Si le niveau d'incertitude est «plus élevé» qu'il y a six mois au sud de la frontière - où la nouvelle administration républicaine souhaite notamment renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain -, Carlos Leitão a affirmé que cela n'était pas suffisant pour l'inciter à modifier sa stratégie.

Sur fond d'incertitude, Leitão optera pour la prudence fiscale dans son budget

Les contribuables québécois qui espèrent une baisse d'impôt devront tempérer leurs attentes, puisque le ministre des Finances, Carlos Leitão, a prévenu qu'il compte jouer de prudence dans le budget qu'il déposera le mois prochain.
Au terme d'une rencontre avec huit économistes québécois dans le cadre de ses consultations prébudgétaires, lundi, à Montréal, le grand argentier a expliqué qu'on lui avait suggéré de jouer de prudence, notamment en raison de l'incertitude provoquée par l'arrivée de l'administration Trump aux États-Unis et de ses visées protectionnistes.
«Ce qui nous a été suggéré (...) c'est que de notre côté, d'un point de vue fiscal, des marges additionnelles ne seraient pas mal vues étant donné cette incertitude», a expliqué M. Leitão, en point de presse, un peu avant la première rencontre officielle entre le premier ministre canadien Justin Trudeau et Donald Trump, à Washington.
Sans aller jusqu'à écarter des baisses d'impôt pour les contribuables, M. Leitao a toutefois rappelé que son gouvernement avait annoncé l'abolition complète de la taxe santé, ce qui a été fait le 1er janvier. Cette mesure constitue déjà une ponction de 750 millions $ dans les coffres de l'État, a-t-il rappelé.
Si le niveau d'incertitude est «plus élevé» qu'il y a six mois au sud de la frontière - où la nouvelle administration républicaine souhaite notamment renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain -, le ministre des Finances a affirmé que cela n'était pas suffisant pour l'inciter à modifier sa stratégie.
«Généralement, l'incertitude se traduit par un report des investissements et c'est pour cela que nous sommes prudents, a-t-il dit. Le budget sera équilibré et se penchera sur la main-d'oeuvre et l'éducation supérieure.»
En procédant à sa mise à jour de l'état des finances publiques, au mois de décembre, M. Leitão avait dévoilé un excédent de 1,7 milliard $ - qui tient compte d'un versement de 1 milliard $ au Fonds des générations - sans toutefois se livrer au jeu des prévisions pour la deuxième moitié de son exercice financier.
Malgré les turbulences qui pourraient découler de certaines politiques déployées par M. Trump, dans des études récentes, le Mouvement Desjardins a dit s'attendre à une hausse de 1,7 % du produit intérieur brut en 2017, alors que du côté du Conference Board du Canada, on table sur une progression moyenne de 1,9 %.
«Choc démographique»
Par ailleurs, avec un «choc démographique» qui entraîne une diminution de la population en âge de travailler, les économistes ayant rencontré le ministre des Finances ont estimé que le gouvernement Couillard devrait passer à l'action s'il veut être capable d'offrir un bassin de main-d'oeuvre suffisant pour stimuler les investissements étrangers, qui ont fléchi au cours des dernières années pour s'établir à 5,8 milliards $ en 2014, selon l'Institut de la statistique du Québec.
«Ce budget devrait être à connotation structurelle, a expliqué l'économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, au cours d'une entrevue. Il faut s'assurer de déployer des mesures visant à régler des problèmes structurels plutôt que des baisses d'impôt pour stimuler les dépenses de consommation.»
À ses côtés, l'économiste en chef de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, a abondé dans le même sens, estimant que le manque de main-d'oeuvre qualifiée était possiblement le «talon d'Achille» de la province.
Recul des investissements étrangers
Celui-ci ne s'est pas inquiété outre mesure du recul des investissements étrangers dans la province, affirmant que la situation était attribuable à l'incertitude économique mondiale.
Toutefois, ce recul, combiné à la baisse du bassin de population en âge de travailler, préoccupe M. Marion.
«C'est ce qui est troublant, a-t-il dit. Cela hypothèque encore plus notre croissance à moyen terme.»