Souveraineté: tous derrière le Plan Marois

Le plan de Pauline Marois prévoyant «toujours plus de souveraineté» ravit les militants péquistes. Il n'y a plus un son discordant sortant des rangs de partisans reconnus pour chahuter leurs chefs.
Hier matin, la Conférence nationale des présidentes et présidents du PQ, qui s'est tenue à Rivière-du-Loup, a servi un accueil enthousiaste à Mme Marois. À quelques reprises, les 250 partisans ont interrompu son discours pour scander un slogan qui résonnait avec moins de conviction, ces dernières années, dans leurs congrès : «On veut un pays!»
Le «plan pour un Québec souverain» a été adopté sans modification. «C'est sûr que ce n'est pas la fin des débats au PQ», a répondu en souriant Mme Marois à la question d'un journaliste. «Mais je sens une grande solidarité.»
Tout indique qu'à huis clos, aucun «pur et dur» n'a proposé de ramener l'obligation de tenir un «référendum le plus tôt possible», lors d'un prochain mandat de gouvernement pour le Parti québécois. La nouvelle approche préconise d'occuper seuls les domaines sous la responsabilité de Québec et d'en rapatrier d'autres qui relèvent d'Ottawa, quitte à organiser des plébiscites sectoriels.
À la clôture de l'événement, Mme Marois a présenté cette solution comme un moyen de dernier recours. La chef du Parti québécois a refusé de promettre la tenue d'une ou de plusieurs consultations du genre, si sa formation prend le pouvoir.
Le député Bernard Drainville n'a pas caché sa satisfaction de ce qu'il assimile à un ordre de route vers l'indépendance. «Une fois qu'un pouvoir est rapatrié, on établit un autre pouvoir qu'il faut aller chercher. La marche vers la souveraineté, elle ne s'arrêtera jamais. De la même manière qu'on ne peut dire “j'ai assez de liberté”, on ne peut dire, “j'ai assez de souveraineté”.»
Dans son allocution, Pauline Marois ne s'est pas attardée au fait que les libéraux l'ont durement attaquée, cette semaine, en affirmant qu'elle dissimulait ses véritables intentions avec son plan, de créer des crises de toutes pièces, selon eux, qui bénéficieraient uniquement à l'option souverainiste. «Certains ont dit que tout ce que Pauline Marois voulait au fond, c'était réaliser la souveraineté. Vous savez quoi? Ils ont parfaitement et complètement raison.»
Pour Marc Laviolette, le président du SPQ libre, les Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre, «que les fédéralistes attaquent le Parti québécois par rapport à son option, c'est juste normal. Nous sommes souverainistes. Eux veulent garder le Canada, une patente qui ne marche pas.»
M. Laviolette ne croit pas que l'ancien chef péquiste Bernard Landry, qui doit prendre la plume bientôt pour commenter, contestera la nouvelle approche. À ses yeux, le «plan Marois» a le grand mérite «d'avoir unifié toute la famille souverainiste».
«C'est ce qui fait que M. Charest est en crise, en ce moment. Mais ce n'est qu'un début. Jean Charest est mieux de prendre une couple de Tylenol. Le mouvement souverainiste se remet en marche.»
Charest critiqué
Devant ses partisans, Pauline Marois s'est moquée du premier ministre. M. Charest avait profité de la dernière campagne électorale fédérale pour adresser aux partis siégeant à Ottawa une liste de revendications.
«Les 12 demandes n'ont même pas reçu de réponses du fédéral. Après le fédéralisme asymétrique, après le fédéralisme d'ouverture, on n'a maintenant le fédéralisme de correspondance», mais aucun n'a donné de résultat, a-t-elle conclu sous les rires.
Un froid venu des espions
Ils sont deux. Ils déambulent en silence dans le hall de l'hôtel, en essayant gauchement de se faire discrets. L'un est jeune. Celui qui l'est un peu moins se déplace en s'appuyant sur une béquille. Une vraie scène de roman policier bon marché.
Ces «deux-là», ce sont les «espions», signalent avec mépris militants et élus rencontrés, hier. Le Parti libéral du Québec les a dépêchés à Rivière-du-Loup pour surveiller la Conférence nationale des présidentes et présidents du PQ.
«Ils m'énervent», s'impatiente une proche de la chef péquiste Pauline Marois. Le député Pascal Bérubé (Matane) a «signalé» leur présence sur Twitter. À l'ouverture du rassemblement, le leader parlementaire Stéphane Bédard leur a même souhaité, en riant, «la bienvenue dans un parti où les débats sont permis et encouragés».
Espions? Le mot est fort, rétorque Dominique Morin. «Dans le contexte où se tient la Conférence, nous sommes plus des
observateurs.»
Dépenses électorales?
Observateurs d'une conférence nationale qui se tient à huis clos à peu près tout le temps. Il faut cependant rappeler qu'elle a lieu dans une circonscription en pleine élection complémentaire. Et qu'une partie des dépenses du rassemblement devra être comptabilisée dans les dépenses électorales du candidat Paul Crête - «quelques milliers de dollars», selon ce dernier.
Dominique Morin, autrement en poste à Québec où il est responsable des communications au Parti libéral du Québec pour l'Est, confirme que la mission, pour ainsi dire, consiste à s'assurer «qu'on respecte les règles du Directeur général des élections». Il ne sait pas si son propre séjour, lui, fera partie du bilan des dépenses électorales de l'aspirant libéral Jean D'Amour. «Ce n'est pas de notre ressort», répond son collègue «espion» Mathieu Tremblay, de la Commission jeunesse du PLQ.
M. Morin s'acquitte d'une telle tâche pour la première fois. «On se sent un peu regardés, concède-t-il. Mais on ne ressent pas d'hostilité», jure le libéral. Ce que ne confirment pas du tout les péquistes rencontrés.