien de concret», a réagi le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, qualifiant le premier ministre d'«hypocrite».
«La Déclaration de l'ONU sur les droits des peuples autochtones, il ne l'applique pas. Il est toujours en cour pour contester les droits des enfants autochtones», a-t-il accusé.
Sa collègue Hélène Laverdière a préféré souligner les silences du premier ministre dans certains dossiers.
«On refuse et ça, vraiment, ça devient gênant, de s'engager spécifiquement dans une mission de la paix alors que le gouvernement l'avait promis», a lancé Mme Laverdière à son arrivée aux Communes, jeudi après-midi.
À la sortie de la Chambre, le député conservateur Pierre Paul-Hus reprenait la même critique.
«On n'est pas contre le fait qu'il ait abordé le point, aux Nations Unies, sur le problème autochtone, ça va», a déclaré le député québécois. «Par contre, lorsqu'on est devant l'audience des Nations Unies, on s'attend à ce que le Canada s'exprime sur les grands enjeux internationaux qui sont très importants également. Et là-dessus, on n'a pas entendu le premier ministre», s'est plaint M. Paul-Hus.
Le porte-parole du parti conservateur en matière d'affaires étrangères, Erin O'Toole, a précisé sur Twitter que Justin Trudeau aurait notamment dû parler de la situation au Myanmar et de celle en Corée du Nord. La question a d'ailleurs été posée au premier ministre.
Celui-ci a répondu qu'il s'agissait là d'un enjeu international. M. Trudeau a notamment dit que lorsque le Canada tente d'exprimer ses inquiétudes sur certains enjeux sur la scène internationale, plusieurs pays réagissent en soulevant la question des conditions de vie des Autochtones.