Le président du Conseil du Trésor, Pierre Moreau.

Salaires des mandarins: Moreau emprunte le discours des ingénieurs

Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, s'approprie le discours des ingénieurs sur l'attraction et la rétention du personnel pour justifier les salaires des mandarins et de dirigeants de sociétés d'État du Québec.
Les salaires de différents hauts fonctionnaires ont été publiés vendredi par La Presse. Une rémunération qui se situe souvent entre 150 000 $ et 215 000 $ pour des postes parfois octroyés à des gens issus du sérail libéral. Dans les sociétés d'État, le salaire des patrons varie entre 400 000 $ et 550 000 $.
Le ministre Moreau a expliqué que le salaire de chacun est déterminé par le Secrétariat aux emplois supérieurs sur la base de différents paramètres, dont la formation, la provenance et les mandats octroyés à la personne.
«Dans ces fonctions, il y a d'énormes responsabilités», a expliqué le président du Conseil du trésor. Il soutient que le talent de ces administrateurs justifierait des émoluments «bien plus importants» dans le secteur privé.
«C'est toujours le même raisonnement, a indiqué M. Moreau. Est-ce qu'on a un problème d'attraction? Est-ce qu'on a un problème de rétention.»
Les ingénieurs du gouvernement, en grève depuis 24 mai, plaident les mêmes arguments pour obtenir une hausse de leur rémunération. Ils comparent leur salaire à ceux versés dans les firmes privées et aux autres ingénieurs «publics» dans les municipalités, à Hydro-Québec ou au fédéral. Selon eux, l'État québécois est incapable de conserver son expertise et d'attirer des ingénieurs d'expérience parce qu'il n'offre pas des conditions de travail intéressantes.
Mais le président du Conseil du trésor a plaidé à différentes reprises au cours des derniers jours que ce problème n'existe pas. «Est-ce qu'il y a un problème d'attraction ou de rétention [chez les ingénieurs de l'État], toutes les informations indiquent que la réponse aux deux questions est non», a dit M. Moreau.
Hausse de salaire des chefs de cabinet 
Plusieurs chefs de cabinet ont bénéficié d'une importante hausse de rémunération en 2016-2017, parfois jusqu'à 18 %. Le salaire maximal est de 145 000 $. Il s'agit d'un emploi atypique et sans sécurité d'emploi qui ne peut être comparé à celui d'un salarié, a indiqué M. Moreau.
«Il faut voir le caractère particulier de ces fonctions, a dit le président du Conseil du trésor. Ils travaillent des heures incroyables, ils sont en disponibilité 24 heures par jour, sept jours par semaine. Et ils n'ont pas de sécurité d'emploi.»
La hausse de salaire des chefs de cabinet a indigné le chef péquiste Jean-François Lisée. «Au moment où on est en train de couper dans l'aide alimentaire des enfants qui ont faim, dans des écoles partout au Québec, je trouve ça indécent», a dénoncé M. Lisée. «Le premier ministre a trouvé de l'argent pour donner des augmentations de salaire aux bons libéraux qui sont dans les cabinets», a-t-il noté.
Le premier ministre Philippe Couillard a rétorqué que la masse salariale des cabinets libéraux est 20 % moins élevée que celle du précédent gouvernement péquiste.