Jonathan Couturier s'était fiancé en août, lorsqu'il était venu à Québec pour des vacances. Sur la page Facebook du militaire, on pouvait lire hier quelques messages que se sont échangés les amoureux... qui comptaient les jours avant d'être enfin réunis.

Soldat de Valcartier tué en Afghanistan: une guerre «inutile», croyait le jeune militaire

La mort de Jonathan Couturier est d'autant plus choquante que le soldat de 23 ans de Loretteville ne croyait pas en la mission canadienne en Afghanistan. «Cette guerre-là, il trouvait que c'était inutile un peu, qu'ils perdent leur temps là-bas», raconte le frère du défunt, Nicolas Couturier.
«Disons qu'il voulait, pis qu'il voulait pas, poursuit-il. Quand c'est ton métier, t'as pas le choix, t'accomplis une mission, mais quand tu pars, en dedans de toi, il y a quelque chose que tu caches, [qui dit] que ça te tente pas d'y aller.»
La conjointe de Nicolas Couturier, Valérie Boucher, se rappelle aussi que Jonathan «ne voulait rien savoir d'y aller» et qu'il avait très hâte de revenir. Mais, «il n'en parlait pas, il était positif, ajoute Nicolas, mais à certains moments, il disait qu'il était tanné».
À son avis, en dépit de la présence des soldats canadiens en Afghanistan, la situation ne s'est guère améliorée : «C'est quoi qu'on entend à la télé? On n'entend rien de positif», déplore Nicolas Couturier, qui croit comme son frère décédé que la mission «ne sert à rien».
Jonathan Couturier est revenu à Québec au mois d'août pour deux semaines de vacances. C'est à ce moment que son frère l'a vu pour la dernière fois. «Quand on l'a invité, il disait que c'était tranquille là-bas et qu'il ne s'en faisait pas.» Par contre, après six mois de mission, il leur a confié qu'il avait «hâte que ça finisse. Il avait hâte de repartir, mais pour revenir aussi vite».
Récemment fiancé
Il a profité de ce répit cet été pour se fiancer avec sa copine Andréanne. Ils se fréquentaient depuis environ un an et prévoyaient emménager ensemble à son retour prévu pour le début octobre, dans un logement à Loretteville.
La lecture de la page Facebook de Jonathan Couturier, encore accessible hier, est particulièrement émouvante à ce sujet. On peut y lire quelques messages que se sont échangés les amoureux... qui comptaient les jours avant d'être enfin réunis pendant les vacances.
Ses supérieurs ont aussi noté que le coeur du jeune soldat battait très fort. «Il ne ratait jamais une occasion de parler de ses passions, le hockey, sa Mustang et enfin et surtout l'amour de sa vie, Andréanne», a indiqué le brigadier général Jonathan Vance dans un point de presse diffusé de Kandahar.
La famille immédiate a été complètement sidérée par l'annonce de la mort de Jonathan Couturier, hier matin, quelques heures après les faits. «Andréanne, quand on la voit, elle est démolie... On dirait que ça lui fait presque rien, elle est sous le choc. Notre mère, elle, est à terre. Elle n'est pas capable de dire les mots», raconte le frère, la voix parfois tremblante au téléphone.
La famille de Jonathan Couturier s'est regroupée chez la mère de ce dernier hier soir. Son beau père, Ghislain Lavoie, a un fils dans la jeune vingtaine qui est aussi militaire, basé à Gagetown. C'était des demi-frères, mais aussi «des grands chums ils allaient veiller ensemble», dit M. Lavoie. Le décès de Jonathan, «il a vraiment mal pris ça [...] ça mettra peut-être un terme à sa carrière». M. Lavoie a assisté au départ de Jonathan ce printemps, et entretenait déjà un certaine colère : «J'ai regardé tout le monde, j'ai regardé les enfants qui étaient là, parce que ce sont tous des enfants [...] J'ai toujours déploré ça, on envoie nos enfants se faire tuer.»