Justin Trudeau a poussé la note en publiant les lettres de mandat de ses ministres et en créant un poste au sein du Conseil privé afin que son titulaire s'assure que la plateforme électorale des libéraux soit suivie à la lettre.

Trudeau, champion des promesses électorales tenues

Champion des promesses électorales avec près de 60 % d'entre elles réalisées ou en voie de l'être après un peu plus d'une année à son mandat, Justin Trudeau devrait être en mesure d'en ajouter quelques-unes à sa liste après la présentation de son budget aujourd'hui.
Mais le rythme avec lequel le gouvernement libéral range ses engagements dans la colonne des «réalisées» devrait décélérer sensiblement, estime le professeur associé à l'Université Laval, François Pétry.
Responsable des polimètres Trudeau et Couillard, un outil visant à mesurer la réalisation ou non des promesses électorales des partis politiques au pouvoir, le politologue explique qu'un changement de gouvernement fait bouger les choses dans les premiers douze mois notamment parce qu'un nouveau dirigeant s'applique à «défaire» ce qui a été fait avant lui.
Ce phénomène a généralement tendance à s'essouffler également parce que ce qui est relativement «facile à réaliser» l'a été comme ça a été le cas lorsque les libéraux ont rétabli le formulaire long du recensement ou atteint l'équité homme-femme au cabinet. Les projets de loi, comme celui de légalisation de la marijuana, sont beaucoup plus ardus et peuvent même être reportés, illustre François Petry.
Trudeau, champion après un an
À titre d'exemple, l'ex-premier ministre Stephen Harper avait réalisé en tout ou partiellement 48 % de ses 192 engagements après un an au pouvoir, mais 68 % à la fin de son premier mandat, ce qui est en deçà de la moyenne de 72 % des gouvernements depuis 2004, toujours selon l'équipe de chercheurs Poltext qui a mis au point le polimètre.
En octobre dernier, lorsque Justin Trudeau a célébré sa première année comme premier ministre, il avait battu la marque de son rival conservateur avec 54 % de promesses réalisées ou en voie de l'être sur les 353 qu'il a formulées. Et il était largement au-dessus de la moyenne de 33 % des dirigeants qui l'ont précédé. Après 17 mois à la tête du Canada, M. Trudeau a réalisé 93 promesses tandis que 118 le sont partiellement encore sont dans les tuyaux pour un total de 59%.
Justin Trudeau a par ailleurs 134 promesses en suspend (38 %) et huit rompues représentant 2 % du total. Parmi celles-ci, ses projets de modifier le mode de scrutin ou de ne pas dépasser les 10 milliards en déficit par année ont été les plus remarquées dans les médias. L'incertitude plane sur nombre d'autres engagements électoraux avec l'arrivée du nouveau président américain, Donald Trump, soutient M. Petry qui évoque notamment celles en lien avec l'environnement ou encore l'immigration.
À la mode
L'importance qu'accorde le parti au pouvoir à ses promesses électorales date du «Petit livre rouge» de Jean Chrétien. «C'est devenu le plan d'affaire du gouvernement», explique le professeur associé de l'Université Laval. «Ça donne une autorité au premier ministre. C'est pas toujours facile de dominer le chaos», affirme François Petry.
Justin Trudeau a poussé la note en publiant les lettres de mandat de ses ministres et en créant un poste au sein du Conseil privé afin que son titulaire s'assure que la plateforme électorale des libéraux soit suivie à la lettre. «C'est devenu une des personnes les plus puissantes au gouvernement», résume le politologue qui rappelle cependant que Stephen Harper avait également dans son entourage un tel mandataire.
Le polimètre Trudeau a été créé en 2011 par des chercheurs de l'Université Laval et utilise la méthode du Comparative Party Pledges Group (CPPG) pour valider ses données. Depuis peu, un second baromètre, le TrudeauMeter, a vu le jour. Leurs conclusions diffèrent essentiellement parce qu'ils n'utilisent pas la même grille d'analyse. De plus, ce dernier invite la population à commenter.
Pour accéder au polimètre: https://www.poltext.org/fr/polimetre