Troisième lien: une promesse électorale pour la CAQ

La Coalition avenir Québec (CAQ) fait désormais du troisième lien routier entre Québec et Lévis une promesse électorale. La deuxième opposition ne fournit pas d'estimation, mais assure qu'elle construirait un nouveau pont ou tunnel à «court terme», dans un premier mandat, avant le service rapide par bus (SRB).
À la veille du dépôt du budget provincial, la deuxième opposition a précisé sa position sur le troisième lien lors d'une conférence de presse tenue au quai des Cageux, sur la promenade Samuel-de-Champlain, au pied des ponts de Québec et Pierre-Laporte.
Estimant qu'un troisième lien est «nécessaire», le chef François Legault n'a pas hésité à en faire en engagement électoral. «On va essayer de choisir le scénario, après l'avoir étudié, qui a le meilleur ratio coûts-bénéfices. Pour l'instant, il y a juste une analyse qui a été faite sur un tunnel. Il faut qu'on étudie les différents scénarios, mais ça prend un troisième lien pour les automobilistes», a-t-il déclaré.
Avant les élections générales de 2014, la CAQ a pris prétexte du remplacement du pont de l'île d'Orléans pour promettre une étude de faisabilité sur un troisième lien Québec-Lévis. Le Parti libéral du Québec a repris la balle au bond et promis la même chose. Mais personne ne s'était encore commis quant à la réalisation de ce mégaprojet de plusieurs centaines de millions, voire quelques milliards de dollars.
Critiquant «l'inaction» des libéraux dans le dossier, le leader caquiste s'est montré pressé. «Là, on a perdu trois ans. Il faut que les études soient faites rapidement et que ça soit réalisé dans le prochain mandat», a précisé François Legault, tout en se disant contre un péage ou une quelconque augmentation de taxes pour financer l'ouvrage.
M. Legault a reproché au gouvernement Couillard d'avoir livré tardivement la première étude sur un éventuel troisième lien et de s'en être tenu au seul scénario d'un tunnel sous-fluvial dans l'est de Québec et Lévis, estimé à 4 milliards $ et prenant 15 ans à planifier et construire.
Il se demande aussi où est le bureau de projet que le ministre des Transports, Laurent Lessard, avait accepté de créer avant le budget provincial.
«Il ne faut pas que ça soit une promesse en l'air. Les gens de Québec sont tannés de se faire niaiser. Donc moi je m'attends dans le budget à ce qu'il y ait un montant d'argent prévu pour le bureau de projet et qu'il y ait aussi un échéancier précis», a martelé M. Legault. Celui-ci considère que le parti au pouvoir «regarde de haut les mères et pères de famille qui sont pris dans le trafic chaque matin, chaque après-midi en fin de journée».
Le chef de la CAQ a commencé par dire qu'il était possible de réaliser en même les projets de SRB et de troisième lien, puis il a clairement affiché sa préférence pour le second. Selon lui, le maire de Québec, Régis Labeaume, est dans un «cheminement» et arrivera bientôt à la conclusion qu'un nouveau pont ou tunnel est plus pressant qu'un réseau élaboré de transport en commun.
«Au début, il était contre le troisième lien. Maintenant, il est ouvert au troisième lien. On voit qu'il y a une évolution. Je pense que Régis a souvent été proche des préoccupations de ses citoyens, je pense qu'il sait comme nous que les gens souhaitent d'abord qu'on règle la question du troisième lien sans être fermé au SRB», a-t-il développé.
Le cabinet du maire a refusé de commenter pareille prédiction.
Mathieu Gaudreault, l'attaché de presse du ministre des Transports, a pour sa part répété qu'«il y aura un bureau de projet» et suggéré d'attendre le dépôt du budget pour en reparler. Quant à la priorité du troisième lien sur le SRB, «on n'a pas à gagner de mettre les deux en opposition», a-t-il dit.
Le ministre responsable de la Capitale-Nationale, François Blais, n'a pas manqué d'écorcher le caquiste Éric Caire, député de La Peltrie, qui est souvent sur son dos. « Si la CAQ avait une équipe à Québec, probablement qu'elle aurait pu empêcher leur chef d'être condescendant envers le maire et les autres élus de la région. Nous avons toujours dit que nous devons travailler sur plusieurs fronts afin d'améliorer la mobilité à Québec au profit des automobilistes. C'est ce à quoi devrait s'engager Éric Caire lui aussi», a-t-il déclaré.
«Inquiétudes» sur la sécurité du pont de Québec
Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a exprimé lundi ses «inquiétudes» sur la sécurité du pont de Québec, dans la foulée d'opinions similaires formulées la semaine dernière par un fabricant de peinture et le maire de Québec. «Moi, je suis dans l'opposition pis j'ai pas d'ingénieur qui travaille pour la CAQ. Mais je comprends pas que le gouvernement libéral est pas capable aujourd'hui de dire : voici ce qui va se passer avec le pont de Québec pour les 25 prochaines années et qu'on soit en train de se demander s'il est sécuritaire et en plus, est-ce qu'on pourrait faire passer dessus un SRB», a-t-il déballé. En réponse à des questions ciblées, le leader caquiste a affirmé qu'il n'était «pas en position de fermer la porte» à une démolition de l'ouvrage bientôt centenaire. «Il faut d'abord évaluer si sa durée de vie utile est atteinte, si les rénovations coûtent moins cher ou plus cher», a-t-il énuméré, mettant aussi dans la balance les questions de «beauté» et de patrimoine.
Lehouillier endosse la position de la CAQ
Le maire de Lévis Gilles Lehouillier endosse la position de la Coalition avenir Québec (CAQ) et souhaite qu'«un fonds suffisamment significatif» soit réservé dans le budget provincial mardi pour faire avancer l'idée d'un troisième lien routier entre Québec et Lévis. Selon lui, le bureau de projet sur le troisième lien, créé il y a quelques semaines par le ministre des Transports Laurent Lessard, doit avoir les moyens de ses ambitions. M. Lehouillier a aussi réagi aux inquiétudes soulevées la semaine dernière sur la sécurité du pont de Québec, notamment par un expert belge. «Ce qui est dit sur la sécurité du pont, c'est prématuré», a-t-il évoqué. M. Lehouillier a tendance à croire les experts du Canadien National et du ministère des Transports, qui soutiennent que ce pont est encore en très bon état. Par contre, il aimerait que la question soit examinée dans son ensemble. Si le pont a une durée de vie limitée, «l'idée du troisième lien apparaît de moins en moins farfelue», croit-il. Patricia Cloutier