Rentrée parlementaire à Québec: sous le signe du nouveau projet de loi 61

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
«Relance économique» et «deuxième vague» seront les expressions tendance pour la nouvelle session parlementaire à Québec.

Chaque parti d’opposition aura son angle d’attaque, tandis que le gouvernement Legault tentera de faire accepter la version 2.0 de son projet de loi 61. Langue française et environnement seront d’autres sujets chauds au Salon bleu, où l’action reprend le 15 septembre.

Le gouvernement Legault a annoncé dès août qu’il renonçait à son projet de loi 61. Qui visait l’accélération des travaux d’infrastructure, mais aussi des processus d’appel d’offres et la prolongation de l’urgence sanitaire. La nouvelle présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, a dit en préparer une variante simplifiée.

En juin, les oppositions ont bloqué le projet de loi 61 pour clôturer la dernière session. Mais ce n’était que partie remise. Le numéro va changer, mais le noyau de l’affaire restera le même.

«Ce sera un projet de loi 61 bonifié», affirme au Soleil le leader parlementaire du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) et ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette.

«On a besoin de certaines mesures législatives pour relancer l’économie. Au moment où plusieurs Québécois ont perdu leur emploi, on s’attend à ce que les oppositions adhèrent à la seconde mouture pour qu’on puisse amoindrir les effets de la pandémie sur notre économie», poursuit M. Jolin-Barrette, laissant le soin à sa collègue LeBel de bientôt dévoiler les détails de ce nouveau projet de loi phare.

Santé et éducation seront bien sûr imbriquées avec la gestion de la pandémie, ajoute M. Jolin-Barrette.

Fortin plus positif

«Le projet de loi 61 n’était pas un plan de relance économique réel et global, mais bien un plan pour un secteur économique précis» de la construction, commente le nouveau leader parlementaire de l’opposition officielle et du Parti libéral du Québec (PLQ), André Fortin.

Le PLQ demande une relance «basée sur la réalité des entrepreneurs, des petites entreprises. C’est eux qui ont de la misère, en ce moment», fait valoir M. Fortin.

M. Jolin-Barrette souligne par ailleurs le «ton positif» et le «travail de collaboration» de M. Fortin dans les négociations entre les quatre leaders des partis pour déterminer un cadre de rentrée parlementaire en ces temps de pandémie. Dans la dernière année, le leader parlementaire du gouvernement a eu quelques prises de bec en chambre avec le prédécesseur de M. Fortin chez les libéraux, Marc Tanguay.

Leader parlementaire du Parti québécois (PQ), Martin Ouellet avance qu’avec son projet de loi 61, le gouvernement présentait davantage une relance électorale qu’une relance économique.

«Ils voulaient aller plus vite pour livrer leurs promesses électorales! Mais tous ceux qu’on a entendus [en commission parlementaire] ne disaient pas que ça prenait plus de lois, mais que ça prenait plus de monde», souligne le péquiste Ouellet.

Sans oublier l’écologie

Du côté de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois réitère que le projet de loi 61 reposait sur de «mauvaises bases».

«La balle est maintenant dans le camp du gouvernement. De quelle relance a-t-il envie? Une relance verte et équitable? Ou une relance où il reste seul dans son coin pour réaliser ses objectifs partisans?» se questionne le leader parlementaire solidaire, souhaitant que cet échec ait enseigné certaines leçons aux membres du gouvernement de la CAQ.

Car «la pandémie va durer plusieurs mois, mais la crise climatique, c’est des décennies», indique M. Nadeau-Dubois. «On ne peut pas relancer l’économie en faisant comme si la crise environnementale n’existait pas.»


« On a besoin de certaines mesures législatives pour relancer l’économie. Au moment où plusieurs Québécois ont perdu leur emploi, on s’attend à ce que les oppositions adhèrent à la seconde mouture pour qu’on puisse amoindrir les effets de la pandémie sur notre économie »
Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice

L’environnement revient aussi au menu libéral. M. Fortin avance qu’avec une nouvelle cheffe à sa tête, le PLQ aura «des propositions progressistes qui feront contraste avec le gouvernement».

Avec la possibilité d’une deuxième vague de contagion à la COVID-19, la protection de la population, surtout âgée, s’avère une priorité, insiste QS. «Cette fois, on n’a pas le droit d’être surpris. Il faut s’assurer d’être prêts à faire face à une deuxième vague. On ne peut pas revoir une nouvelle hécatombe comme celle qu’on a vécue dans les CHSLD au printemps», tranche M. Nadeau-Dubois.

Protection du français

La protection de la langue française arrive près du sommet de liste du Parti québécois, qui élira son nouveau chef le 9 octobre.

«La CAQ avait dit que le français était une de ses priorités. On attendait quelque chose là-dessus l’an passé et on attend toujours. Ç’aurait dû être fait avant», explique Martin Ouellet, du PQ.

Le ministre Jolin-Barrette, responsable du dossier de la langue, promet de dévoiler son plan d’action sur la protection du français «dans les prochaines semaines». «Le gouvernement a un devoir d’exemplarité», dit-il.

Les libéraux, eux, souhaitent ramener sur la table leur projet de loi sur la gratuité des cours de français pour tous. Leurs initiatives sur les dons d’organes et le ratio infirmière-patients restent aussi chères au PLQ.

Les leaders parlementaires des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale se sont entendus plus tôt cette semaine pour une rentrée à effectifs réduits. Pas plus de 37 députés siégeront en même temps au Salon bleu, incluant le président, une entente à renouveler au bout de quatre semaines.