François Legault a confié le dossier de la laïcité à Simon Jolin-Barrette, le nouveau ministre de l'Immigration.

Simon Jolin-Barrette: «Un jeune homme brillant qui gagne à être connu...» [ANALYSE]

ANALYSE / François Legault a depuis longtemps Simon Jolin-Barrette en très haute estime.

C’est «un jeune homme brillant qui gagne à être connu», avait confié le chef de la Coalition avenir Québec en mars 2015. «Il fait partie des vedettes de la CAQ», avait-il ajouté. Plus de trois ans et demi plus tard, le nouveau premier ministre le prouve en lui octroyant des missions délicates.

Il en a cependant beaucoup mis sur les épaules du député de Borduas.

Ce qui fait le plus tiquer est le message plus ou moins habile envoyé par le fait qu’on ait confié au ministre de l’Immigration plutôt qu’à la titulaire de la Justice, Sonia LeBel, le dossier de la laïcité. On laisse entendre que la laïcité concerne les personnes immigrantes et non pas tous les Québécois dans leur ensemble.

«Ce sont des dossiers distincts», a heureusement insisté Simon Jolin-Barrette en livrant la seule réponse possible.

M. Jolin-Barrette devra — de l’avis même de caquistes — clarifier certaines positions sur les signes religieux. Droit acquis ou pas pour les enseignants? Et pourquoi les enseignants des niveaux primaires et secondaires du réseau public seraient-ils concernés par la loi à venir et pas ceux des écoles privées?

Et quelle logique de répéter, comme l’a fait Sonia LeBel mardi, que les signes religieux doivent être proscrits chez les figures d’autorité, mais que le crucifix au Salon bleu de l’Assemblée nationale doit rester là où il est? S’il n’est qu’un «objet patrimonial», il pourrait très bien être exposé dans une autre salle du Parlement. Idem pour ceux accrochés dans des tribunaux.

La connaissance pointue qu’a Simon Jolin-Barrette des dossiers d’immigration ne rendra pas la baisse de 20% du nombre d’immigrants moins sensible politiquement, non plus que l’administration d’un «test des valeurs». Mais en lui confiant ces dossiers, François Legault les place dans les mains d’un expert, si l’on peut dire.

Il les connaît en tout cas beaucoup mieux que lui. En 2015, c’est d’ailleurs lui qui en avait présenté les tenants et aboutissants sans trébucher sur les aspects techniques, comme l’a fait le chef de la CAQ en campagne électorale.

Dans l’équipe économique du gouvernement Legault, cela étant, il y en a probablement certains qui n’accepteront pas que le niveau d’immigration soit abaissé bien longtemps. Ils plaideront pour qu’il soit rapidement rehaussé.

Le trio économique formé des Éric Girard, Pierre Fitzgibbon et Christian Dubé n’a pas les mêmes défis à relever que celui constitué par le gouvernement Couillard à son arrivée au pouvoir. Les finances publiques sont en bon ordre. Le dernier rapport mensuel du ministère des Finances établit que le solde budgétaire des quatre premiers mois de l’année financière est près de trois fois plus élevé que lors de la même période l’an dernier.

François Legault n’aura pas à déclarer dans quelques jours, comme Philippe Couillard après son élection, que «le moment des décisions difficiles» est venu. Son gouvernement démarre dans une meilleure situation que celui de son prédécesseur.

De la profondeur

François Legault a récolté jeudi les fruits d’une longue et efficace opération de recrutement de candidats, comme il ne s’en était pas connu depuis longtemps au Québec. Le premier conseil des ministres qu’il a formé avec sa garde rapprochée a de la profondeur — même s’il est composé de recrues. Et c’est tant mieux!

Il y a des expériences de vie et des CV solides dans ce groupe.

Le premier ministre aura de plus de quoi suppléer aux carences qui apparaîtront inévitablement dans ses rangs au cours des prochains mois. Des élus demeurés simples députés pourront prendre la relève lorsqu’il le faudra.

En matière de «parité», le progrès est indéniable avec 13 femmes dans un conseil des ministres comptant 26 membres. En avril 2014, le gouvernement de Philippe Couillard avait nommé huit femmes, le même nombre que celui de Pauline Marois en septembre 2012.

Encore là, François Legault a récolté les fruits d’une vraie campagne de recrutement de candidats et candidates.

Geneviève Guilbault a reçu les honneurs attendus en étant nommée vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique — les mêmes rôles que Philippe Couillard avait attribués à Lise Thériault en 2014, soit dit en passant.

La députée de Louis-Hébert coiffe toutefois un autre gros chapeau avec sa responsabilité à l’égard de la Capitale-Nationale — un poste considéré comme secondaire dans la hiérarchie gouvernementale, mais qui ne l’est pas du tout. Et qui ne le sera vraiment pas au cours des prochains mois.

Mais puisque la politique, c’est l’art du dialogue, souhaitons-en entre le gouvernement caquiste et l’administration Labeaume. Il en faudra, comme du côté de Montréal.

Sur le plan du fonctionnement du Parlement, la nomination de Simon Jolin-Barrette à titre de leader parlementaire du gouvernement est la bienvenue. Malgré ses nombreuses responsabilités, le jeune homme de 31 ans a ce qu’il faut pour assumer cette fonction à très haute visibilité.