Réseau Liberté-Québec: la droite ancrée dans l'histoire

Avec l'essoufflement du débat sur la souveraineté et la faiblesse du chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, le fruit était mûr pour l'arrivée du Réseau Liberté-Québec (RLQ), estime le politologue Frédéric Boily. Mais cette droite «décomplexée» aura fort à faire pour imposer ses idées.
«Le contexte politique actuel est favorable à un nouveau mouvement de droite parce que Deltell et l'ADQ, ça ne fonctionne pas. On sent aussi chez plusieurs, surtout les jeunes, une volonté de redéfinir les enjeux politiques et sociaux sur un nouvel angle que l'axe souverainistes-fédéralistes», explique le professeur de science politique à l'Université de l'Alberta, qui fera paraître sous peu l'ouvrage Le conservatisme au Québec : retour sur une tradition oubliée.
La présence hier du controversé Ezra Levant, un ancien proche de Preston Manning, est la preuve incontestable que le RLQ entend se positionner nettement à droite. «J'ai été surpris de voir qu'on l'avait invité. Levant s'est beaucoup opposé aux décisions des Commissions des droits de la personne. Ça veut dire que le RLQ est une droite décomplexée qui n'entend pas mettre de bémols», continue M. Boily, qui est d'avis que le nouveau mouvement est beaucoup plus proche de la droite canadienne que de la droite américaine.
Pas de nostalgie
Le RLQ se positionne aussi plus à droite que l'ADQ du temps de Mario Dumont, qui se disait plutôt de centre-droit. «La présence de nombreux jeunes hommes montre aussi que ce n'est pas une droite de nostalgiques. C'est une droite économique moderne, qui sort clairement du placard »
Le RLQ plaide pour une réduction de la taille de l'État, des diminutions de taxes et davantage de responsabilité individuelle. Pour le moment il est difficile de savoir jusqu'où ce mouvement ira vers la droite. François Legault et Joseph Facal, qui ont mis en place un groupe de réflexion de centre-droit, ont donc fait un choix judicieux en déclinant l'invitation du RLQ de participer à la conférence, croit M. Boily. «Ils ont une crédibilité que les autres n'ont pas et ils ont bien fait de se tenir loin. Il pouvait y avoir des dérapages avec des animateurs de radio comme Jeff Fillion, qui n'ont pas à se censurer quant ils parlent. Mais Legault et Facal ne pourront pas éviter de discuter avec les gens du RLQ.»
Le RLQ n'a pas l'intention de se transformer en parti politique à court terme. Si c'était le cas, il aurait de toute manière fort à faire pour imposer largement ses idées. «Il rame à contre-courant du discours dominant. Mais pour le moment, les gens du RLQ semblent vouloir se contenter de changer la culture politique.»
Question nationale
Quoi qu'il en soit, la droite a toujours été présente au Québec et il serait surprenant qu'elle disparaisse, enchaîne M. Boily. La fondation d'un nouveau parti de droite à court terme n'est donc pas à écarter. «On a pensé après la mort de Duplessis que la droite était disparue. Ce n'était pas le cas. Seulement depuis le début des années 1960 le débat sur la question nationale a pris toute la place et les idées de droite n'ont pas eu beaucoup d'espace pour se faire entendre. On devait avant tout se positionner à savoir si on était souverainiste ou fédéraliste. Aujourd'hui, je crois que la jeune génération est plus disposée à laisser de côté la question nationale.»