Le premier ministre François Legault a confié la présidence de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse à l’infirmière à la retraite Régine Laurent.

Réseau d'aide aux enfants: «Une certaine urgence d’agir», affirme François Legault [VIDÉO]

Le temps est venu de «revoir complètement le réseau» d’aide aux enfants, afin qu’il y ait un «avant Granby et un après Granby», croit le premier ministre du Québec François Legault.

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse a pris son envol jeudi. Présidée par Régine Laurent, infirmière à la retraite, cette commission devra publier ses recommandations au maximum dans 18 mois. «Il y a une certaine urgence d’agir», plaide M. Legault.

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Après avoir reçu un appel du cabinet du premier ministre le 14 mai, Mme Laurent a pris plusieurs jours de réflexion avant d’accepter de présider cette commission spéciale. «Je suis là parce que je veux que les choses changent», avertit celle qui raconte avoir eu «honte» qu’une fillette de 7 ans de Granby soit décédée après avoir été violentée à la maison, à la fin avril. Rappelons que les tribunaux et la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) étaient au courant de problèmes de violence dans cette famille. 

Trois conditions

Mme Laurent dit avoir posé trois conditions au premier ministre avant d’accepter son offre : que son mandat soit très large (qu’il touche la DPJ, mais aussi les policiers, les tribunaux, l’école, etc.), que la commission soit totalement indépendante et que le rapport ne soit pas tabletté. «Je refuserai que nos enfants soient tablettés», soutient Mme Laurent. 

M. Legault, qui avoue être «un admirateur» de longue date de Mme Laurent, assure qu’elle aura toute l’indépendance voulue. «Quand même que j’essaierais de contrôler Régine Laurent, je suis certain que j’y arriverai pas et qu’il y a personne qui va y arriver.» Il dit l’avoir choisie par qu’elle est capable de «regarder les problèmes en pleine face». 

Celle qui a présidé la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) jusqu’en 2017 voit comme un avantage le fait qu’elle n’ait jamais travaillé à la DPJ. «J’ai une distance émotive. J’ai pas de cordon rattaché à la DPJ, alors ça me donne un regard différent.»

Mme Laurent sera appuyée dans ses travaux pas deux vice-­présidents : André Lebon, un psychoéducateur spécialiste de la petite enfance, et Michel Rivard, un avocat spécialisé dans les affaires sociales du Tribunal administratif du Québec. 

Quatre élus, Lise Lavallée (CAQ), Hélène David (PLQ), Sol Zanetti (QS) et Lorraine Richard (PQ), siégeront également sur cette commission d’enquête. Si des tractations politiques ont eu lieu au cours des derniers jours quant à la création de cette commission, les députés se disent maintenant prêts à travailler de façon non partisane, et avec «toute la bonne volonté possible», indique Mme David. 

Les membres de la commission devront maintenant choisir ensemble cinq experts qui les aideront dans leurs travaux. Au moins un de ces experts devra bien connaître la réalité des communautés autochtones, qui ont un taux de prise en charge des enfants par la DPJ beaucoup plus élevé que le reste du Québec. «Discuter de la dignité de nos enfants, ça doit être fait main dans la main avec les communautés autochtones», croit le député Zanetti. 

Le budget de la commission n’a pas encore été établi, mais le premier ministre Legault s’est montré ouvert à lui donner le plus de moyens possible. 

Nombreux pouvoirs

Cette commission d’enquête aura de nombreux pouvoirs, comme celui d’avoir accès à tous les documents qu’elle souhaite ou d’exiger d’entendre certaines personnes. Par contre, Mme Laurent n’a pas l’intention de forcer quiconque à témoigner. Ceux qui travaillent dans le réseau et qui ont peur de représailles pourront par exemple le faire à huis clos. «La commission n’est pas là pour faire le procès de qui que ce soit, de quoi que ce soit», indique Mme Laurent, qui croit qu’il faut «plutôt poser un bon diagnostic» et ensuite trouver la bonne façon de «guérir» le système. 

En attendant les recommandations de la commission, le ministre délégué à la Santé Lionel Carmant raconte qu’il est déjà à l’œuvre. Depuis le drame de Granby, il a demandé aux différents directeurs de la protection de la jeunesse de «resserrer les mailles du filet» autour des «enfants potentiellement à risque». Plus d’une dizaine de dossiers ont été rouverts depuis un mois, indique-t-il.