Une scène de la série Canada: The Story of Us.

The Story of Us: des sénateurs reviennent à la charge et demandent des comptes

Un sénateur exhorte CBC/Radio-Canada à renoncer à l'idée d'utiliser la télésérie Canada: The Story of Us comme outil pédagogique.
Les regrets exprimés du bout des lèvres en avril dernier par le diffuseur public à ceux qui se sont sentis «mal représentés» dans la production n'ont pas suffi à apaiser le malaise du sénateur néo-brunswickois René Cormier.
Il a pris la plume et fait parvenir au grand patron de la société d'État, Hubert Lacroix, une lettre dans laquelle il demande, en son nom et en celui de ses 21 collègues signataires de la chambre haute, «des clarifications».
Les sénateurs estiment que la série témoigne trop peu de la présence des Premières Nations, qu'elle minimise la «contribution» des Québécois et des francophones et occulte «complètement» l'un des événements fondateurs du Canada, la déportation des Acadiens.
L'instigateur de la démarche espère convaincre le diffuseur public d'abandonner le projet de distribuer la production Canada: The Story of Us dans les établissements scolaires, musées ou autres institutions.
«On ne croit pas que c'est un document qui peut servir d'outil pédagogique pour faire connaître l'histoire du Canada», a exposé le sénateur Cormier en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, lundi après-midi.
«Il y a tellement d'omissions sur la contribution de certaines communautés au niveau culturel, au niveau des groupes minoritaires, que ce n'est certainement pas un outil pédagogique. (...) On croit que ça induit les téléspectateurs en erreur», a-t-il enchaîné.
La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, n'a pas voulu se prononcer sur la missive signée par un total de 21 sénateurs, dont sept Québécois et six Néo-Brunswickois, plaidant ne pas vouloir «politiser sa relation» avec Radio-Canada/CBC, mais plutôt «respecter son indépendance».
Le sénateur Cormier estime que la ministre responsable de la société d'État a bien raison de ne pas s'ingérer dans sa programmation. Une institution, même si elle reçoit des fonds publics, doit jouir d'une indépendance à ce chapitre, selon celui qui a oeuvré dans le domaine des arts.
Mais la société d'État, elle, doit lever le voile sur le mandat confié à la compagnie de production qui a accouché de la série - on saura ainsi si CBC/Radio-Canada a fait la commande en tenant compte de son obligation de rendre compte de la diversité régionale, a indiqué l'Acadien.
Le chef des affaires publiques de CBC, Chuck Thompson, s'est pour le moment simplement contenté de confirmer la réception de la missive sénatoriale. «Nous allons y répondre comme nous le faisons avec tout le courrier que nous recevons», a-t-il écrit dans un courriel.
Pluie de critiques 
La diffusion des deux premiers épisodes de Canada: The Story of Us avait suscité une pluie de critiques en raison de la façon péjorative dont les bâtisseurs de la Nouvelle-France y étaient dépeints et du passage sous silence de la déportation des Acadiens.
Des excuses avaient été réclamées par plusieurs politiciens, de Québec à Ottawa en passant par Halifax. Face à la pression grandissante, la société d'État y est allée d'un acte de contrition que certains ont jugé trop timide.
«Après les deux premiers épisodes, certaines personnes se sont senties mal représentées, et nous nous en excusons», a écrit Chuck Thompson dans un communiqué publié en avril dernier.
«Nous n'avons jamais eu l'intention d'offenser qui que ce soit ou quelque groupe que ce soit, ni de minimiser l'importance des histoires qui n'ont finalement pas été incluses dans la série», avait indiqué le chef des affaires publiques des services anglais.